Durant des années et depuis l'adolescence je faisais des crises de "bouffe". Pratique en dessous de chez moi il y avait une boulangerie et une superette, !
La plupart du temps je n'avais même pas à descendre, je m'arrêtais en rentrant de cours (puis du boulot), j'achetais plusieurs paquets de gâteaux et autres viennoiseries, montait me cacher dans ma chambre et sous la bonne excuse du "goûter" en 15 min j'engloutissais le tout, le faisant disparaître ... ni vue ni connue ... à tel point que moi même j'effaçai de mes souvenirs mes crises. Je pouvais ensuite affronter le monde, ma vie, ma relation pas toujours simple avec ma mère et les difficultés de compréhension et de communication que nous avions. Mes crises je ne les regardais pas en face, j'étais capable de nier leur existence en étant de la plus grande sincérité et honnêteté, j'arrivais à les oublier et à continuer à vivre ainsi !
En parler à mon homme a été une chose extrêmement difficile à faire, mais c'était le premier pas, une chance à prendre d'ouvrir la porte pour sortir de ce cauchemard ! Il m'a regardé avec de grand yeux, triste, il se doutait bien qu'il se passait quelque chose. A l'époque il ne comprenait pas encore bien la portée de mes mots/maux, et d'ailleurs moi non plus ! Parler m'a permis de me mettre doucement, douloureusement face à MA réalité Cette discussion a eu lieu dans une voiture à l'arrêt en bas de chez moi, je voulais pouvoir m'enfuir vite, je ne voulais pas pleurer, je ne voulais pas être consoler, je cherchais juste à savoir ce qu'il se passerait pour moi si j'en parlais, si ça changerais quelque chose, si je pourrais me regarder en face après, si les choses allaient continuer, si en parler n'allait pas tout faire disparaître. Je savais juste qu'il fallait que je parle, comme dictée par un instinct de survie !
Je ne savais même pas que j'étais hyperphage, je ne connaissais pas ce mot à l'époque. VLR n'existait pas; Je ne connaissais que l'anorexie comme TCA car j'avais une amie qui en souffrait, et une copine qui avait du se faire hospitaliser à forece de perdre du poids. J'avais entendue parler de la boulimie, mais je ne me sentais pas concerné, je ne vomissais pas !
Petit à petit j'ai pris conscience de mes crises, j'ai arrêté de vivre dans le déni ... oui j'avais un problème et non ce n'était pas juste de la gourmandise, et oui c'était incontrôlable et non je ne savais pas pourquoi ... !
Pourquoi, comment pouvais-je savoir Pourquoi ? Je luttais si durement depuis tellement de temps pour ensevelir sous la nourriture ce qui me faisait mal, pour combler ce grand vide et cette absence avec tout ce que je pouvais ingérer ! Les crises étaient là pour m'aider à ne pas faire face, pour m'aider à oublier, pour m'aider à continuer comme un drogué prend sa dose pour se sentir mieux, comme un alcoolique prend son verre pour se donner du courage, comme un hyperphage mange pour se sentir moins vide !
Je souffrais de TCA, je n'étais pas une pauvre nulle et grosse uniquement capable de m'empiffrer et qu'il fallait empêcher de se resservir à table. J'étais une enfant, une adolescente, une jeune femme puis une femme qui souffrait. J'avais tout pris sur moi, tout pris en moi et la nourriture était là pour faire terre ma douleur. Mais ça ne marchait pas, la douleur était toujours là, grandissant et trouvant de nouvelles tortures que je m'auto infligeait pour la nourrir de mon silence et de ma honte !
Cette note a été écrite en réponse à Paroles d'hyperphages - 02 (que j'ai trackbacké, j'attend juste que le code soit mis en place sur leur blog)
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