8.25.2006 - Nécropolis (Poème de Philothée O'Neddy, 1811-1875)
Sur la terre on est mal : sous la terre on est bien. (PETRUS BOREL)
Voici ce qu'un jeune squelette
Me dit les bras croisés, debout, dans son linceul,
Bien avant l'aube violette,
Dans le grand cimetière où je passais tout seul.
Fils de la solitude, écoute !
Si le Malheur,sbire cruel,
Sans cesse apparait sur ta route,
Pour t'offrir un lâche duel ;
Si la maladive pensée
Ne voit, dans l'avenir lancée,
Qu'un horizon tendu de noir ;
Si, consumé d'un amour sombre,
Ton sang réclame en vain, dans l'ombre,
Le philtre endormeur de l'espoir ;
Si ton mal secret et farouche
De tes frêres n'est pas compris ;
Si tu n'aperçois sur leur bouche
Que le sourire du mépris ;
Et si pour assoupir ton âme,
Pour lui verser un doux dictame,
Le Destin, geôlier rigoureux,
Ne t'a pas, dans ton insomnie,
Jeté la lyre du génie,
Hochet des grands coeurs malheureux ;
Va, que la mort soit ton refuge !
A l'exemple du Rédempteur,
Ose à la fois être le juge,
La victime et l'exécuteur.
Qu'importe si les fanatiques
Interdisent les saints portiques
A ton cadavre abandonné ?
Qu'importe si, de mille outrages
Par l'éloquence des faux sages
Ton nom vulgaire est couronné ?
Sous la tombe muette, oh ! comme on dort tranquille !
Sans changer de posture, on peut, dans cet asile,
Des relis du linceul débarassant sa main,
L'unir aux doigts noueux du squelette voisin;
Il est doux de sentir des racines vivaces
Coudre à ses ossements leurs noeuds et leurs rosaces,
D'entendre les hourras du vent qui courbe et rompts
Les arbustes plantés au-dessus de son front.
C'est un ravissement quand la rosée amie,
Diamantant le sein de la côte endormie,
A travers le velours d'un gazon jeune et doux,
Bien humide et bien froide arrive jusqu'à vous.
Le silence complet ; far-niente sans borne
Plus de rages d'amour ! Le coeur stagnant et morne
Ne se sent plus broyé sous le vent du remors.
- Certes, l'on est heureux dans la villas des morts !
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