12.3.2005 - A ma grand-mère...
... décèdée fin juillet 2000, à l'âge de 76 ans... j'ai toujours été proche d'elle, et en même temps nous avions des relations plutôt conflictuelles... mais je l'aimais. Sa mort au terme d'une longue maladie invalidante a été un soulagement pour tout le monde, et en premier lieu pour elle, qui avait cessé la lutte depuis plusieurs mois et cessé de communiqué avec nous... j'ai écrit ce texte, un an après sa mort.

A ton corps pourrissant j’aurais tellement à dire…
Depuis un an déjà que tu nourris les vers
Sous une dalle froide, blottie contre la pierre,
Dans un cercueil moisi où le satin se fane.
Je te revois encore couchée sur ton lit blanc,
Entourée de tuyaux, reine de ta fourmilière,
Chacun bien attentif à chacun de tes spasmes,
A ta bouche baveuse amenant la cuillère.
A ton corps pourrissant j’aurais tellement à dire…
Et je revois encore ce long regard d’hiver
Dans lequel je lisais la fin des illusions.
Pour quelques mois encore, nous t’accompagnerions,
Mais entre toi et moi le masque était tombé.
Tu t’en étais allée.
Même si ton corps gourd physiquement nous restait,
Ton âme torturée, loin du carcan de chair,
Par delà les souffrances s’en alla divaguer.
A ton corps pourrissant j’aurais tellement à dire…
Et moi je me souviens de ton corps déjà froid.
Ta peau jaune et fanée de mannequin de cire,
La douceur de ta joue contre mes lèvres sèches,
Et les taches naissantes aux rougeurs putrescentes.
Il faisait si chaud dans ce funérarium
Que je craignais de voir quelque chose couler.
Les gens te contemplaient et d’autres te touchaient,
Et ta carcasse vide en retour nous veillait.
A ton corps pourrissant j’aurais tellement à dire…
Et je songe au poème, au cimetière, aux fleurs.
Famille, amis, voisins ensemble te pleuraient
Accompagnant alors pour l’unique fois
Ton cadavre suintant vers sa dernière demeure.
Auprès de tes aïeux nous t’avons déposée
Dans ce lieu un peu triste qui surplombe le lac.
Une dernière fois je me suis retournée.
Ici tu seras bien.
(Vendredi 9 septembre 2001)
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