Le 12.09.12 Par Anne Stolbowsky

Le mag féminin Brigitte abandonne les photos de femmes « réelles », retourne aux mannequins pro (minces)

Fin 2009, le magazine féminin allemand Brigitte avait décidé de remplacer les mannequins pro par des femmes de tous les jours, plus représentatives de la réalité de mensurations, pour « redonner à la beauté son naturel et sa diversité »
2 ans et plus de 1000 photos de femmes « réelles » après, Brigitte revient sur sa décision.

L’expérience n’a pas bien fonctionné commercialement.
Ces mille photos de femmes âgées entre 18 et 68 ans qui ont remplacé pendant 2 ans les traditionnels modèles ultras minces n’ont pas fait recette.

Durant cette période, les abonnements au magazine ont baissé de 22%, et les ventes en boutiques de 35%. Sans parler de la réaction des annonceurs (dont personne ne parle justement)

Pour Brigitte, le feedback reçu montre que les photos de femmes « normales » étaient « très perturbantes » pour les lectrices.

Les mannequins pro sont donc de retour sur les pages de Brigitte, même si les éditeurs ont promis pas de taille zéro et qu’ils continueront à faire parfois des shootings avec des non pros.

« Ouais comme quoi les femmes normales, ça vend pas, tu vois »

En ces temps pressés où la petite réplique assassine l’emporte trop souvent sur la réflexion, beaucoup (monde des médias en tête) auront déjà fermé la page en concluant que « les grosses ne font pas vendre », les « femmes normales ne font pas rêver ».

Dommage, car le sujet pourrait être abordé de façon bien plus passionnante, pour peu qu’on s’intéresse à sa complexité.
Pour qui souhaite autre chose que renforcer l’impression du bienfondé de l’image irreelle de la femme véhiculée partout, faire mouche avec une tirade cinglante lors d’une réception de l’ambassadeur, ou remplir une colonne/chronique avec juste ce qu’il faut, il y aurait sans doute beaucoup à discuter de cette expérience « femmes réelles ».

Mystères et questions

Je ne vais pas élucubrer, ne parlant pas allemand et n’ayant jamais eu de Brigitte entre les mains.
Et justement voici quelques questions qui me viennent:

Qu’en était-il de l’édito ? Était-il devenu plus « réel » lui aussi ?
Le but était-il resté de vendre du rêve, de l’inaccessible, ou de donner des conseils plus vrais ?
Peut-être que vendre du rêve en l’illustrant avec des photos de femmes réelles, accessibles, ça ne marche pas, et que dans ce cas il faudrait vendre de la « réalité », de la « proximité », de l’authenticité. ça serait logique après tout.
Et puis comment étaient elles ces photos ?
J’ai vu des photographes/maquilleurs/habilleuses capable de rendre n’importe quelle personne belle, et puis d’autres produire (inconsciemment ?) des horreurs dès ils avaient affaire à quelqu’un qui ne correspondaient pas à leur idéal de beauté.
Peut être aussi que mettre en scène des femmes réelles de la même façon que des mannequins, ça ne marche pas.

Peut-être également que la demande latente d’une presse pour femmes « réelles » est trop marginale. Que les femmes prétendent vouloir du réel, mais au fond d’elles préfèrent le rêve. Ou alors peut-être que la demande est massive, mais qu’aujourd’hui aucun magazine féminin n’est capable de la comprendre et de s’y adapter.


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