Le 04.10.03 Par Anne Stolbowsky

Presse féminine : état et perspectives

Fixez longtemps cette image et répétez : La presse féminine me fait du bien....La presse féminine me fait du bien....La presse féminine me fait du bien....Nous le voyons bien : la presse féminine ignore tout bonnement les rondes.

Et les seuls articles pour femmes soit disant rondes mettent en scène des modéles taille 38.

Rassurez vous, ou consternez vous : vous n’êtes pas les seules a être oubliées.

En ne montrant que des modèles irréèls, au contraire d’une presse démocratique et donc représentative, la presse féminine agit comme un étau à réduire la biodiversité morphologique, et l’esprit de la femme à un idéal de consommation.

Bref, personne ne s’y reconnaît vraiment, mais nombreuses s’y identifient dangereusement.

Et c’est bien là le problème : sous couvert de spécialistes on nous propose du silicone en guise de réflexion : par son absence manifeste de déontolongie, la presse féminine tue !

30 ans après la liberation de la femme, que se passe t il , et surtout que pouvons nous y faire ?

Qu’on ne s’y méprène pas : Le but de cet article n’est pas de dénigrer la presse féminine, mais plutôt de donner des pistes vers une réflexion constructive…

Mécanique élémentaire pour grosse machine

En achetant votre magazine féminin, vous avez droit à du papier glassé haut de gamme pour le prix d’une feuille de choux en carton recyclé.

Ouvrez le, feuilletez le, et constatez l’abondance de publicités.

Et oui la qualité du papier c’est primordial lorsque comme dans la presse féminine les publicitaires payent 4 euros votre mag quand vous l’avez acheté 1 euro.

La presse féminine est la plus envahie de pub : 60 % de ses revenus sont générés par les annonceurs.

Quand on sait celà plus la peine de se poser de question syr l’ indépendance du contenu !

Effectivement si vous poussez d’avantage la « lecture » de votre papier, vous découvrez entre les pleines pages de pubs de soi disant articles écrits par des specialistes – qui passent donc pour légitimes si ce n’est irréfutables. Ce ne sont bien souvent que des publicités indirectes qui vous orientent vers telle gamme de produits ou tels livres.

Publicité directe, publicité camouflée, surement publicité (encore plus ) camoufléé, mais jusqu’ou çà va ?

Responsabilité de la presse féminine

Pourtant ces publications « rigolotes » ne se présentent pas à leur lectorat comme des catalogues publicitaires, mais bien comme de la vraie presse écrite, sous entendu écrite par des véritables journalistes, ce qui lui confère un statut légitime et là rend crédible au yeux des lecteurs.

Même si on refuse parfois de se l’avouer, on ne peut pas le nier : de nombreuses personnes écoutent et suivent attentivement les conseils et prescriptions que peuvent leur donner la presse féminine.

De nombreuses études ont été menées, et on toutes montré clairement une relation tranchée entre exposition à la presse féminine et désordres alimentaires.

Parallèlement, l’accroissement du taux de pub dans la presse féminine vers la fin des années 90 correspond à la recrudescence des désordres alimentaires.

Un très sérieux problème déontologique de manipulation et abus de confiance qui relève des tribunaux :

Si la relation entre presse féminine et désordre alimentaire a été amplement montrée, les études menées à ce sujet sont réfutables, car fautes de moyens, elles ont toutes été menée sur des échantillons n’éxédant pas 200 personnes, souvent issues d’un même milieu social ( étudiants ).

Bref lors d’un procès çà ne tiendrait pas longtemps en face de gros industriels avec des moyens gigantesques.

Mais il y a autre chose :

Les féminins appartiennent à la presse payante : organisme réglementé et aidé ( TVA à 2.2 %).

Les catalogues publicitaires ne bénéficient pas de ce statut avantageux.

Alors à partir de quel taux de publicité doit on légalement renoncer à s’appeller « magazine » pour devenir « catalogue » ?

Aucun débat n’existe vraiment à l’heure actuelle.

Normal : qui donc oserait tenter de décrédibiliser un marché à forte valeur ajouté, avec un contenu peu couteux à produire et à traduire. Autrement dit une vraie mine d’or qui fait vivre très très bien pas mal de monde ?

Alors qui tente le procès : moi, vous ?? Personne n’est volontaire ?

Okai dans ce cas plutôt que de nous attarder à se lamenter sur l’injustice de ce monde, passons aux perspectives d’évolution

La presse feminine ne va pas changer !

Vous êtes blazée par certaines parutions que vous avez donc cessé d’acheter, et vous n’êtes certainement pas la seule.

Donc à force d’avoir un lectorat en baisse, ils vont bien finir par se remettre en question !

C’est vrai mais faux ! Je m’explique :

Depuis 1990, toutes les parutions féminines enregistrent de graves pertes de lecteurs, qui s’étalent entre 10 et 30 %.

Les grands groupes ont comblé en augmentant le taux de publicité des parutions, mais aussi en se diversifiant : après les féminins « généralistes », les « santé », les « maison », les « seniors », les féminins pour hommes…

Les profits engendrés à l’heure actuelle sont toujours monumentaux.

Et les alliances des groupes évoluent vers des monopoles.

Tout cela ne fait qu’accroitre la dépendance du contenu aux annonceurs.

On peut bien sûr rêver de la sortie d’un magazine féminin papier qui parlerait de femmes réèles telles qu’elles sont ( et non pas telles que les annonceurs veulent qu’elles soient ).

Mais oui c’est vrai : obèses = 10 % de la pop féminine ( en France )+ personnes en surpoids ( 30 % ) + celles qui ne se reconnaissent pas dans le portrait des médias : immaginez à quel point c’ est une majorité écrasante !!!

Après tout, il y a bien des revues qui paraissent à échelle nationale pour les collectionneurs de train miniatures, surement beaucoup moins nombreux que les femmes rondes ( enfin il me semble).

Le hic encore une fois, c’est les annonceurs.

Comme vous le savez sans pub, beaucoup moins d’argent.

Quand un gros éditeur parle de presse féminine, il pense d’abord gros sous.

Et à l’heure actuelle quelles sont les marques prettes à faire de la pub dans un magazine féminin pour femmes de la vraie vie ? Chanel, Zara ?

Aujourd’hui l’argument vendeur reste encore la minceur !

Les marques de vêtements, de cosmétiques qui dépensent des millions dans leur budjet pub ne vont pas remettre en question cette stratégie qui leur remplit les poches pour nous faire plaisir, se mettre à parler bien être et acceptation à la place de minceur d’un coup de baguette magique.

Regardez aujourd’hui même un vendeur de piles alcalines ou d’accessoires auto base sa campagne sur l’argument minceur :  » norauto va faire mincir votre budjet auto » ( avec une balance comme illustration ).

Et puis comme vous le savez les marques de vêtements et d’accessoires grandes tailles ne pèsent pas encore bien lourd économiquement…

Conclusion : le système est actuellement vérrouillé, à cause des annonceurs qui dictent le contenu à la presse, et il n’y a aucune raison qu’ils changent le refrain « minceur à toutes les sauces » tant qu’il rapportera de l’argent.

Mais on est pas loin de mettre le feu aux poudres !

Ces derniers temps on voit un peu plus de ronds à la télé, moins dans des rôles caricaturaux, moins en des termes bêtes et insultants qu’on croyait que le format imposait, des émissions un peu plus interressantes et constructives qui annoncent les prémices d’une sensibilisation des médias.

Et çà n’échappe à personne les médias c’est l’opinion…donc tout le monde pourrait bien suivre.

Certains éternels raleurs diront qu’on est juste passé des 2befree à popstars.

Et ben, c’est pas déjà du progrès çà ?

Dans la rue et sur le web des initiatives voient le jour et s’activent : des webmag comme pulpeclub, stylxl ou vivelesrondes, des stylistes qui veulent créer leur ligne, des gens qui viennent discuter sur les forums.

Les femmes en général sont de plus en plus blasées par le portrait que leur fait les médias depuis l’avènement de la société de consommation.

La situation évolue, le terrain se construit progressivement, l’inconscient collectif change.

Premières prises de paroles médiatiques, premières marques de fringues, rendez vous avec des ministres : çà ressemble fortement à la voie qui mène à l’autoroute…

Il suffit qu’une émission de télé approchant sérieusement le thème de la rondeur cartonne l’audimat ( dont les programmateurs tv sont friands ), pour faire des émules côté médias. Ensuite au tour des autres chaines, des journaux, et des publicitaires. Et hop, c’est lancé !

En clair ils ne vont pas nous faire une crise d’audace dans leurs lignes éditoriales, mais plutôt une prise de conscience d’un nouveau sujet « porteur ».

Et ils sont déjà quelques uns sur la ligne de départ, qui préparent l’arrivée de la vague pour pouvoir surfer dessus…

Un peu à l’image du marché des vêtements pour femmes rondes aux états unis, qui est actuellement en plein essor, avec par exemple la marque de vêtements Torrid.com côtée en bourse, les investisseurs se jettent tous sur cette « mine d’or » qu’ils viennent de découvrir.

Economiquement, ce n’est pas loin d’exploser, et socialement, nos 10 % d’obèses et 30 % de gens en surpoids ( France ), le tout en augmentation, et je ne parle pas des anorexiques, fait de l’obésité un sujet qui aurait sa place parmi les préocupations gouvernementales.

Faisons du bruit, faisons parler de nous, continuons à bouger : les ingrédients d’un changement prochain sont tous là !

Source :

Le très interressant observatoire des médias acrimed ( Action Critique Média ), et son dossier sur la presse féminine


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