Le 04.11.03 Par Anne Stolbowsky

Gros = goinfre = sous éduqué. Vous le savez bien !

Voici comment le quotidien le monde a introduit aujourd’hui son article sur la découverte scientifique du gène lié à l’obésité :

« La personne très corpulente que vous voyez manger sans retenue à un buffet ne souffre peut-être pas seulement d’un manque d’éducation. Elle présente peut-être une anomalie génétique touchant le gène GAD 2 qui augmente le risque d’obésité sévère… »

Bon, on n’aime pas trop jouer dans le registre militant soupe au lait et autre rabats joie empêcheurs de tourner en rond genre lobby créateurs de tabous , mais

cette « chose » dans un Journal de référence dans la presse francophone, disponible dans plus de 120 pays, tiré à 400 000 exemplaires et lu par près de 2 millions de gens (parmi lesquels moi), en moyenne, chaque jour en France, çà méritait d’être relevé !

Tout de même !

Histoire d’introduire joyeusement un contenu sérieux, pour nous inciter à lire la suite, on met en scène une situation soi disant comique, supposée amusante.

Le cliché du « gros plein de soupe » dont on moque discrètement la gourmandise frénétique.

Mais pourquoi est il si méchant ?

D’abord parce qu’on fait un amalgame entre manque d’éducation et obèsité.

C’est vrai, l’obésité touche statistiquement moins les personnes riches avec un haut niveau d’étude.

Des personnes qui ont peut être le temps et les moyens de manger plus sainement, et ont peut être accès à un style de vie moins stressant.

Et oui, avoir des voisins bruyants, des emmerdes avec son employeur, son proprio, sa banque, une bagnole en panne, et ne pas pouvoir partir en vacances, çà aide pas dans la vie. J’vous l’apprend pas quand même ?

Personnellement je ne vois pas la question de l’éducation là dedans, mais d’avantage celle des moyens financiers.

Pour pouvoir sérieusement parler d’éducation, alors il faudrait effectuer une enquête portant précisément sur l’a connaissance objective en « comportements alimentaires » des gens en fonction de leur niveau d’étude.

Et là dessus, à en croire le peu d’info sérieuses qui circulent, ou plutôt leur submersion parmi les pubs minceur miracle et autres avatars du culte du corps unique, j’aurais plutot tendance à présupposer que le niveau général est faible, et que les diplômés super éduqués ne le relèvent pas tant que çà.

Ensuite, bien sur l’obésité peut avoir de multiples causes, et des mécanismes complexes pas forcément liés à l’alimentation.

et puis heu comment dire….ma mamman m’a toujours dit qu’on ne doit pas juger les gens d’après leur apparence. Pas vous monsieur le journaliste ?

Enfin parce Paul Benkimoun, rédacteur de l’article, étend son préjugé tout à fait personnel à la pensée supposée de tous les lecteurs. Il n’écrit pas « je », mais « vous ». Et oui, c’est toi le lecteur, qui le voit, ce gros en train de se goinfrer, et qui te dit immédiatement « quel manque d’éducation ! »

En plus de stigmatiser, on banalise.

L’acte d’assimiler obésité et sous éducation devient normal, anodin, voire même chic vu qu’on est à un buffet. Un buffet çà peut être fête, mariage, invitation VIP. Vous allez souvent à des buffets vous ?

Çà vole pas plus haut qu’une bonne blague raciste ou l’habit fait le moine, le mécanisme est le même.

Après les Belges cons, arabes voleurs ou rois du pétrol, noirs grosse bite, cocotier et dents blanches, juifs radins, blondes et flics QI d’huitre…

Franchement, vous succombez à la facilité là, vous auriez pu trouver mieux, non ?

Chaque article que j’écris pour votre humble magazine en ligne vivelesrondes, je le relis et le fait relire au moins trois fois, histoire de m’assurer qu’il est prêt à la publication et ne contient pas de propos mal interprêtables.

Je suis certain que la rédac du journal le monde prend au moins autant de précautions.

En fait c’est bien çà qui m’inquiète le plus : chez eux personne n’a relevé l’odieu cliché à la première phrase de l’article.

Et de là à imaginer qu’ils en ont même certainement bien ri, il n’y a qu’un pas que je franchi.

Encore un effet du mythe médiatique du fléau de l’obésité.

Enfin bon sachez quand même que les gros en ont assez des clichés qui leur collent à la peau, assez de se faire pointer du doigt dès qu’on mange quelque chose dans la rue.

Et puis avec 10% d’obèses et 30 % de femmes en surpoids, il va peut être falloir songer qu’il y en a peu être parmi vos lecteurs, et donc les respecter un peu mieux que çà, et vite fait !


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