Le 05.10.05 Par Chapo

Rééducation alimentaire : Mon parcours

Apprendre, se découvrir, changer et rester la même

Début novembre 2004, par un des mystérieux hasards du net, je suis tombée sur VLR. Je suis incapable de vous dire ce que je recherchais. Mais j’ai farfouillé un peu jusque dans les coins et ca m’a plu.

Je suis revenue. J’ai creusé plus loin dans le forum rééducation. Les liens vers d’autres sources d’infos, les témoignages, les interrogations des membres et les réponses qui leur étaient apportées m’ont convaincues.

Je me suis lancée.

Et si je

vous raconte ma petite histoire, il faut replacer ma rééducation alimentaire dans le contexte : moi !

Je n’ai pas toujours été ronde. Petite, j’étais toute fine. C’est ma petite sœur qui finissait mon assiette et ma grand-mère s’inquiétait même de ne pas me voir grossir un peu plus. Pourquoi donc ai-je pris du poids ? Je peux l’expliquer aujourd’hui. Je suis la 3ème d’une famille de 4 enfants. Les 2 aînés sont partis pour leur études, et d’un seul coup nous n’étions plus que 4 à la maison, j’étais encore petite (10 ans). Ma mère, prise par ses habitudes, n’a pas automatiquement réduit les quantités de nourriture qu’elle préparait. Moi je commençais à apprécier la nourriture, j’ai toujours aimé manger ! Personne ne me restreignait sur les quantités quand je me resservais. Je me resservais pratiquement de chaque plat. Indéniablement, j’ai pris des joues,du ventre, des cuisses, des fesses… Cette situation a duré.

En 3ème, je m’en souviens trs bien, l’infirmière m’a dit lors de la visite médicale « 1m60 pour 61kg ». C’était juste avant un cours d’histoire géo. Quand je suis retournée en classe, mes copines m’ont demandé « Alors, combien tu pèses toi ? » J’ai menti en répondant que l’infirmière ne me l’avait pas dit. C’était horrible, j’étais détruite. J’ai commencé à le détester, ce corps hors-norme que j’avais.

On disait alors entre nous, les filles qu’il fallait peser 10kg de moins que sa taille : 50gk pour 1m60, 55kg pour 1m65 … vous suivez ? Mais suivant quelle idée préconçue ?

Au lycée, mon médecin m’a mise entre les mains de son associée diététicienne. J’ai commencé un régime diététique. J’ai plutôt aimé. Ce n’était pas désagréable pour moi puisque j’ai toujours mangé de tout, et je n’avais pas à compter toutes les calories : tout était prévu, et toute la famille mangeait comme moi. Je ne sais plus très bien pourquoi ce régime a été arrêté ? Parce que je ne perdais pas assez vite ?

Quelques mois plus tard, la même diététicienne me prescrivait une diète hyperprotéinée. A l’époque, on entendait tout juste parler de Slimfast en France. Il a fallu commander les sachets-repas directement à un laboratoire. C’était passablement cher. Cette fois, j’ai perdu du poids ! Et vite !

A chaque fois, je voyais les chiffres sur la balance qui avaient diminué, les mesures que prenaient la diet étaient encourageantes. Oh oui, j’étais euphorique, je commençais à me sentir bien. Mais à quel prix ? Je n’allais plus à la cantine alors que le déjeuner était le seul temps que je partageais avec ma meilleure amie au lycée. Je déjeunais seule dans le bureau de mon père où une salade avec des légumes « autorisés » m’attendait. A la maison, je vivais très mal de ne pas manger en famille, et de ne pas manger la même chose que les autres. Les sachets de substitution étaient vraiment dégoûtants.

Une fois l’objectif fixé par le médecin atteint, j’ai suivi la phase de substitution. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

A la fin de mon année de 1ère, nous avons déménagé. Et la terminale s’est extrêmement mal passée. J’étais mal dans ma classe, mal dans mon lycée, je détestais les autres élèves .. Mais je me suis battue. J’ai eu mon bac, je suis rentrée en prépa.

Le grand départ ! Un studio à Nancy, des cours à la pelle, des heures et des heures de travail. Du stress en veux-tu en voilà, une alimentation complètement anarchique .. et des kilos qui reviennent doucement mais sûrement.

A l’issue de ma 2ème année, motivée, j’ai recommencé une diète hyper-protéinée. On trouve maintenant des produits partout ! Et ca a continué de mal en pis pendant la suite de mes études : j’ai enchaîné les périodes de diète avec énormément de restrictions et des périodes d’anarchie alimentaire totale. Tant et si bien qu’à la fin, les périodes de diètes et donc de privations importantes ne me faisaient même plus perdre de poids. Tant d’efforts pour rien.

J’étais plutôt dans l’optique de me dire « de toutes façons tu es moche et grosse, ça ne sert à rien ». J’avais rencontré entre temps mon copain qui me faisait pencher vers le « Tu es peut-être pas si moche mais tu es grosse, alors ça ne sert à rien ».

Et VLR a croisé mon chemin !

En novembre 2004, je vivais avec ma petite sœur, que j’ai toujours jalousée parce qu’elle est plus grande, plus mince que moi. Elle a un caractère très différent, plus réfléchi, plus posé. Le comble étant qu’elle était en train de faire la même prépa que moi, avec de bien meilleurs résultats. Ah, complexe d’infériorité, quand tu nous tiens !

Quelle joie quand elle m’a dit qu’elle se trouvait grosse et voulait savoir comment faire une diète hyperprotéinée (oui, je savais tout sur le sujet !).On en a même fait ensemble. Quels joyeux repas…

Revirement de situation : VLR déboule dans ma vie et m’apprend que j’ai des tendances hyperphagiques, mais surtout me fait prendre conscience de ma dépendance affective à la nourriture, de mon rapport chaotique avec mon alimentation.. bref, du bazar autour de mon estomac !

Qu’il soit bon ou mauvais, j’ai fait le choix de ne pas être suivie dans ma rééducation. J’en veux toujours à cette diététicienne de m’avoir embarquée dans le yoyo…

Alors j’ai commencé, bon gré, mal gré, à ne plus me restreindre en rien.

J’ai acheté des réglisses quand j’en avais envie, j’ai laissé venir mes crises d’hyperphagie, j’ai préparé les petits plats qui me faisaient saliver… J’ai enfin compris, j’ai enfin appris à pacifier mon rapport à la nourriture. J’ai senti que tout se détendait autour de la cuisine entre ma sœur et moi. L’alimentation devenait quelque chose de plus gai.

Bien sur, il y a eu des hauts et des bas, mais tout le petit monde qui gravite autour du forum de rééducation alimentaire était là.

Je suis assez secrète sur ce qui touche à mon poids et je n’ai pas parlé de ma démarche à ma sœur. Elle n’appartient qu’à moi. Avec du recul, je regrette de ne pas l’avoir fait. Je pense que j’aurais pu aller plus loin dans ma démarche, car finalement, j’ai peu changé mon mode d’alimentation. C’est vraiment mon rapport à la nourriture qui a changé.

A la fin du mois de novembre ; mon copain est parti au Canada pour 8 mois. J’aime tellement écrire que je me suis longuement épanchée des heures durant. J’ai ainsi ouvert mon cœur sur des sujets que je suis incapable d’évoquer de vive voix. En parler, lui en parler, me livrer sans retenue, en sachant que je ne serais pas jugée m’a énormément aidée. J’ai pu prendre de la distance par rapport à ma situation, à mon comportement.

J’ai énormément de chance, car le soutien de mon copain a été très fort, malgré les kilomètres et tout en douceur et avec beaucoup de tact. Ce dont j’avais besoin.

Pendant ces 4 premiers mois, j’ai perdu 1 ou 2 kg. Ca peut paraître peu. Pour moi, la plus grande victoire était d’avoir enfin fait la paix avec la nourriture et avec moi-même. Ceux qui surveillent leur balance chacun matin s’accorderont aussi que perdre un petit kilo sans y faire attention est inespéré. Ca l’était pour moi aussi !

De février à septembre 2005, je suis retournée vivre, le temps de mon stage de fin d’études, chez mes parents. J’ai vraiment appréhendé ce retour à la maison. Plus que la mise entre parenthèse de ma chère indépendance, je craignais le retour aux contraintes alimentaires familiales. Ca n’a pas loupé, et ca a vraiment été dur. Là non plus, je n’ai pas voulu parler à mes parents de ma démarche. Ca a sans doute compliqué nos rapports, mais je ne voulais pas le faire et m’en sentais tout simplement incapable.

Il m’a fallu prendre des marques toutes différentes de celles que j’avais acquise alors que j’étais avec ma sœur : m’adapter à un rythme qui n’est pas le mien alors que la rééducation voudrait que l’on puisse faire des variations sur son propre rythme d’alimentation. Il m’a fallu accepter de manger des aliments qui ne me faisaient pas plaisir. Il m’a fallu tenir ma langue en entendant que l’ « on ne mange pas ce dont on a envie, mais ce qui est sur la table ».

J’ai cherché des palliatifs : j’ai joué sur les quantités : lorsqu’un plat ne me plaisait pas, j’en prenais peu. Et par contre, j’essayais vraiment de me faire plaisir au dessert, en choisissant avec soin ce qui me faisait vraiment plaisir parmi les possibilités du moment.

Le midi, j’étais seule, enfin je me retrouvais et prenais le temps d’écouter mes sensations, mes envies. Avec cette bouffée d’air, l’équilibre se faisait.

Mais nous avons déménagé encore, et tout a changé : je n’étais plus seule le midi, je n’avais plus aucune possibilité de prendre un repas à mon aise. La situation était de plus en plus tendue pour moi. Je jonglais entre mes envies et mes sensations alimentaires que je voulais écouter pour faire au mieux, et que je réprimais pour ne pas créer d’incident diplomatique du type « Super, une soupe de légumes, mais là j’ai envie de pâtes carbo ».

Psychologiquement, j’ai eu des périodes assez difficiles. Mes humeurs déversées sur le forum et dans ma correspondance avec mon copain ou avec une de mes amies ne s’apaisaient pas.

J’ai finalement réussi à trouver un certain équilibre à travers la lecture de « Maigrir c’est dans la tête » de G.Apfeldorfer. Je m’y suis tellement reconnue ! Je me suis enfin pardonnée d’être ce que j’avais été. Car si j’avais changé enfin mon rapport avec la nourriture, je n’avais pas encore accepté d’avoir, moi, eu de tels désordres dans ma personnalité ! Un peu d’orgueil mal placé ? Peut-être ! Il s’est agit surtout pour moi d’accepter que je ne suis pas forte. D’assumer que j’ai des faiblesses, et surtout de les exposer.

L’apaisement est aussi venu du retour d’une pratique sportive. Après une blessure, j’avais totalement arrêté tout sport, toute dépense physique. Et pourtant depuis toute jeune j’ai toujours fait sport à doses importantes, plusieurs fois par semaine, par plaisir (et besoin !) d’évacuer un surplus d’énergie.

J’avais choisi, compte tenu de ma blessure, de recommencer avec la piscine. Et le hasard faisant décidément bien les choses, je suis tombée sur un extrait d’Apfeldorfer sur le rapport des personnes grosses au sport ou à la dépense physique à travers le sport. Vous savez, le fait que les gros ont besoin de fournir un effort physique intense pour se sentir exister, que les poids en muscu seront plus lourds, ou les courses à pieds plus longues… Des efforts plus violents, est-ce au fond pour se venger de soi-même ?… ces exemples, c’était tout moi ! Tellement moi, je me suis surprise à vouloir le prendre à contre-courant afin de vérifier que c’était bien moi qu’il avait décrite !

Pas d’erreur.. C’était moi ! J’ai donc découvert avec bonheur et surprise le sport à petit rythme, pour me faire plaisir et non plus dans l’objectif de « dépenser tout ce que j’ai en trop » comme c’était le cas avant. Un trop plein d’énergie, de gras, de poids, d’énervement ? Mais tout cela s’échappe aussi bien, et même plus sereinement avec une pratique sportive raisonnable.

Je me suis fixée un seuil : je fais du sport deux fois dans la semaine, mais quand je veux. Ainsi je ne me force pas si je n’en ai pas envie. Actuellement, c’est de la natation (1km) ou de la course à pied (30min). Physiquement, je suis en forme, j’ai du souffle, de l’endurance.. C’est mon rythme, je me sens bien.

La fin de mon stage est arrivée. Une période de transition pour moi : je vais m’installer avec mon copain, mes études se finissent, je dois chercher un travail.. Que d’incertitudes !

J’en ai ressenti les échos jusque dans mon rapport à la nourriture : mes sensations alimentaires se sont exacerbées, que ce soit la faim qui me déchirait le ventre ou la satiété qui me brûlait l’estomac. Mes envies devenaient floues. Il m’arrivait de plus en plus d’ouvrir un placard avec une petite idée de chocolat et de le refermer hâtivement car le chocolat était finalement trop ceci ou trop cela.

J’ai eu un inquiétant surcroît d’intérêt pour la balance dont l’aiguille stagnait et me murmurait sournoisement « pratiquement un an d’effort pour si peu ?»

Aujourd’hui, toutes ces incertitudes sont encore là. Mais je suis définitivement installée avec mon copain maintenant, et je me sens déjà plus sereine. Ce contexte vraiment propice pour moi à la rééducation alimentaire me laisse présager de bonnes choses. En une semaine, environ, je sens mes sensations alimentaires redevenir « normales », elles se font entendre moins fort, comme si mon corps savait que je suis plus à même de les prendre en compte maintenant.

Une perte de poids ? Bien sûr, j’en serais toujours heureuse. Mais je me prends à songer que ce n’est pas une nécessité. Cela viendra si nécessaire.

J’ai surtout envie de me faire plaisir. De construire mes goûts alimentaires en découvrant des plats, des saveurs, des idées de cuisine plus variés. J’ai envie de jouer avec les aliments et de cuisiner pour le plaisir des yeux et du nez autant que celui de ma bouche et moins que pour celui de mon estomac.

J’ai retrouvé confiance en moi. Mon corps, il m’appartient et n’appartient à personne d’autre. Qui prétend me dire ce qui est bon pour lui ? Je n’écouterais plus les charlatans régimeux.

Je veux simplement vivre !

Chapo

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