Le 09.03.06 Par Karen

Lily la tigresse de Alona KIMHI

Lily la tigresseLily la tigresse de Alona KIMHI (Editeur : Gallimard – Collection : Roman – ISBN : 2070772853 – Prix : 21.90 €)

– critique énervée –

Quand j’ai entendu parler de « Lily la tigresse » d’Alona Kimhi, clairement, c’était le roman de la décénnie, que dis-je, du siècle… Enfin un roman sur les rondes ! Enfin un roman dont l’héroïne est une belle ronde ! Enfin un roman qui nous livre, avec force anecdotes poilantes, le grand mystère des femmes, et des femmes rondes qui plus est. Bon, à sa décharge, l’auteur de cette critique exaltée était un homme, chroniqueur dans le « journal de la santé » sur France Cinq, ce qui n’a rien à voir. Il brandissait l’ouvrage magnifique, caressait avec délectation sa tendre couverture mauve, sur laquelle une femme dodue à souhait et totalement nue (hors talons aiguilles et sucette géante à la main) nous fixait avec l’air évaporé d’une jeune génisse à qui l’on présente un pâturage nouveau… Oui, sans nul doute, il avait aimé ce livre, le chroniqueur… il avait rit, tellement rit, qu’il en riait encore, sur le plateau du « Journal de la santé »… Vraiment, ce livre formidable, il fallait que nous courrions tous l’acheter.

Et c’est ce que j’ai fait… Qui ne l’aurait pas fait, d’ailleurs ? Il m’avait été si bien vanté… C’était le 19 janvier dernier, je me suis rendue dans un de ces magasins qui vendent de la Culture en veux-tu en voilà… et là, surprise ! Rupture de stock, déjà… sorti le 12, juste une semaine plus tôt, il n’y en avait déjà plus… il fallait attendre… il avait été si bien vanté, ce livre magnifique… les gens n’avaient pas été assez idiots pour passer à côté de ce manuel à l’usage des gens qui veulent comprendre la femme, ronde de surcroît… Même le 4e de couverture s’y met aussi : « 112 kg de femme.. et patati et patata … d’une drôlerie et d’une fantaisie éblouissantes… ». Bien. Voilà un investissement que je suis sure de ne pas regretter…

Alors j’ai attendu… et quelques jours et plusieurs magasins plus tard, je le trouve enfin, qui m’attend, me tend les bras, la Bible mauve qui va changer ma vie ! Par piles entières, presque jusqu’au plafond… il y en a partout… Enfin ! Il faut que je me dépêche de le chroniquer pour VLR, manquerait plus qu’on me pique mon idée… Je suis contente, je n’ai encore jamais chroniqué de livre… Des artistes, oui, mais des « livre du siècle », jamais… alors je me lance…

Pas mal, tout ça.. ça commence bien… c’est plutôt drôle, en fait et l’écriture (du moins à la traduction) est honnète, ça se lit bien. Cette Lily qui a 30 ans (comme moi) semble avoir un sacré caractère… elle vit seule suite à une rupture dramatique avec l’homme de sa vie qui l’a planté avant le mariage parce qu’elle était trop grosse… bon… ça pourrait être dramatique, mais finalement c’est plutôt drôle, comme elle le raconte… ça se passe en Israël… apparemment, là-bas, ça ressemble assez à ce qu’on vit ici… bon, son enfance, ses parents bizarres qui la rêvent actrice alors qu’elle se fantasme prothésiste dentaire… remarquez, moi je me voyais bien médecin légiste pendant que ma mère me voyait… ben médecin légiste, tiens… finalement, une vocation contrariée par personne mais qui a changé d’orientation en cours de route : je ne suis pas médecin légiste… bon je continue…oh… sans déconner… son dentiste la tripote quand elle a 12 ans… bon, apparemment ça ne la traumatise pas plus que ça… elle se masturbe dans sa baignoire avec le jet d’eau… ah bon ? ok, je n’y avais jamais pensé, faudra que j’essaie ça un jour… elle se pomponne, prend soin d’elle, boit du porto en prenant son bain… et puis elle a sa meilleure copine, Ninouch… Ninouch,elle est super belle, et super maigre… mais elle a un pois chiche à la place du cerveau… elle vit avec un taré super riche qui la fracasse dès qu’elle fait un pas de travers… mais elle est gentille, quand même… elle a été prostituée, mais elle avait les dents pourries et ça plaisait pas trop aux clients, et puis elle s’est occupée d’un bordel d’enfants parce qu’elle adore les mômes, et puis on l’a mise dans un bordel d’anormaux (y a des gens qui fantasmes là-dessus apparemment, d’ailleurs son mec l’a découverte là-bas, lui, l’esthète collectionneur de jolies choses…), rapport à une maladie qui lui a octroyé une souplesse extraordinaire… faut dire qu’elle avait un maquereau prévenant, qui a toujours tout fait pour encourager le développement de ses capacités… soit, mais je commence à me poser des questions, moi… revenons à Lily… Lily qui se souvient de son dépucelage par un étudiant japonais, dans les toilettes d’un avion… ok… elle a eu du mal à l’oublier, celui-là… ses premiers émois, si l’on oublie ceux causés par son dentiste, bien sur… là, on commence quand même à rire jaune… ensuite… elle va au cirque, elle est prise en taxi par une conductrice qui parle trop et qui se mêle un peu trop de tout.. évidemment elle arrive quand la représentation est finie, parce que, bien sur, elle a attendu toute la soirée sa copine qui n’est jamais venue, rapport à la jalousie de son mec… là elle se rend compte que le mec qui s’occupe des fauves, c’est son étudiant japonais qui l’avait dépucelée… mince ! quelle coïncidence quand même… elle se débrouille pour le retrouver, et ils se paient une bonne partie de jambes en l’air, comme si ces douze années ne s’étaient pas écoulées depuis le dépucelage… sauf que l’étudiant est devenu une femme, avec un vagin à la place de l’objet responsable du dépucelage en question… tiens… quelle drôle d’idée… bref… il la saoule et il lui donne un bébé tigre… punaise, le cadeau empoisonné ! la femme du taxi reparaît le lendemain, la copine Ninouch tombe amoureuse du bébé tigre, la femme taxi tombe amoureuse de Ninouch, dont le mec devient de plus en plus violent… oh la la… drôles de vies, quand même… Lily pèse de plus en plus lourd sur la balance (120 kg), mais semble mincir de plus en plus… jusqu’à entrer dans un 44, et elle recroise son ex qui retombe sous le charme (ben oui, maintenant qu’elle a maigri)… et c’est à nouveau l’extase, il est mince, il est beau, il sent bon le sable chaud, son lieutenant… elle se rappelle avec nostalgie toutes les fois où elle a chopé des trucs qu’il lui ramenait de ses multiples conquêtes féminines lors de ses déplacements professionnels (crêtes de coq, chlamydiae, morpions, mycoses – liste non exhaustive)… une fille dans chaque port et un porc qui sommeille, comme disait l’autre… heu là, je commence à me dire qu’il y a quelque chose de pourri dans la tête de cette nana… enfin, je continue… et puis je sais pas trop ce qui lui arrive, elle a tout le temps faim, elle mange, elle mange, elle a faim de sexe aussi… elle erre la nuit dans les rues, dans les bars… elle fait son marché, elle se choisi des mecs, plusieurs dans la nuit, elle se fait sauter dans les arrières-cours… sans protection, pour mieux sentir, chair contre chair… non mais là, ça va vraiment plus… là ça rigole plus du tout… je ne comprends pas ce que le chroniqueur a pu trouver de si drôle.. je ne comprends pas ce qu’on nous montre comme femme… ronde de surcroît… et je continue, le tigre grandit, l’appart devient de plus en plus petit… le mec de Ninouch est souvent absent parce qu’il fait la promotion sur toutes les télés d’un truc qu’il a inventé, un panty électrique contre la cellulite… sans oublier le japonais transsexuel qui s’est suicidé, Lily qui se transforme petit à petit – en quoi ? je vous laisse deviner… on apprend que Lily a rencontrée Ninouch il y a deux ans alors qu’elle se faisait violée dans un terrain vague et que Lily a regardé la scène sans bouger… les rapports de Ninouch avec son homme se dégradent de plus en plus… l’amour de la femme-taxi pour Ninouch grandit de plus en plus, le tigre grandit de plus en plus, Lily s’alourdit de plus en plus (160 kg)… et là, Mesdames et Messieurs, vous pouvez le deviner, le drame est en train de se nouer… vous n’en saurez pas plus, j’ai du péniblement me traîner jusqu’à la 400e page pour voir où l’auteur voulait nous emmener… je vous laisse deviner, c’est con comme les gens, c’est laid et triste comme la vie… et ça sombre dans l’incohérence la plus totale… une entourloupe que n’aurait pas désavoué Marie Darrieusseq dans son très surestimé premier roman »Truismes »… pas de quoi rire, en somme.

Alors quoi ? j’ai perdu mon humour ? ou j’ai rien compris ? j’ai relu le bouquin en diagonale pour être sure que mon esprit ne s’était pas égaré entre deux chapitres… et je me dis non, ce n’est peut-être pas moi, en fin de compte, c’est peut-être le chroniqueur qui n’a rien compris. Ou peut-être qu’il ne l’a même pas lu, enfin de compte… enfin si vraiment il a rigolé tant que ça, il y a quand même du soucis à se faire…

Moi j’ai vu ici un ramassis de cliché, pas flatteurs pour deux sous pour les femmes, rondes ou pas : seules, lâches, viles, pouffiasses ou hommasses, bêtes à manger du foin, tristes, victimes, putes et soumises. Les rondeurs là-dedans ? Un détail sans importance, un prétexte dont se sert un salaud pour jeter la femme qui rampe à ses pieds, plutôt que de dire je te quitte parce que je ne t’aime plus, parce que les oiseaux chantent, parce que j’en ai mis une autre enceinte, non, je te quitte parce que tu es GROSSE… et la « grosse » de promettre de faire tous les régimes du monde, de se coudre les dents, de se mettre un anneau… on croit rêver…

Et toute cette fange, non pas dénoncée, mais étalée avec complaisance, comme quelque chose d’anodin, la prostitution des femmes, des enfants, des « anormaux », le viol, la pédophilie, la violence conjugale et la mort…

Ce livre est moche, ces idées sont moches, ces femmes sont moches… Le constat est moche, et pourtant tout semble si banal, au travers des mots de l’auteur…

Ce livre m’a laissé un arrière-goùt de saleté dans la bouche… et de colère aussi. Le second degré, me direz-vous ? non, j’ai pas perdu tout mon humour… Pour moi, en création, on peut tout aborder, mais il y a des façon de dire, des façons de faire, des façon d’écrire… j’ai pas vu le message qu’Alona Kimhi a voulu faire passer… je ne l’ai pas compris. C’est peut-être mieux comme ça. Ou peut-être que si, j’ai perdu mon humour au détour de ce livre, je n’ai pas aimé ce que j’y ai vu, ce qu’on m’y a montré. Je n’ai pas voulu penser qu’on pouvait rire de tout, tout le temps, à n’importe quel prix. Je n’ai pas eu le détachement nécessaire pour vous dire « c’est super, enfin un livre sur les rondes !»… non, c’est pas un livre sur les rondes, c’est un livre qui parle de vies de merde, dans un monde de merde. C’est un livre qui ne m’apprend rien sur moi, et heureusement encore… et du coup je me demande encore ce qu’il a bien pu y apprendre, le chroniqueur.

Je ne vous conseillerai pas cette lecture… vous faites bien ce que vous voulez… je sais qu’il va encore y avoir des critiques dans les médias, que ce livre sera encensé, j’ai entendu à la radio l’autre jour quelqu’un qui analysait ainsi « les kilos de l’héroïnes ne sont pas réels, c’est une parabole »… on peut pousser loin l’interprétation, mais moi je n’y arrive pas, au 14e ou au 23e degré… et les piles de « Lily » qui continuent à grandir, grandir, feront bientôt sauter les plafonds des librairies comme des bouchons de champagne…

J’ai mis un mois et demi pour venir à bout de 429 pages, moi qui dévore trois livres par semaine… j’ai mis un mois et demi pour digérer, au fur et à mesure, ma lecture, et pouvoir rendre une chronique de ce truc… je l’ai fini cet après-midi. J’ai hésité, parce que pour ma première, j’aurais tellement aimé « avoir aimé ».

Ben tant pis.

J’ai pas aimé.

Si vraiment vous ne pouvez pas vous empêcher, si vous pouvez pas attendre la sortie en poche, prenez le à la médiathèque…

Quatrième de couverture : « La jeune Lily,  » 112 kilogrammes de femme « , vit seule depuis que son fiancé – effrayé par son poids – a annulé leur mariage à la dernière minute. Elle combat sa solitude et ses angoisses à coups de bains moussants et de gorgées de Porto, et surtout en passant ses soirées en compagnie de Ninouch, sa seule amie. Depuis leur rencontre dans la clinique où Lily travaille en tant qu’hygiéniste dentaire, les deux femmes sont inséparables. Du moins, autant que Léon, le compagnon violent et jaloux de Ninouch, le permet. Car Léon, devenu riche grâce à l’invention d’un panty électrique anti-cellulite, protège et couve la fragile Ninouch, qu’il a arrachée à la prostitution, en usant de méthodes parfois musclées. Mais un soir, alors que Léon refuse encore une fois de laisser sortir Ninouch, Lily décide de se rendre seule au cirque en taxi. Coincée dans un embouteillage, elle arrive après la fin du spectacle, d’autant plus dépitée qu’elle découvre sur le programme que le dompteur de fauves n’était autre que Taro, son premier amant, le jeune Japonais qui lui a fait perdre sa virginité dans les toilettes d’un Boeing 737 au-dessus de l’Atlantique ! Aidée par l’ineffable Mikhaëla, la conductrice de taxi, Lily retrouve Taro qui lui fait don d’un bébé tigre avant de repartir au Japon. Un cadeau qui donne alors à sa vie un tournant inattendu… D’une drôlerie et d’une fantaisie éblouissantes, ce deuxième roman impose définitivement Alona Kimhi sur la scène littéraire internationale comme un des écrivains les plus originaux de sa génération.« 

Biographie de l’auteur

Alona Kimhi, née en 1966 en Ukraine, a été comédienne avant de se consacrer à l’écriture. Elle vit aujourd’hui à Tel-Aviv. Son roman Suzanne la pleureuse a été accueilli avec grand succès lors de sa parution aux Editions Gallimard en 2001.

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