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Hostilité et souffrance au travail

56 ans 91 25732
Un salarié sur 6 dit être l'objet de comportements hostiles dans son travail, qu'il s'agisse de "comportements méprisants", de "déni de reconnaissance du travail" ou "d'atteintes à caractère dégradant".

Le  
samedi 24 mai, l'AFP a écrit:
Un salarié sur 6 dit être l'objet de comportements hostiles dans son travail


Un salarié sur six (17%) déclare subir un comportement hostile de la part d'une ou plusieurs personnes sur son lieu de travail, selon une étude de la Dares (ministère du Travail et de l'Emploi) publiée cette semaine.

Parmi ces comportements, les salariés dénoncent plus particulièrement les "critiques injustes" de leur travail (8%), et les "propos désobligeants" que l'on tient sur eux (6%).

L'étude se base sur l'analyse des résultats d'un questionnaire sur "les situations difficiles au travail", rempli par 25.000 salariés dans le cadre de l'enquête Sumer (Surveillance médicale des risques) 2003, lancée par la Direction générale du travail et la Dares.

Elle distingue trois catégories de comportements: le comportement méprisant tout d'abord, que 6,5% des salariés disent subir, lorsque quelqu'un les ignore volontairement, les empêche de s'exprimer, les ridiculise en public, ou leur tient des propos désobligeants. Ce sont en majorité les femmes qui se disent victimes de ce genre de comportement.

L'étude identifie ensuite le "déni de reconnaissance du travail" (9% des salariés), qui concerne les critiques injustes du travail, "la charge de tâches inutiles ou dégradantes" ou "le travail saboté". Les hommes sont plus nombreux à s'en plaindre.

Enfin, le troisième comportement (2%) évoque "des atteintes à caractères particulièrement dégradant", comme des critiques sur l'état mental du salarié, des propos obscènes ou des propositions à caractère sexuel.

Les salariés peu qualifiés, -employés administratifs, ouvriers non qualifiés, employés de service-, déclarent plus souvent souffrir de ces comportements hostiles, notamment des atteintes dégradantes.

Les agents de sécurité sont les plus touchés, en raison de leurs fonctions qui impliquent parfois des rapports tendus avec certains publics, juge l'étude.

Les salariés du nettoyage ou gardiennage sont ceux qui évoquent le plus souvent un "déni de reconnaissance".

Les comportements hostiles au travail sont moins fréquents envers les personnes de 30 à 50 ans, et sont également plus rares dans les petites entreprises, précise l'étude.

Mais ils sont plus fréquents quand l'organisation du travail est tendue, les contraintes hiérarchiques fortes et les rythmes de travail intenses, ajoute la Dares.

De même, les salariés qui manquent de collègues, de moyens matériels ou de formation, déclarent plus souvent en être victimes, ainsi que ceux qui manquent de latitude décisionnelle et de soutien social.

Enfin, les victimes de ces comportements hostiles se disent en moins bonne santé que les autres, et ont eu "nettement plus souvent des arrêts maladies au cours des 12 derniers mois". De même, ils signalent plus souvent consommer des médicaments, de l'alcool ou des cigarettes, du fait de leur soucis professionnels.


Vivez-vous ou avez vous déjà vécu ce type de comportement dans votre travail ou l'avez avez vous constaté que certains de vos collègues en étaient victimes ?

Avez-vous réussi à vous en sortir ? Comment ?

Pensez-vous qu'à côté des personnes qui souffrent réellement, d'autres se "victimisent", par exemple pour dissimuler de réelles incompétences ?

Source article
56 ans 91 25732
Dites vous m'inquiétez là... :?

La majorité de ceux qui ont répondu au sondage reconnaissent subir ou avoir subi ce genre de choses, mais personne n'a souhaité en parler...

Est ce que cette souffrance est trop forte pour que le simple fait de l'évoquer soit très difficile ? (ce que je peux tout à fait comprendre, je l'ai vécu aussi et si vous voulez je commencerai par vous raconter mon expérience).
E
99 ans Occitanie 3854
Bon je viens de voter et vais même répondre par écrit maintenant.

J'ai eu à le vivre... dans mon ancien poste j'avais un patron très spécial, par chance on le voyait peu :roll:

En fait il descendait tout le monde plus bas que terre, il rabaissait tout le monde... Sa politique pour son personnel était la politique du presse citron (ce sont ces propres mots) ... un employé il le presse, et quand il a plus rien à donner il le jette

Façon cette société avait un turn over impressionnant

Je me suis entendu tout dire... que je ne faisais aucun effort, que je ne méritais pas l'augmentation que j'avais eu (ce à quoi je lui ai fait remarqué que je n'avais pas été augmenté) et ça parceque j'étais absente pour maladie :roll:

Combien de fois je l'ai entendu hurler sur les commerciaux que c'était des incompétents, des idiots, abrutis ....
37 ans entre la Loire et le ciel.. ici et ailleurs.. 476
j'ai répondu que je le vis actuellement..

même si ça à l'air d'être en passe de changer..

je travail auprès de personnes agées, mon cadre est exigeant.. mais surtout très lunatique.. et infantilisant..

en janvier cela faisait 1 an que j'étais arrivée dans l'entreprise... et en un an j'ai failli craquer plus d'une fois..

il en arrivait à m'appeler chez moi pour me demander pourquoi tel ou tel choses n'étaient pas faites.. (alors qu'il n'en était rien)
il nous monté les unes contre les autres.. (il est très fin pour ça.. )
il me changeait d'horaires à tout bout de champ..
m'ignorait en transmission ou me faisait des réflexions désobligeantes..
il m'a même convoqué dans son bureau pour "me remettre sur le droit chemin" à savoir.. que "c'était lui qui donnait les ordres.." que "j'étais là pour lui obéir" j'en passe et des meilleurs.. et tout ça pour quoi ? parce que j'avais osé dire qu'il nous manqué du matériel régulièrement en fin de mois..
il m'a aussi traité de menteuse.. parce qu'un jour je n'ai pas remplacé au pied levé une collègue.. (je n'avais pas reçu son message.. d'ailleurs en appelant mon opérateur il s'avère que je n'ai jamais eu de message.. juste un appel..)


mes collègues s'étant rendue compte que j'étais son bouc émissaire m'ont soutenues moralement..
en fait toutes les personnes que je prennais en charge il y avait toujours quelque chose qui comme par hasard n'allait pas..


et puis je me rendue compte de certaine choses.. monsieur il faut le brosser dans le sens du poil..
et puis il est bien embêté.. parce que depuis un mois.. il n'a que des échos positifs de moi.. le cuistot.. des collègues.. de la directrice.. et surtout.. je suis la seule qui arrive à prendre en charge une résidente assez difficile..

mon chef il est de mauvaise foi.. il est un peu limité même..je lui en veux pas.. il est c** ..
avant ça me bouffait.. mais je fais bien mon travail.. (j'en étais arrivé à me remettre totalement en question)

et puis là je pense que chez nous le problème n'est pas que sur moi.. nous sommes plus ou moins harcelé par notre hiérarchie..
la directrice stresse le cadre.. qui a son tour stressé nous mets la pression..

le meilleur moyen de s'en sortir.. avoir une vie privée riche à coté.. et surtout ne pas montrer que cela nous atteint.. à force ils se lassent.. et le plus important : être irréprochable..


en écrivant.. je me rends compte à quel point il est difficile de retranscrire la tension que j'ai subi et que je subie encore (moins) aujourd'hui..
45 ans 17521
Je fais partie des gens qui ont répondu qu'ils l'ont vécu mais que c'est terminé...

C'était en 2002 et 2003, mon dernier chantier d'archéologie... c'est d'ailleurs ce que j'ai subi durant ce contrat d'un an et demi qui m'a (entre autres choses) incité à plaquer ce métier que j'aimais tant et pour lequel j'avais fait quand même 9 ans de fac... :?

pendant 7 ans, j'ai travaillé régulièrement avec la même équipe, dotée d'un chefaillon qui se la jouait trop, qui avait des idées religieuses et politiques opposées aux miennes, ce qui ne me dérangeait pas, mais qui avait l'air de ne pas lui convenir, visiblement... j'ai eu droit à toute sorte d'humiliations, les premières années, mais comme on ne se voyait que quelques mois par an, c'était gérable...

et puis le dernier contrat, un an et demi non stop, là ça a été trop... je me suis retrouvée accusée de tous les maux du chantier... faut dire que dans l'équipe de direction, on était que deux nanas, moi et sa femme... or comme c'était un gros misogyne, ben c'était forcement moi l'incompétente, ça pouvait pas être un mec, ni sa femme... donc moi...

alors qu'en tant qu'anthropologue funéraire, j'étais la seule autonome, dans le sens où sur le terrain, on m'appelait pour dégager tel ou tel coin, mais jamais moi je ne demandais qu'on dégage pour moi tel ou tel endroit... je suivais le déroulement du travail des autres, j'avais des étudiants en formation, j'étais tranquille dans mon coin...

et puis les étudiants n'appréciaient pas mon chef, car il les prenait pour des débiles, leur faisait vider les seaux alors qu'ils étaient quand même sensés apprendre quelque chose... les étudiants dont je m(occupais étaient contents, parce que je les faisais fouiller, le les formaient au démontage de tombes, je leur donnais des rudiments d'anthropo... donc j'ai rapidement été accusée de ne rien branler, et en plus de monter les étudiant contre lui...

je passe sur les humiliations diverses et variées, genre "y a une visite officielle aujourd'hui, donc je veux pas que tu te pointes, ils vont penser qu'on est un chantier de réinsertion"... :twisted: ou les réunions avec les huiles du CNRS auxquelles je n'étais jamais conviée, et donc toujours manquante à l'appel, ce qui faisait penser que je me désinteressais des réunions en question...

Les 6 derniers mois de chantier, on est passé en phase de rapport de fouille, dans les bureaux... l'équipe de 8 personnes a été répartie dans deux appartements différents : 7 personnes dans un appart chauffé, et moi seule dans le second appart non chauffé, dans le jura en plein hiver, je précise.... :evil: il matin, quand j'arrivais, il y avait de la glace sur les vitres à l'intérieur de la pièce où je travaillais, je ne sais pas si vous imaginez... :roll: et la pause de 10 h, 8 personnes, 7 croissants... 7 tasses de café, y en avait jamais pour moi... donc j'ai rapidement arrêté d'y aller, à la pause dans l'appart chauffé... :?

le dernier mois de boulot, à l'arrache, tous le monde a eu son contrat reconduit, sauf moi.... enfin je pensais que personne n'avait été reconduit, mais qu'on restait tous, comme d'hab en général à la fin des chantiers, quoi.... mais c'est un collègue qui m'a vendu la mèche... ils avaient eu ordre de ne rien me dire, puisqu'il avait peur que je me barre sans avoir fini... ben même sachant ça, je suis restée pour finir mon boulot quand même... ça représentait quand même 4 années de recherche, donc j'avais pas envie de lâcher...

par contre, je voulais aller aux prud'hommes pour harcèlement moral, mais ce connard a pris les devants et a promis à mes collègues un prochain contrat... donc ils m'ont tous dit "c'est vraiment dégueulasse ce qu'il t'est arrivé, mais il nous a promis du boulot après... et pis on préfère que ça soit toi que nous..." :twisted: merci les collègues... et malgré mes deux oncles qui bossent à l'inspection du travail, ben je suis pas allée aux prud'hommes puisque j'avais pas de témoignages en ma faveur...

suite à tout ça, il m'a en plus carrément dénigré, mais il pouvait pas se permettre d'aller trop haut non plus, parce qu'on aurait pu s'étonner qu'il ait mis 7 ans à se rendre compte de mon "incompétence", d'autant que toutes mes études rendues et mes rapports ont trouvé des échos favorables et sont toujours très bien passés en commission... du coup, il m'a grillé dans notre entourage professionnel proche, et j'aurais sans doute pu continuer à bosser quelque part en france, loin de notre région...

mais suite à tout ça, j'étais dégoutée, donc j'ai fait une grosse dépression, et j'ai décidé de retourner à paris, de me trouver un boulot alimentaire, et de laisser tomber l'archéo... enfin j'ai continué à étudier des collection pour le compte d'un pote archéologue qui voulait encore travailler avec moi, mais du coup il a été grillé aussi par l'autre, qui l'a dénigré parce qu'il me faisait encore bosser... donc pour protéger mon pote, j'ai préféré ne plus trop bosser pour lui, ou alors officieusement...

voila donc comment je me retrouve avec une maitrise d'archéo médiévale qui ne me sert à rien et 10 ans de perdu.... c'est triste mais c'est comme ça... ça me fout bien les glandes de repenser à tout ça, c'est pour ça qu'au départ j'avais répondu au sondage, mais j'avais pas envie d'expliquer... :( :arrow:
38 ans 22/29 2570
Pour moi, hostilité oui mais souffrance non.
J'ai toujours eu des accros avec ma hiérarchie. Selon eux, je n'obéïs pas, je n'en fait qu'à ma tête, je suis tétue et je veux toujours avoir raison.
On est 3 assistantes et je suis considérée comme la chieuse. Oui je ramène des affaires, même plus que les deux autres mais je m'organise à ma façon. Et bien sûr, ça dérange même si dans l'absolu ça n'embête personne.
Alors on me saoule pour des broutilles.
Mon supérieur est très sanguin, il faut qu'on aille dans son sens.
J'ai de la chance que les hostilités au boulot ne m'affectent pas tant que ça. Si un jour, ça se passe vraiment mal, il me vire et puis je retrouverais autre chose.
Si on me garde, ça veut dire que je ne suis pas si mauvaise que ça. ;)
35 ans région parisienne 1309
je l'ai vécu pendant mon dernier stage en avril (je suis étudiante infirmière)... toute la journée c'était "t'es trop nulle, t'as pas le niveau, t'arriveras jamais à rien", etc...
bref humiliation et dévalorisation permanente ! j'en dormais plus de la nuit (sachant ce qui m'attendait le lendemain), et toute la journée j'avais une grosse boule dans le ventre...

bref grosse remise en question, j'ai failli tout arreter... mais heureusement j'ai des copines qui m'ont soutenu, je suis allée en parler à l'école (ils m'ont écouté mais n'ont rien fait)... et j'ai joint une lettre de protestation avec ma note de stage (qui évidemment était très mauvaise)

franchement j'ai mis des semaines à m'en remettre ! rien que d'y penser ou d'en reparler ça me fait pleurer !

mais maintenant que je suis de nouveau en cours, ça va mieux...

en tout cas si jamais ça se reproduit, je me ruine plus la santé et le moral pendant un mois, je me mets en arret maladie direct !
L
71 ans 7508
Ca m'est arrivé plusieurs fois pour diverses raisons mais le comble ça a été dans une seule entreprise puisque j'ai du confronté deux situations.

Le directeur lui-même croyait qu'il allait avoir plus d'ennuis avec moi car l'autre fille embauché en même temps que moi, elle était mince mais bon il s'est excusé après. Je ne m'en doutais même pas.

Mais les ennuis sont venus de deux autres collègues. Un qui me harcelait alors que sa femme bossait avec nous. Je l'ai clairement repoussé une fois après il a essayé de me faire vivre un enfer pour se venger mais il a pas tenu longtemps vu qu'il m'impressionnait pas et pourtant j'étais à une époque où j'avais pas du tout confiance en moi. Mais il m'a donné l'impression d'être aussi minable que moi. Du coup voyant l'effet quasi nul de sa tentative, il a repris une attitude normale mais j'avais quand même un peu peur de me retrouver seule dans les vestiaires.

L'autre c'est un qui avait le même rang que moi et qui sûrement par ennui ou je ne sais quoi, alors que personne ne lui avait rien demander s'est mis en tête déjà de m'apprendre mon métier et ensuite de me contrôler pour mes moindres faits et gestes tout en critiquant.
Ca s'est accumulé et un jour j'ai pété un plomb et je lui ai envoyé un plateau pleins à craquer d'expresso que je venais de préparer. J'ai quitté mon post persuadé que j'allais être viré mais au contraire j'ai eu du soutien et les gens ont bien compris mon geste.
Après j'ai eu une paix royale et il a même essayé de fraterniser sous pretexte que j'avais acquis le statut de capable...

En y reflechissant à chaque boulot il y a eu un couac mais celui-là où j'ai le plus souffert. Au bout de quelques mois j'étais dans un état psychologique pitoyable. Les autres boulots ça m'atteignait limite pas du tout.
D'ailleurs je me souviens que j'ai bossé une fois deux jours seulement parce que la patronne était une vraie radine, mal lunée pour pas dire autre chose et pas du tout pédagogue pour un sou, je me suis barré en courant le deuxième matin. C'était très drôle car elle m'a poursuivi dans la rue pour que je revienne en essayant maladroitement d'être gentille. C'était mon premier boulot :lol:
U
44 ans 1910
Aller, j'explique, j'en reparle.
Mais avant je voudrais faire un :kiss: à Karen parce que ça me parait odieux ce qu'elle a vécu et que voir que les collègues ne soutiennent pas... ça rend chèvre !
Du coup, ça me fait relativiser.
Et pis :kiss: de courage aux autres.

Pour l'histoire, j'ai été menuisière. J'ai été embauchée après un CAP à l'AFPA dans une petite entreprise de menuiserie/ couverture/charpente et on travaillait en binôme. Le problème c'est que mon binôme ne supportait personne. Je l'ai supporté pendant 3 ans. Je me suis laissé marcher sur la tronche. J'ai entendu ses soupirs. J'ai vu ses yeux au ciel. Et les "c'est pas comme ça, fais comme ci, pfff, mais non ! putain, mais t'es bête ou quoi ? etc." A tel point que je n'avais quasiment le droit de rien faire sauf poncer et visser et lasurer ! (youpi). Il me surveillait constamment pour pouvoir me prendre en faute. Il me faisait sursauter parfois. Je n'étais utile à rien. Je ne savais rien faire. Et je l'entendais tous les jours. En plus il était lunatique. Et il était le frère du patron. Et le patron voyait bien que je ne savais rien faire du coup (puisque j'avais pas le droit)... même quand je faisais comme on me disait, j'avais droit à une réflexion. Je ne pouvais prendre aucune initiative. Donc, j'avais même abandonné l'idée... je m'étais confortée dans l'idée que j'étais nulle. A chaque petite erreur, je me faisait enguirlander alors que quand il faisait des erreurs, il les partageait allègrement avec moi (genre : "on a cassé telle pièce") voire me les collait sur le dos. j'avais testé d'expliquer en douceur, de gueuler, de la boucler, de pleurer... toutes les méthodes... et jamais rien n'a changé... parce que je ne sais pas me faire respecter.

Pendant 3 ans j'ai eu mal partout et de plus en plus (fibromyalgie !), et j'ai vomi régulièrement et pleurer beaucoup .

Jusqu'à ce qu'un matin, je prenne ma veste et je parte sans un mot après une ultime réflexion. Je savais que ça serait la merde, mais c'était ça ou je perdais la vie je crois.

J'ai cru longtemps qu'en effet j'étais bonne à rien... jusqu'à ce qu'un autre collègue installé à son compte m'appelle pour que je l'aide et aussi que je vende des petits objets à un marché de noël et que les gens me disent "ah, c'est toi qui fais ça ? ben dis donc !".
Et pendant longtemps je me suis dit : mais quelle idée, quelle idée que d'aller faire menuiserie alors que le tourisme t'avait ouvert une porte...

Maintenant, je crois que c'est gravé en moi... j'ai peur dès que ma boss la joue "je suis la chef", il suffit qu'on me dise que j'ai mal fait qqch pour que la sensation que je connaissais si bien resurgisse. J'ai peur de chaque conflit et je n'en dors pas pendant des nuits. Et puis les douleurs ne m'ont plus jamais quittées. Elles sont là. Elles ne partiront plus jamais. Merci C. !

Je regrette une chose : c'est de ne pas arriver à crier merde à quiconque me fait chier ! j'y arrive pas. Je ne sais plus que fermer ma bouche, serrer les dents et fuir. (mais la fuite m'a permis de rester en vie... donc, c'est pas si mal hein ?)
Et je me suis jurée que PLUS JAMAIS !
37 ans 2362
moi je l'ai vécu aujourd'hui, une collègue est allée me "dénoncer" à la chef, comme quoi l'équipe avait du mal avec moi, ...j'ai vu mon travail et ma légitimité remis complètement en question... (apres avoir entendu la semaine derniere que je prenais trop de place dans l'avion... "pour rire", bien sur)

bref

mais je ne veux pas en parler maintenant, ça a été tres tres dur aujourd'hui... (et le reportage sur France 3 ce soir m'a achevée )
45 ans 17521
Diine a écrit:

Mais avant je voudrais faire un :kiss: à Karen parce que ça me parait odieux ce qu'elle a vécu et que voir que les collègues ne soutiennent pas... ça rend chèvre !


tu es gentille... :kiss:
c'est vrai que j'essaie de faire bonne figure par rapport à tout ça, mais 5 ans après j'ai toujours pas encaissé, et je crois que je n'y arriverai jamais... ça m'a vachement fragilisé, l'air de rien, ça a cassé quelque chose en moi, j'ai vécu ça comme un tel échec... c'était le rêve d'une vie qui s'envolait... mais bon, on finit toujours par rebondir... :roll:
U
44 ans 1910
karen a écrit:
Diine a écrit:

Mais avant je voudrais faire un :kiss: à Karen parce que ça me parait odieux ce qu'elle a vécu et que voir que les collègues ne soutiennent pas... ça rend chèvre !


tu es gentille... :kiss:
c'est vrai que j'essaie de faire bonne figure par rapport à tout ça, mais 5 ans après j'ai toujours pas encaissé, et je crois que je n'y arriverai jamais... ça m'a vachement fragilisé, l'air de rien, ça a cassé quelque chose en moi, j'ai vécu ça comme un tel échec... c'était le rêve d'une vie qui s'envolait... mais bon, on finit toujours par rebondir... :roll:


oui, faut le prendre comme ça, on rebondit...
J'ai tendance à me dire : si ça le fait pas, c'est que ça doit pas le faire et qu'il y a une autre porte ouverte qq part...
Mais punaise, c'est pas facile... je comprends !
56 ans 91 25732
C'est bien ce que je me disais... :? En parler, même des années plus tard, c'est encore dur. Ca veut dire que la souffrance est toujours là, d'autant que pour la plupart on n'a rien pu faire à part subir et/ou partir...

Alors à moi. Je suis rentrée dans l'administration pour un remplacement de congé mater de 3 mois en février 1990. A l'issue des 3 mois, on m'a proposé un contrat de chargée de suivi des jumelages, parce que je parlais les langues de tous les pays avec lesquels la ville était jumelée (allemand, anglais, espagnol et polonais). Le poste incluait aussi le développement des relations avec les associations de la ville (indépendantes des jumelages) et l'organisation des manifestations.

De mai 1990 à septembre 1991, aucun souci, j'étais bien notée, on reconnaissait mes compétences, tout allait bien.

En septembre 1991, mon chef est parti et a été remplacé. Du jour au lendemain, je suis devenue mauvaise. Je n'avais pas la carure pour assurer le poste, je n'avais pas assez de connaissances, je n'étais pas assez solide émotionnellement pour assumer des manifestations lourdes. Ben pourtant avant j'y arrivais...

La seule chose qu'on me reconnaissait encore, c'était ma faculté à parler 4 langues et à me taper toutes les traductions de documents (je me souviens de 4 pages sur la création d'une station d'épuration au Nicaragua et de 3 pages sur la collecte des ordures ménagères en Pologne... Moi qui avais surtout fait du littéraire...).

Un jour en 1992, j'ai osé l'inacceptable, j'ai osé demander la prime correspondant à l'utilisation de langues vivantes dans mon travail. Ca devait représenter 130 Francs brut à l'époque (au total ! Pas par langue ! Tu parles d'un pactole ! :roll:) On me l'a refusée au prétexte que je devais passer des tests ! J'ai répondu que depuis 2 ans, les tests étaient largement passés et que je n'allais pas brader mon diplôme d'une Grande Ecole pour 130 balles ! (je précise qu'il ne s'agissait pas de tests officiels, c'était qq'un de ma collectivité qui devait me les faire passer... J'aimerais bien savoir qui parlait polonais à part moi).

A l'époque j'étais bien plus soupe au lait que maintenant, et je n'ai pas compris que ce refus était un moyen de me harceler.
J'ai dit que tant que je n'aurais pas la prime, je parlerais français, puisqu'aucun test ne prouvait que je parlais autre chose. Mais ils ont détourné le problème, c'était le maire en personne (avec qui je m'entendais bien) qui venait me demander de faire les traductions et je les faisais...

Un jour un Directeur Général Ajdoint m'a envoyé un texte en arabe (langue que je ne parle pas). Il avait écrit dessus : "à faire traduire par Madame B. qui est si fière de son diplôme de la Sorbonne." :evil:

Oui j'en étais fière de mon diplôme et pas contente qu'on le prenne pour une merde. :evil: J'ai récupéré la notice d'une calculette qu'on venait de recevoir et j'ai recopié la partie en coréen. Je l'ai mise à la suite du texte arabe et j'ai marqué "je suis désolée, je ne sais traduire l'arabe qu'en coréen, cherchez un autre diplômé de la Sorbonne qui sache traduire l'arabe en français". :twisted: Ben il parait que j'ai été cataloguée comme prétentieuse manquant d'humour ! :evil: :lol:

Tout était fait pour que je sorte de mes gonds et à l'époque, je le faisais, je me mettais en difficulté sans m'en rendre compte. Par exemple on modifiait mes courriers dans mon ordinateur et on m'accusait des fautes, on me donnait de mauvaises directives, on envoyait tous mes collègues en formation sauf moi, on montait mes collègues contre moi, l'assistante du chef m'a fait un nombre incalculable de crasses. Ensuite mon chef m'a enlevé la plupart de mes responsabilités, il m'a coupée de mes contacts extérieurs, dans le peu de tâches qu'il m'avait laissé, il ne me donnait que le moins important à faire...

Par contre il me notait toujours relativement bien, rien n'était vraiment négatif dans ce qu'il écrivait, ce qui fait que quand je me plaignais, on me prenait pour une mythomane. Il disait à tout le monde que j'étais fragile, psychologiquement instable, que c'était du au fait que je n'avais pas d'enfant, que mon mari était au chômage... Il me faisait passer pour une pauvre fille rentrée par piston et qu'on gardait par pitié. :?

Je ne le savais pas, mais c'est un comportement typique du harcèlement moral. Mon chef voulait que je parte, comme il ne pouvait pas ouvertement me virer, il fallait que ça vienne de moi.

On est arrivés comme ça en mai 1993. Je venais de rentrer de congé maladie de 3 semaines, pour une hépatite. J'ai été convoquée chez ce directeur général adjoint (celui de la lettre en arabe) qui m'a clairement dit que je n'étais qu'une simulatrice, que je n'avais jamais été malade mais que j'avais pris un congé maladie parce que je ne pouvais pas faire face à une manifestation qui se préparait et que je l'avais lâchement laissée à mes collègues. Mon chef était présent et en a rajouté une couche sur d'autres arrêts maladie. J'ai demandé pourquoi on ne m'avait pas envoyé de contrôle médical. Pas de réponse... Le Directeur m'a demandé si je comptais "reprendre le train en marche". Je lui ai répondu que je n'en étais jamais descendue bien qu'on m'ait mise sur les marches et qu'on ne se prive pas de me pousser... :evil:

A la fin de la journée, je suis allée voir maman, mais ce jour là elle s'était disputée avec zom et je n'ai rien pu dire, juste entendre des reproches. Zom ronchonnait aussi. Mon papa ronchonnait aussi. Mon meilleur ami n'était pas chez lui... Il n'y avait plus personne...

Alors je suis rentrée chez moi, j'ai ouvert le tiroir de ma table de nuit et j'ai avalé plusieurs gélules de Prozac et d'autres médocs.

Zom m'a trouvée assez vite, il a appelé le médecin. Je n'ai pas été hospitalisée, je n'avais apparemment pas pris assez de médocs pour que ça soit toxique. Mais j'ai bien dormi... ;)

J'ai pu parler au médecin le lendemain, lui il a écouté. Il m'a donné les coordonnées d'une psy. Je ne voulais pas y aller, je disais que je n'étais pas folle, que c'étaient les dingues avec lesquels je bossais qui devaient aller en voir un ! :evil:

Mais j'y suis allée. Elle m'a expliqué les méthodes de harcèlement moral et m'a donné des pistes pour me défendre, en fait surtout pour ne plus y donner prise. Elle m'a dit qu'elle allait m'expliquer ce qui allait m'arriver (j'ai cru avoir affaire à Madame Soleil !). Mais en fait le harcèlement c'est une technique, mon chef ne faisait que la suivre. La phase suivante était la suppression d'une partie de mes outils de travail et je ne devais pas m'y opposer. En fait je ne devais plus m'opposer à mon chef, je devais lui laisser croire qu'il avait raison. Ca devait le déstabiliser de me voir docile...

Quelques jours plus tard, mon chef a subitement eu besoin de mon ordinateur et a décrété que mes dossiers devaient être dans son bureau ! J'avais envie de tout lui mettre dans la gueule ! :evil: Mais je lui ai tout donné, sans rien dire et avec le sourire. A chaque fois qu'il me critiquait je lui répondais calmement, je ne me fâchais pas, je lui disais que je n'avais pas du bien comprendre ses directives, qu'il répète... Il avait l'air perplexe, mais il m'a fichu un peu la paix ! :lol: Ca m'a permis de reprendre confiance en moi et de faire changer l'image qu'on avait de moi.

J'avais compris qu'il fallait que je parte, mais à mon avantage. J'ai aussi commencé à fouiller dans l'ordinateur du chef (j'ai trouvé son mot de passe en moins de deux minutes... Un gosse de 5 ans l'aurait trouvé ! :lol: ). Je n'ai rien détruit, rien modifié, mais j'ai imprimé tout ce qui pouvait m'être utile.

Parallèlement, et sans rien me dire, zom est allé voir le maire et lui a tout raconté. Le maire m'a convoquée dans son bureau et m'a demandé pourquoi je n'avais jamais rien dit. J'ai répondu que je l'avais fait, mais que personne ne me croyait (notamment le DRH) et que je n'avais pas osé le déranger pour ça. Il m'a demandé où je voulais aller, et j'ai dit les services techniques parce que j'avais des relations avec eux (on m'avait donné les travaux des maisons de quartier à suivre) et que ça me paraissait intéressant. Le maire m'a promis que je changerais vite de poste.

J'ai prévenu mon chef. Il m'a répondu en se moquant de moi que si le maire avait voulu s'occuper de moi, il l'aurait fait depuis longtemps ! Je lui ai dit tout ce que je savais sur lui, tout ce qu'il avait fait contre moi et je lui ai montré des preuves écrites. Il m'a demandé où je les avais eues ! J'ai répondu que quand on a beaucoup de temps libre, on peut pirater un ordinateur sans souci, même sans formation ! :lol: Je lui ai dit que mon dossier était dans les mains du maire. Il a changé de couleur...

Deux jours plus tard, j'avais un appel de la DRH, j'étais mutée aux Services Techniques le jour même. J'ai immédiatement été convoquée par le Directeur Général des Services Techniques qui m'a dit de ne pas m'inquiéter, qu'il savait ce qu'on disait de moi, mais qu'il avait surtout les échos positifs du maire et que c'était lui qu'il croyait.

Depuis le 16 juin 1993 (c'était un mercredi ! :D ) je suis aux services techniques, j'ai franchi la plupart des échelons, j'ai suivi des formations et je suis maintenant cadre de l'équipe de direction. On ne m'a plus jamais fait douter de mes capacités, on ne m'a plus jamais fait croire que je n'étais qu'une pistonnée bonne à rien.

Dans les années qui ont suivi mon départ, 19 autres personnes à la suite (anciennes ou nouvelles) ont été harcelées moralement comme je l'avais été. Oui, 19 !!! Au bout de quelques unes, le DRH de l'époque a compris que je ne mentais pas. Il est venu me voir pour s'excuser.

Mon ancien chef est parti en 2001 après avoir fait des choses pas très belles politiquement (oh 3 fois rien, il a juste fait dégommer le maire qui avait succédé à celui qui m'a aidée).
Son assistante, désespérée sans lui et avec une réputation bien établie a changé de poste et s'est essayée à la politique... Elle n'est plus là...
Le DRH de l'époque a eu un très grave souci de santé (mais lui je ne lui en veux pas, il est le seul à avoir eu le courage de s'excuser et dans les années qui ont suivi, il a toujours été là pour moi, comme pour rattraper ce qui avait été fait).
Le Directeur Général Adjoint a été muté.
Le Service a disparu, les missions ont été réparties dans d'autres secteurs.

Moi je suis toujours là... ;)


Et je vais aller me chercher un Kleenex parce que même des années après, ça fait encore mal... Hein Karen ? (et les autres) ;)
56 ans 91 25732
karen a écrit:
tu es gentille... :kiss:
c'est vrai que j'essaie de faire bonne figure par rapport à tout ça, mais 5 ans après j'ai toujours pas encaissé, et je crois que je n'y arriverai jamais... ça m'a vachement fragilisé, l'air de rien, ça a cassé quelque chose en moi, j'ai vécu ça comme un tel échec... c'était le rêve d'une vie qui s'envolait... mais bon, on finit toujours par rebondir... :roll:


Oui on finit par rebondir... Mais comment et à quel prix... Et souvent au détriment d'une partie de soi comme tu le dis. :?

Environ 5 ans après mon départ, une collègue a pris un poste dans mon ancien service et a subi la même chose que moi. Elle a intenté une action auprès du Tribunal Administratif. Elle m'a demandé de témoigner.

J'ai refusé. :oops: Je ne voulais plus en parler, plus revivre ça même juste en parlant. J'étais passée à autre chose, je ne voulais pas replonger là dedans, à aucun prix. Parfois je me dis que pourtant, ça m'aurait sans doute délivrée de quelque chose. Encore que... La procédure n'a pas abouti, ma collègue a juste obtenu un changement rapide de service.

Je ressens comme toi ce sentiment d'avoir été "cassée" au sens physique du terme. Et aussi une véritable impuissance... Dans ce genre de situation, souvent il n'y a rien à faire, à part subir et partir. :?
56 ans 91 25732
Diine a écrit:
J'ai cru longtemps qu'en effet j'étais bonne à rien...


C'est ça le plus terrible non ? La façon qu'ils ont de nous déstabiliser pour qu'on finisse par croire qu'ils ont raison... On a beau savoir que c'est faux, rien à faire... Ils arrivent à nous faire douter de nous... :?

Et en plus, c'est rare qu'on comprenne vraiment pourquoi... Vous le savez vous ?

Pour ma part j'ai eu des bribes d'explication, mais aucune ne me satisfait. Je ne sais pas ce que je lui ai fait pour qu'il me fasse subir ça... Sans doute rien en plus... Ou alors sans le vouloir... C'est quand même dingue que 15 ans après, ça soit encore si présent... :evil:

D'après la psy, je lui faisais peur parce que je maîtrisais un domaine que lui ne maîtrisait pas. Il parait que certains chefs, au lieu de mettre en avant les compétences de leurs collaborateurs et de la jouer intelligemment sur le travail d'équipe, préfèrent éloigner ces "rivaux potentiels" qui risquent de leur faire de l'ombre. Ils partent du principe qu'ils ne peuvent encadrer et diriger que des "inférieurs". Alors si l'un de leurs subalternes sort du lot, ils l'éliminent, pour masquer leurs carences qui les complexent... Toujours d'après la psy, c'est un comportement de médiocre.

Vous en pensez quoi de cette explication ?
B I U