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Chronique d'une catastrophe annoncée,témoignage indirect

M
89 ans 1565
Je vous lis depuis longtemps et ça fait également longtemps que je voulais m'inscrire pour parler de ces chirurgies de l'obésité.

C'est un témoignage indirect parce que je ne l'ai pas  
vécue personnellement mais l'expérience de ma meilleure amie qui a subi une sleeve en 2010 après presque deux ans d'attente,opération dont elle attendait tout et qui devait changer sa vie. Ah,ça pour changer sa vie,ça a été une totale réussite mais pas dans le bon sens.

Elle souffrait beaucoup de ses problèmes de poids(et d'autres choses mais j'en parlerai plus tard) et dissimulait sa souffrance au point de ne la laisser entrevoir à personne. Je voyais bien que tout n'était pas rose et qu'il y avait de nombreuses pierres dans sa chaussure mais je n'aurais jamais imaginé qu'elle ressentait une telle souffrance.

Elle faisait des crises d'hyperphagie,crises qui lui faisaient prendre forcément du poids et plus elle prennait du poids,plus elle faisait de crises... C'était devenu un cercle vicieux.

En 2008,après une consultation chez son médecine,elle décide de se lancer dans la chirurgie de l'obésité. Elle se rend à tous les rendez-vous qu'imposent cette chirurgie et le suivi est extrêmement sérieux avec des rendez vous très réguliers avec une psychologue et une diétécienne. Le suivi est long,il a fallu qu'elle attende deux ans avant de se voir proposer une date d'opération. Si son choix initial portait sur l'anneau,elle décide finalement de subir une sleeve d'après les recommandations du chirurgien. Elle est extrêmement(trop?) motivée et réussit même à régler son problème d'hyperphagie.

Après une fausse alerte qui lui faisait craindre un report,le jour de cette maudite opération est arrivé... Tout se passe bien,elle récupère normalement de l'opération. Elle sort même plus tôt que prévu.

Le seul truc qui cloche,c'est l'absence de sensation de faim qui m'inquiète très rapidement. Elle me rassure,me dit que c'est normal. Ca semble s'arranger pendant quelques jours d'ailleurs. Puis,progressivement,je me rends compte qu'elle mange de moins en moins. Je m'inquiète de nouveau,je lui dis craindre qu'elle tombe dans l'anorexie. Elle se fiche tout simplement de moi,me disant qu'elle n'a pas du tout le profil. Au fur et à mesure,elle admet qu'elle n'arrive pas à manger,même si elle ressent parfois la faim. Une voix l'en empêche,voix qui devient de plus en plus forte et qui la rend folle. Elle se rend au rendez-vous post opératoire qui annonce une perte de poids beaucoup trop importante et pressent un trouble alimentaire grave. Elle a un rendez-vous la semaine suivante et le couperet tombe: anorexie mentale accompagnée d'une forte dépression. Et oui,même si l'anorexie est une sorte de dépression,il a fallu que les deux lui tombent dessus en même temps. Les mois qui ont suivi ont été un calvaire:idées noires,perte de contact avec la réalité. Elle s'enfonce dans la maladie. Ca lui vaut plusieurs hospitalisations. Beaucoup de souffrances.

Et aujourdhui,me demanderez-vous? Rien n'a changé,même si sa dernière hospitalisation lui a permis de sortir de crise et d'aller mieux sur ce plan là pendant un an. Depuis plusieurs mois,sa crise n'a fait qu'empirer même si physiquement,elle n'en a pas l'air.

Vous vous demandez peut-être pourquoi j'ai éprouvé le besoin de faire ce témoignage. C'est un mélange de plusieurs choses en fait. Ce qui est arrivé à ma meilleure amie m'a évidemment poussée à me renseigner sur la chirurgie de l'obésité. J'ai bien conscience que l'opération n'a servi que de déclencheur et n'est pas la cause de son anorexie mais sans ce choc psychologique qu'a représenté l'opération,est-ce que ce serait produit malgré tout? Elle avait l'imc requis certes mais je ne comprends pas qu'ils aient pu s'apercevoir que ma meilleure amie était prête à tout et attendait tout de l'opération et ne rien faire. Elle a menti en prétendant n'avoir jamais souffert de TCA,comme beaucoup de gens l'auraient fait à sa place. La surmotivation devrait être un facteur d'exclusion pour ce genre d'opération.Je ne comprends pas que personne n'ai trouvé ça suspicieux.

Cependant,ce qui m'a décidé à poster,c'est le témoignage d'une jeune fille qui a perdu sa soeur suite à plusieurs erreurs médicales lors d'une sleeve. Ce sont des opérations qui comportent de gros risques qui sont bien souvent minimisés. Ce blog est juste bouleversant.

Finalement,la raison principale,c'est un gigantesque coup de gueule contre la grossophobie de la société. Ce rascisme anti gros pousse les gens à subir des opérations extrêmes parce qu'ils ne supportent plus la discrimination générale qu'ils subissent de la part de la société. Une personne grosse n'est bien souvent considérée que par rapport à son poids. J'ai lu aujourdhui un article à propos d'un journaliste qui critiquait un joueur de foot(à tort ou à raison,là n'est pas le propos) et au lieu de rebondir sur les propos du journaliste,la grande majorité des commentaires portait sur son problème de poids et apparament,être gros signifie pour certains perdre le droit de s'exprimer librement.
33 ans 1547
Merci pour ton témoignage, j'ai été touchée par le récit que tu nous livres.

J'en avais déjà parlé dans un autre sujet concernant les chirurgies de l'obésité, et l'après-chirurgie sur le plan émotionnel, sur l'équilibre psychologique, ça fait partie de ce qui me fait le plus peur.

On parle peu des conséquences que peuvent avoir ces chirurgies dans l'ensemble, mais on parle quand même davantage des risques physiques, plus "faciles" à observer j'imagine.

Je crois que même un excellent suivi ne mettra jamais à l'abri de ce que ta meilleure amie a vécu... et de ce qu'en ont vécu ses proches aussi.
Mais ça m'a toujours beaucoup questionné: quels sont les critères réels d'accessibilité à de telles opérations ?
Les préconisations ne sont pas forcément appliquées, les positions médicales doivent varier selon les professionnels, les lieux, les pays...

En tout cas, je me dis que peut-être, grâce aux personnes qui s'expriment malgré tout, comme toi, sur des questions qui sont balayées vite fait bien fait habituellement, on peut sensibiliser certain(e)s, et même si c'est peu, ça compte.
47 ans 35 10308
MaudK a écrit:
Elle a menti en prétendant n'avoir jamais souffert de TCA,comme beaucoup de gens l'auraient fait à sa place.

Merci pour ton témoignage, très touchant.
C'est important de témoigner de ça, pour que de futures candidates à l'opération justement ne soient plus tentées de faire des mensonges ou omissions de ce genre, en comprenant l'importance de prendre en compte tous les facteurs.

J'espère vraiment que ton amie arrivera à se sortir de cette situation :(
M
89 ans 1565
Hélas,je crains que les gens ne se rendent pas compte. Quand ma meilleure amie m'a parlé de ces opérations,je m'étais renseignée sur internet et j'avais vu que souffrir d'un TCA était une contre indication,j'en avais pris note mais comme elle semblait l'avoir réglé,je pensais que le problème était réglé également. Alors que le problème n'était que déplacé puisque le bien qu'elle ressentait lors de ses crises était compensé par la pensée de l'opération et tout le bien qu'elle comptait en retirer. C'est sa motivation pour l'opération,sa volonté qui l'a fait résister aux crises d'hyperphagie,elles étaient toujours présentes à mon avis mais dissimulées.

Ce qui me met hors de moi en fait,c'est qu'elle n'était pas malade avant l'opération. Elle n'avait aucun facteur de comorbidité,même pas mal au dos ou aux genoux. Sa souffrance était psychologique mais comme pour beaucoup d'obèses sans doute,son poids était l'arbre qui cachait la forêt. Ses kilos étaient une carapace qui lui a été retirée brutalement.

Papille,tu as raison quand tu dis qu'on ne parle que très peu des conséquences psychologiques de l'après chirurgie mais à mon avis,c'est parce que beaucoup trop de gens voient l'obésité d'une façon simpliste. A savoir qu'on est gros parce qu'on mange trop et mal et donc une fois qu'on a été opéré(e) et qu'on est prêt(e) à prendre de bonnes habitudes,tout est réglé. C'est tellement facile à les entendre. Trop peu de gens imaginent le degré de souffrance ressentie par les personnes obèses.
M
89 ans 1565
Mince,on ne peut pas éditer. Je voulais vous remercier toutes les deux pour votre intervention,j'espère que les prochains mois seront positifs pour ma meilleure amie.
35 ans valenciennes 11784
Merci pour ton témoignage, j'espère que ça va en faire réfléchir certaines car beaucoup ce font opérer que pour un soucis d'apparence...
Moi même bypassé depuis 2 ans j'ai eu des troubles alimentaires l'année dernière, je ne mangeais quasi plus rien, j'ai faillit finir à l'hopital, sans le soutien de mon mari, famille, amis et collègues de bureau, je serais sans doute tombé dans la dépression et l'anorexie.
Bisous à toutes
R
36 ans 835
C'est sûr que deux ou trois rendez vous chez le psy, c'est pas du luxe avant une opération, et c'est d'ailleurs même pas suffisant... car avec aussi peu de rendez vous on peut mentir au psy assez facilement sans qu'il s'en rende compte (ça m'est arrivé de mentir à des psys et c'est passé comme une lettre à la poste... à vrai dire vers la fin de ma thérapie avec la psychologue, je disais ce qu'elle voulait entendre rien que pour qu'elle me foute la paix ..bon ma vie on s'en fout)... Les psys c'est pas dieu, et à vrai dire c'est assez facile à rouler dans la farine, pour obtenir ce qu'on veut.Surtout quand c'est des rdv à la chaine.. Après, c'est sûr, ça peut avoir des conséquences dramatiques...

Bonne chance à ton amie pour son rétablissement!
38 ans BanLieuSarde 1213
Cest touchant.. et merci de partager cela avec nous.
Il est important de mettre à la lumière les points négatifs, douloureux et importants de la chirurgie de l'obésité.

Ce qui me touche en te lisant, c'est que tu dois être une amie extraordinaire, en plus d'une personne très attentive aux autres..
Tu es capable de comprendre ce que l'obésité nous fait endurer, la douleur psychologique, comment les gens nous voient.
Tes écrits m'ont touchés.

Le suivi psy est un réel problème face à l'obésité.
J'ai eu je crois 1 RDV avant le bypass, ensuite, je dirais peut être 2/3 RDV en 8ans.
Je ne ressentais pas ce besoin d'être suivie. C'est maintenant, 8ans après, quand je comprends qu'un bypass ne fonctionne pas de la même manière sur tout le monde, que certains autre problèmes peuvent s'accumuler, que je me dis que j'avais besoin de ce suivi, mais que je ne l'ai pas eu.
Mon chirurgien a été clair, le suivi psy coute trop cher et on ne peut pas "l'offrir" aux patients.
Les psy en hôpitaux sont surchargés, et les psy exterieurs ne comprennent pas toujours le vrai problème de l'obésité.
L'équipe medicale accepte l'intervention, mais elle sait qu'elle n'offrira pas le suivi le plus important au patient, le suivi psy..

C'est un cercle vicieux, quand tout se passe bien, tant mieux, mais dans la plupart des cas, tout ne se passe pas si bien,.....
M
89 ans 1565
Merci Dadadiablesse mais ces compliments ne sont pas justifiés... Je comprends ce que ressentent les personnes obèses parce que je l'ai été moi-même,j'ai retrouvé un poids normal l'année dernière après avoir été obèse pendant 6 ans. J'ai d'ailleurs pensé à ces opérations de l'obésité mais mon imc trop bas et le fait qu'elles m'ont été présentées comme visant à réduire l'appétit m'y ont fait renoncer,sans aucun regret.

Ma meilleure amie a bénéficié d'un suivi extrêmement rigoureux avec des rendez-vous avec une psy et une diététitienne très réguliers,je ne comprends pas que la psy n'ait pas détecté de fragilités potentielles avec un tel suivi. Ces opérations n'étaient pas pour elle,elle n'a pas pu assumer l'aspect psychologique.

D'ailleurs,ce qui me fait peur dans vos différents témoignages,c'est qu'à priori un tel suivi-qui me parait être pourtant la moindre des choses avant une telle opération- est extrêmement rare. Donc,s'il a pu arriver une telle chose à ma meilleure amie alors que le suivi a été sérieux,je n'ose même pas penser à ce qui peut arriver à ceux et celles qui n'ont bénéficié d'aucun vrai suivi... Ces opérations sont bien trop lourdes pour laisser des gens qui ont souffert autant dans la nature.

Peut-être que je vais un peu loin mais pour moi,l'obésité témoigne avant tout d'une grande souffrance psychologique. Si je prends mon cas personnel,je peux dire que la nourriture a été ma façon de faire face au mal-être que je ressentais. Je me suis vengée sur la bouffe comme j'aurais pu sombrer dans l'alcool si j'avais eu tendance à boire.
25680
Merci pour ton témoignage MaudK :)

Oui la surmotivation devrait inquiéter les médecins, seulement voilà comme être gros c'est pas bien selon notre société alors il faudrait être surmotivé pour perdre du poids, et si on ne l'est pas alors une majorité de médecins pensent qu'on a pas la volonté pour changer et c'est là qu'il s'inquiète :roll:

Et oui souvent l'obésité cache autre chose. Mais si personne ne s'inquiète d'un individu qui boit "un peu" tous les jours, tout le monde s'offusque en face d'un(e) gros(se) :-k
38 ans BanLieuSarde 1213
Anne a écrit:
Mais si personne ne s'inquiète d'un individu qui boit "un peu" tous les jours, tout le monde s'offusque en face d'un(e) gros(se) :-k


Peut-être parce qu'être gros.. Cà se voit. On derange. On gêne...
Le verre c'est au fond d'un bar, seul chez soi..
Peut-être...
25680
DaDaDiAbLeSsE a écrit:
Anne a écrit:
Mais si personne ne s'inquiète d'un individu qui boit "un peu" tous les jours, tout le monde s'offusque en face d'un(e) gros(se) :-k


Peut-être parce qu'être gros.. Cà se voit. On derange. On gêne...
Le verre c'est au fond d'un bar, seul chez soi..
Peut-être...


Pas seulement... le commerce aussi joue un rôle.
Cela rapporte beaucoup de vendre l'alcool.
L'industrie du régime aussi rapporte beaucoup :roll:

Alors pour ceux à qui cela rapporte autant que la culpabilisation reste sur le poids et pas sur l'alcool :x
A
37 ans 4
Bonsoir,

Lors d'une sleeve le taux de ghréline (qui est l'hormone de la faim) diminue, ce qui entraîne un désintérêt pour la nourriture. C'est pour cette même raison que les personnes sleevées doivent prendre des compléments à vie.

J'espère en tout cas que votre amie va aller de mieux en mieux, bon courage à elle.
43 ans Paradise island 524
amanat a écrit:
Bonsoir,

Lors d'une sleeve le taux de ghréline (qui est l'hormone de la faim) diminue, ce qui entraîne un désintérêt pour la nourriture. C'est pour cette même raison que les personnes sleevées doivent prendre des compléments à vie.

J'espère en tout cas que votre amie va aller de mieux en mieux, bon courage à elle.


Bonjour
en aucun cas les personnes sleevées ne doivent prendre des complèments à vie...c'est comme pour tout le monde en fait,on ne prend des compléments que si on est carencé en quelque chose (suite aux analyses régulières car il est dangereux de se complémenter sans savoir,risque d'être en sur dosage).Peu de sleevés en ont besoin,et ce n'est pas automatique non plus pour les by-passés.
M
89 ans 1565
Je sais que ma meilleure amie n'en a jamais pris en tout cas.
La question s'est posée récemment par rapport à son anorexie et ses médecins ont refusé,craignant que ça devienne une solution de facilité pour elle et qu'elle se repose sur ces compléments au lieu de s'alimenter.
Par rapport à la sleeve elle même,il n'y a plus vraiment d'effet je trouve... Quand elle n'est pas en crise,ma meilleure amie peut manger absolument de tout,y compris les aliments connus pour créer des blocages comme le pain par exemple. Il n'y a que les pommes de terre qui semblent la gêner un peu mais ce n'est pas de nature à l'empêcher d'en manger complètement.
B I U


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