Le 27.02.10 Par Anne Stolbowsky

Formelles fermeture : Interview de la créatrice Adeline

Dans le secteur de la mode grande taille on voit chaque année de nombreuses boutiques se lancer, et presque autant se planter !
Et à chaque fois on regrette de voir quelqu’un qui disparait avec une expérience, peut être avec des conseils qui pourraient aider ceux qui sont en train de penser à se lancer ou qui viennent de se lancer.
Il faut dire que parler de sa fermeture, après l’investissement monstrueux en temps, en argent, en espoir qu’est l’aventure de monter sa boite, ce n’est pas donné à tout le monde et çà demande de la générosité et du coeur.

Adeline de Formelles est ce genre de personne.

Voici -avec la permission de Adeline- la retranscription brut d’une discussion téléphonique que nous avons eu à propos de la fermeture de sa boutique. Réactions à chaud et réflexions d’Adeline.


Anne : Ca se passe comment alors, ça vas toi ?
Adeline : Ben ma foi ça va. C’est un peu dur de tout arrêter mais c’est une étape disons normale, cela devenait nécessaire de le faire.

Anne : Tu peux nous expliquer un peu ce qu’il se passe en fait, pourquoi tu arrêtes ?
Adeline : J’arrête Formelles parce que déjà la conjoncture est dure, c ‘est un secret pour personne. Ce n’est pas évident ça ce niveau là, les ventes ont beaucoup diminué.
Je faisais de la vente à domicile, mais de la vente en réunion, de la vente à des personnes seules pas en groupe.
Et il me faut énormément de clientes pour arriver à vendre, et là ça devient compliqué.

Anne : Tu peux rappeler à celles qui ne te connaissent pas ou peu le concept de Formelles ?
Adeline : Formelles a l’origine c’est de la vente à domicile, sur toute la Bretagne, pour les femmes qui font du 46 au 70.

Anne : Tu avais quelle clientèle ?
Adeline : J’avais de tout.
J’avais des personnes âgées qui n’avaient plus la possibilité de se déplacer.
J’avais des personnes qui étaient trop timides pour entrée dans des boutiques et qui n’avaient pas envie d’avoir le regard des vendeuses.
Et puis j’avais des jeunes qui sont habituées à faire de la vente à domicile dans diverses formules et qui avaient envie de le faire en grande taille aussi …
Une clientèle vraiment variée car j’avais des femmes de tous les âges, des jeunes qui travaillaient aussi bien que des personnes à la retraite.

Anne : Tu avais commencé quand Formelles ?
Adeline : En mai 2008

Anne : Donc cela fait à peine 2 ans finalement.
Adeline : Cela fait même pas 2 ans.

Anne : Quand tu t’es lancée, tu étais déjà présente sur internet ?
Adeline : J’avais juste crée un site vitrine, mais à l’origine il n’était pas prévu que je fasse de la vente en ligne.
J’ai eu de la demande de personnes qui étaient plus loin que chez moi , voir à l’étranger.
J’ai donc commencé à mettre les produits petit à petit sur mon site, mais ça n’était pas adapté.
Donc j’ai crée un autre site pour pouvoir mettre les produits plus en valeur, et que l’on puisse acheté directement avec paypal.

Anne : Sur le site tu vendais beaucoup ?
Adeline : Il y avait très très peu de vente, parce que le site n’offrait pas la possibilité de payer en carte bleue.
je pense qu’il fallait un module CB pour arriver à vendre plus facilement, que les gens n’est plus qu’à rentrer les numéros de carte bleue et acheter comme ça.
Tout le monde n’a pas un compte paypal, ou une carte bleue attachée à son compte paypal, c’est quand même un frein de ne pas avoir ce mode de paiement.

Anne : Quand tu t’es lancée, tu imaginais que le marché allait réagir comment ?
Adeline : Je pensais que ça allait bien réagir. Ce qui a été le cas au début.
Au démarrage cela a été très prometteur, les ventes ont tout de suite décollé, le concept a plu, il y avait beaucoup de demande.
Bon après il fallait compter le temps que le bouche à oreille se mette en route, mais Formelles a été très bien accueilli auprès des gens qui ont aimé cette nouvelle façon de vendre de la grande taille.

Anne : Quelles difficultés, déceptions, désillusions as-tu rencontré ?
Adeline : J’ai eu beaucoup de fournisseurs qui ont refusé de travailler avec Formelles, pour eux vendre leurs vêtements en vente à domicile altérer l’image de leur marque.
Un créateur notamment a refusé car cela ne collait pas d’après lui, en gros la vente à domicile c’est un peu franchouillard, et cela ne correspond pas à l’image « haut de gamme » de ses créations. C’est un peu dommage.

Anne : Les clientes étaient-elles difficiles ?
Adeline : J’ai eu 2 ou 3 clientes sur mes 2 ans d’activités pour lesquels je me suis déplacée sans qu’aucune vente ne se fasse, autant dire que cela n’arrivais quasiment jamais.
Comme j’avais pleins de marques différentes et pleins de styles différents, mes clientes pouvaient toujours trouver son bonheur.

Anne : Une chose très difficile, trouver des clientes qui acceptent d’ouvrir leur maison.
Adeline : Il faut déjà être un peu connu, que l’on est entendu parler de toi avant que les gens acceptent de t’accueillir.

Anne : Tu devais te déplacer avec une cargaison de vêtements phénoménale ?
Adeline : Je connaissais la taille de ma cliente à l’avance. J’avais des boites où j’organisais les vêtements par taille, sachant qu’en début de collection je devais avoir environ 50 pièces par taille.
J’emportais toujours avec moi la taille de la cliente, plus les tailles alentours car j’avais beaucoup de personnes qui me disaient faire un 50 et qui au final rentrais dans le 54.

Anne : Quel était le panier moyen de tes clientes ?
Adeline : Elle prenait au moins un ensemble, donc 2 pièces. Et souvent elle se laissait tenter par autre chose, j’avais des prix entre 30 et 40 euros pièces et elles ne trouvaient pas ça dans le commerce.
Pour la même chose en boutique, les prix approchent plus des 100 euros donc pour les clientes c’était très avantageux.

Anne : Combien de temps consacrais-tu à chaque cliente ?
Adeline : Ça dépend. J’ai eu des après midi où j’arrivais à 14h et repartais à 19h, d’autres ou tout était fait en 1 heure. Je m’adaptais vraiment à la cliente, et je prévoyais un seul rendez vous dans la demi-journée car je ne savais jamais combien de temps cela durerait.

Anne : Tu y passais beaucoup de temps mais tu ne devais pas gagner beaucoup ?
Adeline : Formelles ne me permetait pas de gagner ma vie.
Je travaillais à côté, et ces mon autre emploi qui finançait l’entreprise Formelles.
Le statut d’auto-entrepreneur n’existait pas quand je me suis lancée, donc j’ai eu toutes les charges au départ de création, et ça aussi ça m’a plombé.

Anne : Tu pensais rendre la société rentable ou tu avais créer Formelles uniquement pour le plaisir ?
Adeline : Je pensais que ce serais rentable au bout de 2-3 ans. Pour cela il me fallait au moins 2 à 3 ventes tous les jours.
Après 2 ans et des ventes en baisses à cause de la crise, je ne me fais pas d’idées sur d’éventuelles améliorations, c’est aussi pour cela que j’arrête.
Il y a eu 6 mois très très bien quand j’ai commencé et puis les ventes ont décliné.

Anne : Comment as-tu préparé ton projet ?
Adeline : J’ai évidemment fait un plan marketing, une étude de marché et j’étais accompagnée par 2 associations d’aides : Le carrefour des entrepreneurs et Egee.

Anne : Aujourd’hui quel est l’état de tes finances ?
Adeline : C’est toujours gênant d’arrêter une structure car il y a toujours des frais derrière.
Tout n’est pas encore déterminé car je ne suis pas encore passée devant le tribunal de commerce.
C’est mon boulot actuel que j’ai toujours gardé qui va financer tout ça.

Anne : C’est un marché difficile ?
Adeline : Très très difficile. Les personnes ont des idées très arretées sur ce qu’elles veulent, elles demandent beaucoup de choses, de la bonne qualité, des produits originaux, mais vraiment à petits prix.
Ces clientes recherchent toujours un peu le »mouton à 5 pattes », donc il faut leur proposer des choses qui sortent de l’ordinaire.

Anne : Hormis la crise, as-tu une idée de ce qui a fait chuter tes ventes ?
Adeline : J’ai eu des soucis de qualité avec certaines fournisseurs, j’ai arrêté de travailler avec eux.
Mais une fois qu’une cliente est déçue, elle ne te rappelle pas et même si tu ne vends plus la marque en question pour elle c’est toi qui vend de la merde …

Anne : Celles qui étaient contentes t’ont-elles envoyé d’autres clientes ?
Adeline : Oui, elles en ont parlé autour d’elle et ce bouche à oreille m’a permis d’avoir pas mal de nouvelles clientes.

Anne : Quel méthode as-tu utilisé pour faire connaitre ta boutique Formelles ?
Adeline : J’étais déjà très présente sur internet, sur les forums, sur les blogs. C’est principalement là que les choses se sont faites car j’étais là avant, les gens ont pu suivre la montée du projet et l’évolution. Ils se sont un peu impliqués dedans car ils ont suivi les débuts.
J’étais sur Allegro, le blog de Big beauty et sur Vivelesrondes, je poste peu mais je suis là dans la communauté.
J’ai mis une pub sur Allegro et j’avais prévu de faire des concours mais finalement comme j’arrête Formelles cela n’aura pas lieu.
J’ai aussi fait de la pub dans la presse locale et une émission de radio.

Anne : Comme budget pub tu avais prévu à peu près ?
Adeline : Le budget pub c’est énorme !
J’avais pas prévu de budget au départ, je me suis dit on verra comment ça marche, je ferais ma pub petit à petit.
Et au final je me rends compte qu’il faut avoir un budget pub énorme.
Il faut vraiment cartonné ça au niveau du prévisionnel de création pour pouvoir au moins y arriver.
Si on prévoit pas après on se fait avoir au niveau des prix, on peut même pas imaginer comment c’est chèr !
Pour la parution dans un journal local qui touche à peine les communes avoisinantes j’ai du payer 1500€, donc pour 3 jours de parution 4500€.

Anne : Si tu devais recommencer, qu’est ce que tu changerais ?
Adeline : Je pense qu’un jour ou l’autre je recommencerais.
Avec un nouveau statut beaucoup plus facile à gérer, avec l’expérience je sais qu’il y aura pleins de choses de modifiées et prévoir un budget pub fait partie de ces modifications.

Anne : Pensais tu engager un attaché de presse ou des commerciaux pour faire connaitre Formelles ?
Adeline : Il faut le budget, on tourne toujours en rond mais il faut le budget…et le budget je ne l’avais pas.

Anne : Avec ce que tu as payé pour le journal local tu aurais pu à la place avoir une attache de presse !
Adeline : Ben oui mais quand on se lance on a pas forcement les connaissances dans le domaine, tu ne sais pas que cela existe, tu ne sais pas combien cela peut couter, tu ne sais pas auprès de qui te renseigner.
A partir du moment ou les sociétés te démarchent tu sais qu’elle existe.
Le journal local m’avait démarché, c’est pour cela que j’ai fait de la pub chez eux.
Quand tu es novice comme moi, tu ne sais pas que tout cela existe.

Anne : Les associations d’aide dont tu m’as parlé (Le carrefour des entrepreneurs et Egee) ne t’ont pas du donné ce genre de conseil ?
Adeline : A ce niveau là non. Eux c’est surtout du conseil dans la gestion de la société, le suivi et la création.

Anne : Donc il ne te donne pas les armes pour t’en sortir ?
Adeline : Ah non, c’est à toi de faire les choses.

Anne : D’après toi , qu’est-ce qui a manqué pour que tu puisses continuer l’aventure ?
Adeline : Il m’a manqué la patience financière d’attendre que le réseau se développe.

Anne : Si tu devais donner un conseil à ce qui se lance aujourd’hui, quel serait-il ?
Adeline : Être sur de soi, de son projet. De réfléchir à son projet, de travailler dessus,
J’ai des personnes qui m’appellent et veulent se lancer qui ne connaissent pas les fournisseurs, elles veulent acheter des grandes tailles à des fournisseurs de tailles standard … enfin pleins d’aberrations, et qui font qu’elles ne connaissent pas du tout le milieu et qu’elles n’y arriveront pas.

Anne : Donc si tu ne connais pas le sujet, ne te lances pas, et si tu connais le sujet renseignes toi beaucoup plus …
Adeline : Oui , et trouve les bons partenaires.
J’ai eu une banque, ce sont des minables, c’est en partie aussi à cause d’eux que j’arrête.
Si j’avais pris plus de temps pour trouver de bons partenaires, j’aurais vraiment gagné du temps et peut être que l’aventure continuerait encore.

Anne : Qu’est-ce qu’il c’est passé avec la banque ?
Adeline : J’ai eu pleins de frais, des accords qui n’était pas respectés, ils m’ont tout coupé du jour au lendemain alors qu’on avait un accord sur une entrée d’argent que j’attendais et qui devais amener pas mal d’argent.
Au final ils n’ont pas attendu, ils ont tout coupé alors qu’on avait un accord.

Anne : Donc une mauvaise communication et ils n’ont pas été très honnête finalement ?
Adeline : C’est aussi le problème de la grande taille, tu es un peu le vilain petit canard.
Si tu es un vendeur classique on ne te dira rien, mais quand tu vends de la grande taille on ne te fait pas confiance, on va te casser en te disant qu’il n’y a pas d’avenir là dedans.

Anne : Quel est ton meilleur souvenir aujourd’hui de l’aventure Formelles ?
Adeline : Toutes mes ventes sans exception, les bourses aux vêtements, les ventes en clientèles, le contact avec ces personnes qui sont enfin contentes de trouver des vêtements qui leurs vont.

Anne : Tu as des futurs projets ?
Adeline : je pense que dans quelques années je vais ré attaquer. Je vais reprendre c’est sur.
Je me vois pas tout arrêter comme ça et jamais reprendre. C’est ce qui me plait, c’est une passion donc je pense qu’un jour ou l’autre, quand j’aurais plus les moyens de me mettre là dedans je recommencerais.

Anne : Il te reste beaucoup de stock ?
Adeline : Il me reste un lot de 150 pièces avec beaucoup de Coleen Bow (t-shirt, débardeur … été), du Ronde de nuit …
Je vends le lot pour 1000 euros, ou alors il partira au mandataire judiciaire qui se débrouillera avec.

Adeline : Cela reste une très belle expérience où j’ai appris beaucoup de choses, j’ai le regret de ne plus pouvoir faire ce que j’aime. En même temps j’ai été au bout de ce que j’avais envie de faire.
J’ai eu plus de points positifs que de points négatifs pour le moment, donc c’est que du bénéfique.

Un grand merci à Adeline qui a répondu à mes questions à chaud dans ce moment difficile, et qui grâce à sa générosité et son témoignage aide des boutiques à mieux comprendre ce qui se passe.

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