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Un plongeon, deux plongeons..

26 ans 7
Bonjour,

Je n'ai jusqu'ici jamais posté sur vlr, même si ce n'est pas faute de vous lire et de voir dans ce forum une grande utilité. J'ai 20 ans et suis  
étudiante et une fois de plus aujourd'hui, je me retrouve face à ce sentiment étrange de ne rien contrôler.

Cela fait 4 années que je suis tombée dans le piège des TCA et j'ai l'impression de foncer tête baissée dans un mur sans arrêt. Petite, j'avais déjà une relation complexe à la nourriture, je grignotais sur un mode hyperphage et ma mère elle-même toujours été comme ça. Je l'ai toujours entendu de plaindre de son obésité et je suppose que ça a participé à la détestation de mon propre corps. Petite, j'étais déjà rondouillarde, alors j'imagine qu'il faudrait que je me fasse une raison aujourd'hui.
Vers 16 ans j'ai eu la brillante idée de faire un régime, prise en main radicale avant de quitter le foyer familial pour les études. Je me souviens que j'avais dans l'ide que perdre du poids me donnerait plus confiance en moi et que j'aurais plus de facilité à nouer des relations (confiance/insouciance qui s'est radicalement évaporée durant le lycée). Oh j'ai maigrit, et vite. En moins d'un an je suis passée de 67-68kgs à 49-50 kgs. Le tout à coup de privations, d'obsession de calories, de sport à outrance et de culpabilité pour tout. A cette année, les crises de boulimie sont vite apparues. Attendre que les parents se couchent et redescendre dévaliser les placards. Engloutir son "butin" et se faire vomir après.. c'était le rituel du soir. Et tout allait bien tant que je ne grossissais pas, dans mon esprit. J'étais dans le déni total. Jusqu'au jour où mon compagnon (relation à distance) m'a ouvert les yeux après que je lui ai appris ma situation. Nous sommes toujours en couple et allons vivre ensemble, et je lui dois beaucoup dans mon "avancée". A ce jour, je me demande où je serais sans lui..
Quoiqu'il en soit, la liberté du déménagement acquise, je me suis crue d'autant plus libre de maigrir/vomir. Mais la lutte contre le poids s'est vite transformée en lutte contre la maladie qui s'était refermée sur moi.. J'ai fait des efforts surhumains depuis trois ans, dans la solitude la plus totale, et j'ai réussi mes études.. j'aimerais me reconnaître un certain mérite là-dedans mais j'en suis encore incapable..
Après avoir commencé à prendre la contraception (pilule), j'ai commencé à grossir doucement mais surement. Mon corps me disait clairement "merde", je ne pouvais plus le manipuler comme je voulais. Lui aussi, il a ses limites, et on l'apprend bien vite avec les TCA. En plus de chercher à guérir des crises, l'acceptation de ces dernières est passée par l'arrêt des vomissements.. et l'hyperphagie. Je suis désormais prise dans ce piège ultime. Et j'ai repris tous les kilos que j'avais perdu beaucoup trop vite et mal.
Aujourd'hui, je n'accepte pas cette prise de poids. Ça fait une année que je grossis doucement, me voilà à 65kilos pour 1m65. Ce n'est pas gros, me dira t-on, mais je déteste mon corps. J'ai cette impression permanente de porter les stigmates des TCA et que tout le monde peut voir ces fragilités. Dans le même temps, j'ai beaucoup avancé, travaillé sur l'acceptation, lu Zermati&Apfeldorfer sans pour autant parvenir encore à appliquer les principes. Je m'écoute plus, je ne nie plus la maladie depuis longtemps, je suis dans une démarche plus respectueuse envers moi-même. Car je me rends bien compte, les larmes aux yeux, qu'à 15 kilos de moins, je n'étais pas plus heureuse.

Mais il y a ce poids qui m'obsède encore.. ça fait plus d'un an maintenant. Je n'arrive pas à passer outre. Il y a des jours où j'envoie valser ces pensées tellement elles me fatiguent mais ça ne tient pas bien longtemps et il m'arrive d'avoir l'impression de me mentir à moi-même. S'accepter, lâcher-prise.. tout ça je l'ai bien assimilé mais je n'arrive pas à le faire. J'ai un réel blocage pour m'accepter et même maigrir. Bien sur, pour l'instant toutes mes démarches pour maigrir sont un échec. Je me sabote. Je bloque complètement. Mais pourquoi? M'accepter.. mais quel rêve! Je ne suis pas qu'un enveloppe corporelle, je suis bien plus..
En attendant les jours se succèdent et se ressemblent. Je suis en "stand-by", en veille avant de partir vivre avec mon compagnon, changer d'horizon, nouer de nouvelles relations, avoir un job, étudier.. J'attends beaucoup de cet avenir car même si j'ai réussi mes années d'études ici, ça aura été un gros échec sur le plan social et mental. L'ennui me ronge, actuellement, et ça joue sur mes prises alimentaires bien sur. J'ai l'impression d'être inutile, au sens propre, de ne pas avoir les moyens de faire ce que je veux, montrer qui je suis. Et les regrets me hantent en nombre.. toutes ces situations où j'aurais pu renverser un peu le destin et où je n'ai pas osé simplement par peur de déranger, d'être moi..

Ce message est inutile, quoiqu'il permette de mettre des mots sur des maux. A quand le second souffle? A quand la "vraie" vie? Je déménage Vendredi, et de ces années je ne retire que souffrance.. J'aimerais croire en l'avenir, me dire que changer d'horizon et d'habitudes me fera le plus grand bien, mais tout ça m'est inconnu. Je ne sais pas si ce ne sont que des illusions.. Bien l'intention de me donner les moyens de me bousculer un peu plus à l'avenir (par exemple décision toute bête, prendre des cours de danse). Mais si je n'y parviens pas, qu'est-ce qu'il adviendra de moi? Serai-je assez forte?
Qui a dit que j'étai hyper-anxieuse? :D

Bref, message un peu décousu, à l'image de mes pensées et de mon état d'esprit un peu perdu, dérouté. Me voilà à la jonction entre un passé regrettable et un avenir incertain qui s'annonce prometteur.. j'imagine que la voici la réponse à mes crises actuelles.. :roll:

Si vous avez des expériences similaires ou non, je serais très heureuse de les lire et en discuter avec vous. Ce forum dégage tellement de chaleur et de bienveillance entre les membres.. :)
44 ans Paris 9866
Tout d'abord bienvenue à toi! j'espère que le forum saura t'apporter du soutien :)

Tu écris drôlement bien, ton texte est agréable à lire et laisse transparaître quelqu'un de pas du tout creux.

Tu as un poids normal et tu le sais. C'est déjà ça. Tu sais même que 15kg de moins ne rendent pas heureuse... tu sais décidément plein de choses et fort utiles! N'hésite pas à te les répéter pour bien les intérioriser et ne pas en douter.

Maintenant il me semble que l'accent est à mettre sur les questions "hors poids". Qui es-tu à part celle qui pèse ce poids? Et où est-il intéressant de mettre le curseur du contrôle? Se contrôler soi-même, contrôler son corps, sa faim, son poids... bof. C'est moyen intéressant. Notre corps n'a guère besoin de contrôle, il dispose d'une tonne de mécanismes qui font en général très bien les réglages tout seuls (la soif disparaît miraculeusement après avoir bu la quantité qui convient, pareil pour la faim, et qui songerait par exemple à forcer le désir sexuel? tout cela s'exprime en temps et en heure, et le moins on s'en occupe le mieux ça fonctionne). En revanche, la notion de contrôle est très intéressante quant à la place que nous souhaitons accorder aux autres et à leurs opinions. Je pense que peser 65kg sur une île déserte ne te poserait aucun problème (voire tu souhaiterais quelques réserves de plus). Mais ce poids est insupportable ici, car il est associé à des représentations impliquant autrui: être vue pesant ce poids, ayant cette silhouette, avec ce que ça peut charrier d'échec, de médiocrité supposée, de laideur peut-être.
Quelle place veux-tu laisser aux autres, à leur influence sur toi?
Quand on se déteste c'est toujours par rapport aux autres, à un autre peut-être idéalisé, qu'on n'a jamais rencontré, mais il me semble qu'on suppose qu'on n'est pas à la hauteur de quelque chose d'extérieur à nous. Et c'est à cela que tu devrais demander quelle place tu veux lui laisser.

En espérant que c'est une piste! ;)
33 ans 1547
Bienvenue à toi !
Je rejoins Poupoule, je t'ai lu également avec intérêt et te remercie du soin que tu as mis dans ce que tu nous adresses.

Je dois dire qu'en plus ce que t'a répondu Poupoule me fait aussi écho. Ce lien qu'elle fait entre la question du contrôle et la place de l'autre en soi et à l'extérieur de soi.

Je me disais aussi que déménager ne semblait pas anodin pour toi. Personnellement j'ai souvent retrouvé un lien entre la façon dont j'investissais mon logement et la façon dont j'investissais mon corps, pas dans un réel copié/collé mais bien dans mon ressenti. Peut-être que cela te fragilise en cette période de changement - ce qui suppose aussi la fin de quelque chose, un deuil, une séparation d'avec quelque chose d'investi (tes études par exemple?) ?

En tout cas ça me semble tout à fait normal que tu puisses intégrer rationnellement et intellectuellement les notions de lâcher prise, d'acceptation, de régulation, etc, sans pour autant parvenir à les intégrer affectivement. C'est beaucoup plus long, mais ça commence parfois comme ça.

Et puis parfois, quand tout est sur le point de changer, on a aussi besoin de ne pas tout bousculer dans ce qui nous "tient" (même si ça ne réduit en rien la souffrance qui en découle).

En tout cas, si tu te sens en souffrance par rapport à tout cela, et au delà de l'entraide que tu trouveras ici, tu pourras peut-être profiter de l'aide d'un psychologue, psychiatre, psychothérapeute. Personnellement, cela m'apporte beaucoup même si ça n'est pas évident de se pencher sur tout cela.

Bon courage à toi !
44 ans Paris 9866
papille a écrit:
Personnellement j'ai souvent retrouvé un lien entre la façon dont j'investissais mon logement et la façon dont j'investissais mon corps


Tout à fait d’accord! je pense aussi que c'est crucial! ;)
26 ans 7
Tout d'abord, merci beaucoup pour vos réponses et l'intérêt que vous y avez porté! Vous êtes également très agréables à lire et avez délivrés des réflexions très justes. Je vais tenter d'y rebondir tant que possible.

Poupoule : se répéter les choses, il est clair que ça aide. Même dans les pires moments.. les plus sombres, il est important de se marteler certaines vérités indéniables telles que "le poids ne fait pas tout", même si ça nous semble éloigné de notre état d'esprit. Ça permet au moins d'avoir une certaine ligne de pensée/conduite et de cultiver un certain respect. J'approuve totalement!
Les questions "hors poids", bien entendu je les ai longtemps fuis comme beaucoup d'entre nous. Finalement, il semblerait que je me retrouve à un moment charnière où je ne peux plus vraiment les fuir car je me le refuse. Refaire les mêmes erreurs, non, hors de question.
Il est clair que contrôler son corps n'apporte rien. D'ailleurs, il faut l'avouer, c'est impossible. On ne va pas contre la nature des choses en effet. Ça fait longtemps que j'ai compris que le contrôle illusoire des tca me permettait de fuir certaines réalités. Mais lesquelles? Par moment, elles apparaissent furtivement, comme un éclaircissement soudain. Les souffrances passées? Ça a été le cas, mais j'ai cessé de rejeter la faute sur les autres, ma famille notamment. Et vivre dans le passé, ce n'est plus mon truc non plus. Le manque de confiance en soi? Là c'est.. presque pathologique. Et de famille, en plus. :roll: J'ai bien conscience qu'il y a beaucouuuuup de travail de ce côté là. Et il est clair que les tca ont beaucoup amplifié cela.
Qui suis-je à part celle qui pèse ce poids? Une bien grande question. Et au final je ne pourrais répondre sans aucune affirmation de peur de laisser transparaître peut-être un égocentrisme ou un défaitisme. Ce qui est certain, c'est que je suis ce qu'on pourrait appeler une hypersensible, "hyper-angoissée" et "hyper-empathique". En gros, une éponge à émotions. Et quand on grandit dans une atmosphère où le émotions n'ont pas lieu d'être mises à la vue des autres.. on se bride. En revanche, ça, c'est une situation que je ne souhaite plus. J'ai longtemps cherché à me faire passer pour quelqu'un de robuste, endurcie, solitaire. La réalité? La solitude me bouffe, j'ai besoin des autres tout en ayant mon propre espace, je suis une éternelle romantique/rêveuse et je ne l'assume pas. Bref!
Tout ce que tu as dit est très judicieux et je vais sérieusement méditer là-dessus les jours à venir. Un grand merci! Surtout à ce "quelle place veux-tu laisser aux autres, à leur influence sur toi?". Ou finalement, quelle place j'estime avoir? Le parcours ne sera pas sans embûches, mais en tout cas, c'est grâce à ces réflexions et ces partages que l'on grandit un peu plus chaque jour. Merci encore.

Papille : Merci à toi aussi! En effet, déménager n'est pas anodin. J'ai eu des TCA avant de quitter le foyer familial et en ait toujours aujourd'hui, même si ce ne sont plus les mêmes. Ma relation à la nourriture est meilleure mais non apaisée. En gros, les trois années de licence ont été un cauchemar. J'ai été incapable de nouer des relations, de profiter de la vie étudiante et je le regrette même si au début c'était plutôt "je n'ai pas besoin de ça je sais me débrouiller, et blabla". Du coup, la chambre de 9m² dans laquelle j'ai vécu trois ans n'a jamais été réellement investie. J'ai mis longteeeemps avant de réaliser que ce n'était pas une annexe de la maison parentale. Mais ça, ça vient du fait que je suis encore dépendante d'eux financièrement, que ma mère a une influence certaine (très présente malgré la distance, toujours à proposer des choses, penser à ses enfants et même faire culpabiliser d'être partie, mais elle ne s'en rend pas compte). Bref, pendant l'anorexie, investir mon logement se faisait sur un mode maniaque. Pendant l'hyperphagie un mode bordélique/délaissé. Pour dire, je pars Vendredi et mes cartons sont déjà faits depuis deux semaines. Dans ma tête, je suis déjà partie.. Donc tu as parfaitement raison de soulever ce point! Ça fragilise, mais dans un sens j'en ai besoin.. un besoin viscéral. Il faut un échappatoire. Trop de mauvais souvenirs, de souffrance. Et en même temps beaucoup de regrets de ne pas avoir su profiter et.. voilà. Je vais m'arrêter là car suis très (trop) bavarde. Mais symboliquement, il est clair que quitter Lyon et vivre ailleurs (plus loin, plus indépendante des parents, avec une grande motivation pour nouer des liens, rencontrer du monde, faire des choses plaisantes..), ça fout une pression monstre.
Quand à la thérapie, j'y ai songé maintes fois, dans les moments de grand désespoir. Jamais senti la force, j'avais trop honte. Et la seule fois où j'en ai parlé à mon médecin, la fois d'après elle avait oublié et m'a filé des recommandations diététiques pour le cholestérol (super souvenir....). Comme ça avait été difficile j'ai renoncé. En revanche, ce déménagement représente trop d'enjeux pour moi et aujourd'hui l'état d'esprit est différent. Je n'ai plus honte d'en parler.. donc s'il le fallait à l'avenir et que j'ai les moyens et l'envie, oui, je le ferai. Une grande peur en revanche (non assumée, à coups de "la psycho. c'est nul et pas crédible"). Si ce n 'est pas trop indiscret, qu'est-ce qui t'a fait prendre la décision de faire le pas? Et comment tu l'as vécu dans l'ensemble?


Dur de relativiser.. et je me rends compte qu'ouvrir ce post m'a finalement fait un grand bien. Je ne saurais assez vous remercier pour vos réponses qui portent bien à réfléchir, et de façon très pertinente. Je suis preneuse de tout cela!
Un sentiment d'égocentrisme malgré tout d'avoir écris tout ceci.. trop de "je".. mais aller, le lâcher-prise commence par ça. Il n'y a que moi pour me mettre des barrières, personne ne juge et.. aucun regret.
32 ans Rennes 6
Et bien Sitael cela fait du "bien" de lire des témoignages comme le tien; je suis à peu près dans le même cas que toi.
J'ai à peu près expliqué mon cas dans un post.

Je te comprends c'est très dur de lâcher prise moi je n'y arrive toujours pas.

On a beau avoir des conseils de toutes parts on est trop en prise avec ce m$ù$ù^*!!

Je ne te souhaite que de t'en sortir; si seulement je pouvais avoir une recette miracle à te donner!!

Parler fait du bien surtout à des gens "exterieurs" car c'est pas toujours facile à comprendre pour notre entourage notre situation; moi je crois qu'il ne se rendent même pas compte que j'ai un souci avec la nourriture; pensent juste que j'ai un sacré coup de fourchette et que je n'ai qu'à le diminuer pour retrouver mon poids de forme...Si seulement ça pouvait être aussi simple...
29 ans 759
Bienvenue sur le forum Sitael :)

Je trouve que Poupoule et Papille t'ont donné de bonnes pistes de réflexions sur tes TCA.
Ton message est loin d'être inutile, ça fait toujours du bien de vider son sac sur cette maladie.

Notre parcours est similaire, je n'ai connu que la boulimie. A 14 ans, n'en pouvant plus de mon poids et des remarques que je me prenais au collège, j'ai décidé de vomir pour avoir un moyen radicale de perdre du poids définitivement (les régimes ne menant à rien). Je faisais 62/64 kilos pour 1m60. Au bout de 2 mois, j'étais à 47 kilos. Pour faire court, pendant 6 ans je faisais +/- 50 kilos, dès que j'ai emménagé avec mon mari en 2011, mes crises de boulimie se sont calmées, j'ai commencé la pilule et pris une taille de vêtement. Depuis qu'on vit ensemble, je n'ai plus de balance. Une très bonne chose car je ne vis plus dans l'obsession du poids que je fais, je ne me pèse plus plusieurs fois par jour, à pleurer mon 200g pris dans la journée...
On a déménagé en novembre dernier, depuis, je revis. J'ai totalement arrêté les crises de boulimie, je ne vomis presque plus, mais problèmes de digestion sont partiellement guéris, j'ai pris une autre taille de vêtement, et je le vis assez bien. Je n'ai aucune idée de mon poids, mais je pense être autour de 60 kilos.
Mon mari m'aide beaucoup dans la guérison de la boulimie, et dans l'acceptation de mon corps. Il m'aide à avoir un regard objectif sur ce qu'est réellement mon apparence. Bizarrement, je m'accepte plus maintenant que je fais un 40 (je sais, ce n'est pas gros) que quand je faisais un 36.
Depuis avril/mai, j'ai même trouvé la force de me mettre au sport et d'y prendre goût.
Après 8 ans de boulimie, pour la première fois de ma vie, j'ai la réelle impression de m'en sortir.

Ta famille sait-elle ce que tu vis ? Tu penses qu'elle comprendrait si tu lui racontait ?
Essaye de voir si dans ta nouvelle ville il y aurait un psy spécialisé dans les TCA.

Bon courage en tout cas :)
33 ans 1547
Sitael a écrit:

Quand à la thérapie, j'y ai songé maintes fois, dans les moments de grand désespoir. Jamais senti la force, j'avais trop honte. Et la seule fois où j'en ai parlé à mon médecin, la fois d'après elle avait oublié et m'a filé des recommandations diététiques pour le cholestérol (super souvenir....). Comme ça avait été difficile j'ai renoncé. En revanche, ce déménagement représente trop d'enjeux pour moi et aujourd'hui l'état d'esprit est différent. Je n'ai plus honte d'en parler.. donc s'il le fallait à l'avenir et que j'ai les moyens et l'envie, oui, je le ferai. Une grande peur en revanche (non assumée, à coups de "la psycho. c'est nul et pas crédible"). Si ce n 'est pas trop indiscret, qu'est-ce qui t'a fait prendre la décision de faire le pas? Et comment tu l'as vécu dans l'ensemble?


Difficile à dire pour la "décision"... je suis tombée dedans quand j'étais petite ;)
J'ai rencontré différents professionnels, de différents courants. Pour moi, le fait de se pencher sur les émotions, les pensées, le vécu, c'était crédible, puisque c'était précisément ce qui faisait une tempête en moi. Ce que je craignais en revanche, c'était de savoir si celui qui faisait psy était vraiment un "bon psy" ou pas. Et la peur de ne pas arriver à parler.

Pour te répondre sans tout dérouler de mon histoire, ce qui m'a fait prendre la décision de la démarche dans laquelle je suis aujourd'hui, c'était quelque chose d'autre qu'intellectuel. C'était une grande détresse, intolérable en l'état. Je savais, pour l'avoir déjà expérimenté, que je ne pourrais pas résoudre cette souffrance, l'évacuer comme ça, ni la contrôler. Mais pour la tolérer j'avais besoin qu'elle ait du sens. Je ressentais un tel désespoir que je peinais même à entrevoir de vivre autre chose, je me disais: quitte à vivre ça, j'ai besoin de comprendre pourquoi, sinon, autant mourir. Je n'étais pas prête à cela.

J'avais déjà consulté, je connaissais déjà ce travail là, j'étais suivie, mais je touchais aux limites du travail engagé. Je savais plus ce dont j'avais besoin et les limites des approches que j'avais connu, mais ça ne m'empêchait pas d'avoir très peur. Peur de tomber sur un couillon, peur d'être pillée de mon argent pour rien, peur de ce que j'allais trouver en moi, peur de rester coincée dans tout ça, peur que ça fasse quelque chose comme peur que ça n'aboutisse à rien. Bref, un vrai méli-mélo.
On m'a aussi invité à me faire confiance avec beaucoup de bienveillance. Ça m'a aidé.

Je pense que toutes mes peurs concernant l'éventuel psy en question étaient surtout l'expression de mes peurs me concernant moi, mais remises sur le dos de l'éventuel psy. Vaut mieux le penser incompétent parfois ;)

Quand tu écris avoir cette peur "non assumée" de "la psycho, c'est nul et pas crédible", je pense que tu dis peut-être que ce que tu évoques sur cette discipline ne la concerne pas tant que ça, peut-être que c'est juste la part de toi qui se sent fragilisée à l'idée de découvrir ce qui t'anime et de le laisser exister en toi qui s'exprime.
C'est dur de lâcher le contrôle sans avoir la trouille, mais quand quelqu'un est là pour nous accompagner, ça aide. On est pas seul face à tout ça.

En te lisant, je me disais que si une part de soi dénigre la discipline qui représente un peu tout le champ des émotions, des pensées inconscientes, de la relation à soi, c'est qu'on a peut-être nous-même besoin de mettre à distance ces choses là.
C'est normal d'avoir peur, je trouve ça flippant aussi. Le tout c'est de pouvoir la reconnaître comme opérante.

Cela dit, je pense important de s'assurer de l'éthique du professionnel et de sentir la rencontre. Confier son psychisme a quelqu'un, ce n'est pas anodin.

Comment je vis cela ? Comme une expérience intime, coûteuse, douloureuse, bénéfique, et vivante.
Rien de tout blanc ou tout noir.
C'est difficile et coûteux. Ça me demande du temps, de l'énergie, de l'argent, et surtout, ça suppose que je me mette au travail, ça ne se fait pas sans moi et des fois, j'aimerais bien. C'est dur d'avoir affaire à ce qu'il y a en moi, ce n'est pas très reluisant. Mais ça m'apporte d'autres choses, jusqu'ici suffisamment importantes et bénéfiques pour moi pour que je continue de m'engager dans cette démarche. Je perçois des changements, un apaisement, certaines choses prennent sens et je ressens aussi un espoir.

On est dans une expérience tellement intime qu'il est difficile d'en tirer des conclusions générales sur le travail avec un psy dans l'absolu.

Pour la honte, je comprends. Mais souffrir n'engage pas ta valeur personnelle. C'est la part de nous qui attendons de nous une certaine image, un certain idéal qui engage un refus à l'idée de le partager, de pouvoir dire à quelqu'un: voilà ce que je suis, voilà ce que je vis, j'ai besoin d'aide. Mais tu sembles avoir drôlement cheminé sur tout cela, et rien que tout ce que tu nous as partagé ici le montre.

Voilà, j'ai encore écrit un roman, mais je ne sais pas faire bref, les idées se déplient dans ma tête en écrivant. C'est comme ça :-)

N'hésite pas à nous donner de tes nouvelles quand tu seras dans ton nouveau logement. Je te souhaite que ça se passe au mieux.
B I U