Le 22.11.03 Par Anne Stolbowsky

Le monde s’inquiète de la dictature de la minceur

18 jours après des propos grossophobes dans son article sur le gêne de l’obésite-que votre magazine n’avait pas manqué de relever, sucitant des mails au courrier des lecteurs-, le journal « le monde » corrige le tir en s’attaquant au diktat de la minceur.

ARTICLE A LIRE ABSOLUMENT !

« Après les contraintes physiques imposées aux femmes pendant des siècles, la mode les enferme dans un carcan immatériel de plus en plus pesant. Les scientifiques se penchent sur les conséquences physiques et morales de l’esthétique de la maigreur.

Anthropologues de l’alimentation et nutritionnistes constatent de plus en plus les méfaits du modèle de minceur, voire de maigreur, prôné par les canons esthétiques de la mode actuelle sur une partie de la population féminine. »

Voici donc une paraphrase personnalisée de cet article :

Curieusement les lecteurs du monde y apprendrons que ces femmes qui se privent de nourriture pour ressembler à ce qu’on leur montrent risquent des problèmes de santé comme ostéoporoses précoces, problèmes de fécondité et de grossesse.

On y évoque les travaux de Annie Hubert, anthropologue de l’alimentation et directeur de recherches au CNRS (laboratoire adaptabilité biologique et culturelle à Bordeaux, Gironde), et l’Observatoire Cidil des habitudes alimentaires (OCHA) dans son colloque, le 4 novembre, au Palais de la découverte, sur le thème « « Corps de femmes sous influence – questionner les normes ».

Le rôle de L’OCHA, créé en 1992 par le Cidil (Centre d’information et de documentation de l’industrie laitière) est d’étudier la relation complexe qui s’établit vis-à-vis de l’alimentation.

Annie Hubert se demande ce qui a pu mettre en place cette idéalisation du « mince, du maigre, de la rognure du corps et son côté diaphane au milieu de la pléthore ? »,

Elle nous rappelle à l’occasion les multiples containtes externes qu’ont subi le corps de femmes-beaucoup moins ceux des hommes- dans l’histoire ;  » Les pieds bandés des Chinoises de la haute société – une coutume qui a duré cinq siècles -, les lèvres de femmes africaines déformées par des plateaux de bois, l’élongation du cou par des colliers chez les Karens d’Asie du Sud-Est, l’engraissement des jeunes femmes avant le mariage dans l’île de Djerba  » . ainsi qu’en Europe corsets, chaussures étroites, talons et taille de guêpe.

Tout cela s’est soldé en occident par le rejet du corset, véritable instrument de torture, via les féministes anglo-saxonnes dans les années 50. Un combat très similaire au notre

Malheureusent, cette contrainte mécanique, matérielle a vite été remplacée par une contrainte psychique, intérieure : à savoir l’idéal minceur.

S’en est suivie une transformation des représentations du corps féminin, allant vers l’idéal 3ème reich minceur que nous connaissons bien.

Jean-Pierre Corbeau, professeur de sociologie de l’alimentation à l’université de Tours, explique ce phénomène par les privations alimentaires que les français ont connus durant la seconde guerrre.

Après les privations, la fête mais aussi la crainte la tuberculose qui amaigrit les corps.

C’est l’époque où les actrices étaient plutôt pulpeuses.

Puis vient les années 1960-1970, ou tout cela laisse la place à la lutte contre les maladies cardio vasculaires. « du bifteck frites au steak haricots verts avec une orientation de plus en plus marquée vers les aliments végétaux ».

L’urbanisation, et la super activité aidera cette tendance à s’imposer, associant dans la tête des gens gras et inertie.

Ainsi minceur devient maigreur, « sans doute pour se « désexualiser », et pour renier la dimension animale dans une perspective de pureté. « 

Mr Corbeau ajoute « L’esthétique de la légèreté, de la minceur du corps féminin devient celle de l’effacement, de la non-visibilité d’un objet sexuel de plus en plus diaphane et transparent »,. Annie Hubert. A propos des défilés haute couture. « Ces défilés sont devenus un véritable cirque Les mannequins ne sont plus des personnes, mais des statues fabriquées. »

L’article du monde s’attaque également au discours moralisateur :

Tout cela est relayé par le shéma classique des médias ( tv, presse) qui se singent les uns les autres. Tristement les médecins ont tendance à suivre, à cause de l’augmentation de l’obésité

Désolé c’est une citation, mais comprenez le, elle est d’interêt publique.

« Mais, « entre la préoccupation préventive et les risques de la quête du poids idéal théorique, le discours médical est sur le fil du rasoir », explique pour sa part Arnaud Basdevant, responsable du service nutrition de l’Hôtel-Dieu à Paris, spécialisé dans le traitement de l’obésité. « Ce discours alimente la pression sociale autour de la minceur et s’en imprègne. D’où une projection accusatrice vis-à-vis du gros. C’est le retour d’un discours hygiéniste et moralisateur » qui n’est pas sans risques.

De plus en plus de voix s’élèvent pour critiquer le  » terrorisme de la minceur ». Certains magazines féminins eux-mêmes essaient de réagir. La « une » de l’hebdomadaire Elle montrant les formes d’Emmanuelle Béart a permis à la revue de réaliser l’une de ses meilleures ventes. Et le fait que le colloque « Corps de femmes sous influence » ait été organisé est, pour Annie Hubert, le signe que  » la banquise est en train de se fissurer » et que les choses sont peut-être en train de changer. « 

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La ligne vue à travers le look des mannequins

En un peu plus de vingt ans, le « look » des mannequins qui font les « unes » de L’Officiel, Marie Claire, Biba, 20 ans, Vital, Vogue et Elle a singulièrement changé. Désormais, il faut être plus mince, voire plus maigre, de plus en plus dénudée et habillée de façon moulante. Il n’est que de feuilleter ces revues pour s’en convaincre. C’est ce qu’a fait, entre 1980 et 2003, Annie Lacuisse-Chabot, endocrinologue, diabétologue et nutritionniste à la faculté de médecine Pitié-Salpêtrière (Paris). De son étude, il ressort que le modèle mince-maigre-dénudé est passé de 5,6 % à 25 % dans Marie Claire, de 15 % à 87,2 % dans 20 ans et de 26,8 à 86 % dans Vital. Ce constat s’accompagne d’un autre, souligne Annie Lacuisse-Chabot, relatif à l’augmentation croissante des incitations à faire des régimes dans nombre de magazines qui invitent ainsi les lectrices à suivre les canons d’une mode dictée par eux-mêmes. « 

Merci le monde et merci Christiane Galus, rédactrice de l’article, pour ce qui est à ma connaissance une grande première dans la presse française, et qui je l’espère va susciter des réflèxions et faire des émules côté médias. Espérons que la question sera approfondie, que l’on passe de l’historique d’un phénomène à celle d’un business.


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