Le 15.10.04 Par Dee

Les aventures de Maxime, une grosse venue du futur

Bonjour,

Nous sommes en 3094 et grâce à un procédé banal de nos jours, (mais considéré comme révolutionnaire pour vous qui vivez en 2004), moi Maxime, je viens partager avec vous l’expérience du futur.

Je vous propose de vous retrouver de temps en temps pour vous aider à comprendre ce qui vous attend.

Car, pour bien vivre son présent et préparer au mieux son avenir, il faut comprendre son passé.

Alors, si vous le voulez bien, je vais commencer par moi. Peut-être que certaines d’entre vous se reconnaîtront dans mon témoignage, et j’espère que celui ci pourra les aider.

Pourquoi ai-je dit « certaines » ? Oui, je sais… Il y a aussi des hommes qui sont concernés par l’obésité et le surpoids, mais bon… Il faut bien commencer quelque part non ?

Donc comme je l’ai déjà dit, je m’appelle Maxime. Cela se prononce Maxi-Mi. Mes parents ont choisi ce prénom car ils ont adoré tous les Austin Power (euh oui, je ne veux pas tuer le suspens, mais

sachez qu’il y a eu 38 suites).

Ils ont plus particulièrement apprécié le personnage de Mini Me. Bon, il faut aussi que vous sachiez qu’au départ, mon père voulait un garçon, mais ma mère a bloqué le processus au dernier moment et elle a choisi d’avoir une fille (oui, ça aussi c’est possible de nos jours, et le comité d’éthique international n’a jamais rien trouvé à y redire. Et puis, très franchement, de vous à moi, qui croyez-vous être pour nous traiter de barbares ? Vous croyez qu’on n’a aucune archive sur vos agissements ?

Enfin bref, là n’est pas la question.

Donc, pour que mon père aie quand même l’impression d’avoir son mot à dire, elle lui a laissé la possibilité de me donner un prénom de garçon.

C’est tout naturellement que Maxime (prononcé Maxi-Mi en hommage à qui vous savez) a été choisi.

Je passe rapidement sur les premiers instants de ma vie, ils n’ont pas grand intérêt. J’étais une enfant « normale », ni trop grosse, ni trop maigre.

Tout a basculé à la mort d’Abraham mon poisson rouge. Ayant reçu dès mon plus jeune âge des consignes très strictes en matière d’hygiène, je les ai automatiquement inculquées à mon animal de compagnie.

Je suis désolée de tuer les espoirs de celles et ceux qui liront ceci, mais les poissons rouges du futur sont aussi idiots que ceux de votre époque.

Ils sont incapables de changer eux même l’eau de leur bocal. Et contrairement à ce qu’on pense, quand ils collent leurs lèvres sur les parois, ce n’est ni pour vous envoyer des baisers, ni pour nettoyer le bocal comme le prétendent malhonnêtement les vendeurs d’animaux. Non, non, c’est juste parce qu’ils sont très, très cons, et qu’ils ont du mal à évaluer les distances.

Alors ils se cognent contre les parois avec une régularité consternante.

J’avais donc la lourde de charge de veiller sur ma propre hygiène mais également sur celle d’Abraham.

Ce poisson, non content d’être idiot, était aussi très joueur. Enfin… ça dépendait des moments. Il pouvait rester des heures entières, immobile à suçoter les parois de son bocal.

Mais comme par hasard, dès que je le transvasais de son bocal vers l’évier de la cuisine afin de le savonner comme il se doit, il se mettait à gigoter dans tous les sens et imitait à s’y méprendre les sauteurs en hauteur professionnels.

Je l’avais prévenu qu’il risquait de mal finir s’il s’entêtait ainsi, mais il n’écoutait rien.

Et un beau jour, ce qui devait arriva. Il fit le saut de trop et se retrouva dans le recycleur automatique.

Celui ci se déclencha automatiquement et fit ce pour quoi il avait été fabriqué.

En moins de 10 secondes, il me restitua sur un plateau, les arêtes de mon Abraham sous forme de fard à joue en poudre, sa chair sous forme de sushi prêts à déguster avec leur accompagnement de wazabi, et la peau il en avait fait un minuscule tapis de sol (oui il était programmé sur le mode aléatoire, il aurait pu faire plein d’autres choses, mais c’est le tapis qu’il a choisi).

Sous le choc, je poussai un hurlement et lâchai le bocal qui s’écrasa sur le carrelage de la cuisine.

Affolés, mes parents accoururent et constatèrent l’étendue des dégâts. Pour m’aider à sécher mes larmes, avant même que j’aie eu le temps de reprendre ma respiration, ma mère me confectionna une grande tartine de confiture.

Sur le moment je fus tout de même un peu surprise. Non mais c’est vrai quoi ? Après tout, je venais de faire une belle bêtise. Non contente d’avoir trucidé Abraham, j’avais mis un souk incroyable dans la cuisine.

Et je peux vous dire que ma mère était très pointilleuse sur les questions de rangement.

Trop contente de m’en tirer à si bon compte, j’aspirai consciencieusement ma tartine sans broncher.

C’est donc ainsi qu’à chaque chagrin, on me consolait avec des aliments divers et variés.

Et je dois dire que ce système me convenait plutôt bien.

Sauf que tout ça c’est bien joli, mais voilà, je sors de chez le médecin et ce sagouin vient de me faire subir trois quarts d’heure de leçon de morale.

Si j’ai bien compris, je suis en train de creuser ma tombe avec mes dents.

Je suis encore sous le choc alors forcément, je me réfugie chez la seule personne qui sait me consoler quand j’ai mal : Ma mère.

– Tu sais ma chérie, il n’a pas tort, si tu continues comme ça, aucun homme ne voudra jamais de toi.

Que dire devant autant de mauvaise foi ?

Elle m’a gavé comme une oie depuis ma plus tendre enfance, et maintenant ça serait de ma faute ?

Je suis tellement dégoûtée que je pars de chez elle sans goûter à son pot-au-feu.

C’est décidé, je vais me reprendre en main. Et radicalement encore.

Plus question que je me laisse pourrir plus longtemps la vie par ces kilos.

J’ai besoin d’aide. J’appelle ma copine Amélie, mais je tombe sur sa messagerie. Même chose pour Carole et Sandrine.

Je suis en train de composer le numéro de Pascale quand une idée de génie me vient à l’esprit.

Que mangent les filles minces ? Où vont-elles faire leurs courses ?

– Pardon Madame, est-ce qu’il y a un supermarché dans le coin ?

– Oui, vous continuez tout droit, au feu à gauche et après ce sera la troisième rue à droite.

Qui a dit que je n’ai aucun sens de l’orientation, je trouve le magasin sans aucune difficulté, et je fais le guet.

Pas question de prendre n’importe quelle fille. Je la veux belle, enfin….mince quoi !

Je patiente depuis presque une demi-heure quand ma proie pointe le bout de son nez.

Elle est superbe. Grande, les joues creuses, aussi plate devant que derrière, elle semble flotter dans un petit 36.

C’est elle, je le sais, c’est elle ! Grâce à elle, je vais être divine.

Je vais la suivre comme son ombre. Je prendrais les mêmes produits qu’elle.

Elle se déplace avec une grâce que je lui envie. Tous ses gestes sont lents, et mesurés, elle plisse les commissures de ses lèvres avec tellement de classe que j’ai déjà hâte d’être aussi belle qu’elle.

Erf, elle vient de me jeter un regard en biais, il faut que je sois plus discrète.

Je la surveille du coin de l’œil et je fais mine de me concentrer sur un truc jaune verdâtre avec des grandes feuilles vert foncé. Mon Dieu ! Faites qu’elle ne prenne pas ce machin ! On dirait un bouton gigantesque. Raté, elle en prend un énorme. Pas le choix, si je veux être belle, je dois faire pareil.

Je lève les yeux sur la pancarte, c’est écrit : « chou fleur ».

Ah ? C’est donc ça ? Et comment ça se cuisine ce truc ?

Bon pas le temps de me poser ce genre de questions métaphysiques, c’est quoi le truc dans sa main ? Hum céleri. Ah ça je connais. Enfin… je connais, je connais. C’est beaucoup dire. Moi, le céleri que je connais, il est en barquette avec un peu de sauce. Le terme exact c’est même, céleri rémoulade.

Mais là, elle vient de prendre un truc vert – décidément – et je me demande comment ça va pouvoir se transformer en rémoulade.

Je regarde autour de moi, et je repère les fameuses barquettes. J’en attrape une et je feins l’étonnement, suffisamment fort pour qu’elle lâche sa botte de machin truc et qu’elle choisisse ma barquette.

Elle me jette un œil torve et enchaîne sur une botte de radis. Carottes, épinards – même pas surgelés – brocolis, laitues, feuilles de chêne, endives – beurk – courgettes – rebeurk – aubergines – triple beurk.

Heps, pssst, Mademoiselle, tu manges jamais de pommes de terre ou quoi ? Non mais c’est vrai ça, elle évite soigneusement les pommes de terre !

Et des pâtes ? C’est bon les pâtes, il est où le rayon pâtes ? Des tomates ? Oui d’accord, les pâtes avec une sauce aux tomates fraîches c’est à tomber.

Ah enfin ! J’ai bien cru qu’elle ne décollerait jamais du rayon légumes. Nous avons des trucs dans nos caddies que je n’ai même pas réussi à identifier.

Bon, on va où maintenant ? Rayon frais. Si elle pouvait accélérer le mouvement ! Qu’est-ce que qu’elle est lente ! A ce rythme là, dans 3 heures, on y est encore.

J’me ferais bien une petite mousse au chocolat tiens…

Elle snobe les mousses au chocolat et fonce sur les yaourts. Bon OK si tu veux, mais alors à la vanille hein les yaourts ?

Yeark elle prend un truc nature et sans sucre, 0% de matière grasse et au bifidus actif. C’est quoi le bifidus actif ? Une sorte de moisissure invisible ?

Bah ne dit-on pas qu’il faut souffrir pour être belle ?

On continue nos emplettes et je désespère de plus en plus. Je regarde le pot de confiture sans sucre que je viens de mettre dans mon caddie et je me demande si je vais vraiment arriver à tenir en mangeant toutes ces cochonneries.

Pff on est au rayon biscuits… Ouais c’est bon je connais la chanson. Te fatigue pas poulette, je t’ai bien observée et je sais ce que nous allons prendre.

Alors, voyons voir, ah les voilà.

Galettes de riz soufflé ils appellent ça.

Moi j’aurai plutôt dit : Dessous de verres, mais bon…

Je jette un coup d’œil à ma copine et bingo, elle aussi choisi les dessous de verres que j’ai repérés.

Mais qu’est-ce qui lui prend ? Je la trouve moins aérienne, moins …….

Elle ne donne plus l’impression de flotter dans l’espace, elle a l’air nerveuse, fébrile.

Tiens ? Je n’avais pas remarqué qu’elle avait des tics nerveux.

Non mais je rêve ! C’est une plaquette de chocolat qu’elle vient de mettre dans son caddie là ?

Génial ! On peut faire régime et manger du chocolat ? Alléluia !

On a droit aux biscuits fourrés au chocolat aussi ? Ah et puis ça et puis ça et puis…

Hep là, une minute ! Pas ça quand même ?

Mais elle est folle ! Pourquoi elle trempe le quatre quart directement dans la boîte de crème caramel ? Euh je sais pas si tu es au courant, mais on n’a pas le droit de manger dans le magasin.

Yeark, elle n’a même pas enlevé le film plastique du gâteau.

Tout de même, manger du plastique, elle abuse !

Je sais qu’il faut que j’arrête de la fixer, mais je suis fascinée par le spectacle qui se déroule sous mes yeux.

Je n’ai jamais vu quelqu’un manger aussi vite.

C’est …. C’est …

– Je meurs de faim, vous devez comprendre ça vous.

Quoi ? C’est à moi qu’elle parle ?

Ah oui et comprendre quoi s’il vous plait ?

C’est bien ma chance, il a fallu que je tombe sur une ….

Erf, le mieux c’est encore que je parte d’ici sinon je vais l’insulter.

Je tourne les talons et je m’éloigne en poussant mon chariot qui s’entête à rouler de travers.

Saloperie de chariot. Faut toujours que je tombe sur celui qui a des roues abîmées.

Piou, il craint ce magasin, j’entends quelqu’un vomir derrière moi. Je ne me retourne pas. Et d’une parce que je ne suis pas médecin – au grand désespoir de ma mère – et de deux parce qu’après le spectacle de l’autre tarée se baffrant comme une truie j’ai l’estomac au bord des lèvres.

Du saucisson et de la crème montblanc, faut le faire quand même !

– Vous voulez qu’on appelle un médecin Mademoiselle ?

C’est le vigile du magasin, je reconnais sa voix, il m’a demandé de ne pas rester plantée devant l’entrée du magasin pendant que j’attendais ma proie – tu parles d’une proie – soit disant que je bloquais le passage.

La « mademoiselle » à qui il s’adresse doit être canon pour qu’il soit aussi mielleux.

– Non, non ça va mieux.

Cette voix ! Je ne rêve pas ! C’est bien mon modèle !

Je suis scotchée sur place. Elle vient d’engloutir une quantité astronomique de cochonneries et de régurgiter le tout aussi sec, et elle a le culot de se pavaner en poussant son caddie – aux roues impeccables lui – plein de produits frais et sains, jusqu’aux caisses.

Et merde tiens !

Découvrez le deuxième épisode des Aventures de Maxime.


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