Le 15.03.05 Par Dee

Les aventures de Maxime, une grosse venue du futur (épisode 4)

Véro est une hypocondriaque invétérée, Jean-Seb imitant à perfection un courant d’air, je me suis impliquée dans sa grossesse – plus que je ne l’aurai voulu – et elle m’a contaminé avec sa maladie. Je vis son état par procuration.

Selon son médecin, les nausées matinales disparaissent entre le deuxième et le troisième mois de grossesse. Enfin…cela dépend des femmes a t’il rajouté en voyant dans quel état lamentable nous nous traînons, elle et moi.

Je dis « nous », car

moi aussi je goûte avec délice aux joies des nausées. Tout cela a beau être psychosomatique, mes malaises sont bien réels.

Que signifie « matinales » exactement ? Non parce que moi, j’en suis comme ma copine au sixième mois de ma grossesse et nos nausées s’estompent à peine.

De plus, nos corps ne font pas bien la différence entre le matin, la journée et la nuit.

Donc, jusqu’ici, nous avons eu des nausées matinales survenant à n’importe quel moment de la journée.

Mais çà va mieux maintenant, plus que trois mois à tenir.

Le médecin nous a donné une date approximative pour notre accouchement. Comme nous avons du mal à garder les aliments solides ou liquides dans nos corps, le bébé dont nous n’avons pas voulu connaître le sexe, en bon parasite qui se respecte, prend sur nos réserves personnelles, surtout sur celles de Véro. Parce que, je ne sais pas si c’est l’anxiété ou le chagrin de ne plus avoir de nouvelles de Pierre ou quoi … mais je passe mon temps à m’empiffrer.

Le ventre de Véro s’arrondit, preuve qu’il s’agit de bien plus qu’une vulgaire intoxication alimentaire – version officielle donnée par la mère de Véro ne pouvant se résoudre à annoncer officiellement à son cercle d’amies cette grossesse honteuse – mais elle maigrit avec une régularité inquiétante.

Notre entourage se demande si nous allons pouvoir mener cette grossesse à terme.

Certains – surtout du côté de ce porc de Jean-Seb qui est toujours aux abonnés absents – s’inquiètent même pour la santé de l’enfant à naître.

En bons corbeaux, ils prédisent que l’enfant aura des séquelles physiques ou psychologiques, voire les deux.

Avec les débiles profonds qui peuplent le clan familial du père de l’enfant qui grandit en nous, je ne suis pas loin de penser pareil.

En attendant, nous nous accrochons. Nous suivons tant bien que mal les consignes du médecin. Nous nous reposons et nous essayons de réduire au maximum les sources de stress.

Je dois avouer que nous échouons lamentablement. C’est fou le nombre de livres traitant du sujet qui nous préoccupe qui existent sur le marché. Les libraires et les maisons d’éditions font leur beurre sur un phénomène vieux de plusieurs millions d’années…

J’en fais des cauchemars ! On se les échange avec Véro, et elle est aussi terrorisée que moi.

Notre médecin doit en avoir marre de nous avoir régulièrement au téléphone – quand nous ne débarquons pas inopinément dans son cabinet – mais il n’en montre rien.

Je ne sais pas comment cela se passe pour les autres futurs parents, mais notre médecin doit être un saint.

Jamais un mot plus haut que l’autre, et il répond toujours aimablement à toutes nos questions, dont certaines battent tous les records de débilité.

C’est simple, nous lisons un truc sur une maladie quelconque, nous avons à peine le temps de refermer le livre ou la revue scientifique, le fœtus que nous portons a déjà contracté la forme incurable de cette maladie.

Notre devoir est donc d’en informer notre médecin traitant sur-le-champ. Et comme ce dernier n’accorde pas foi à nos élucubrations, je bassine mon propre gynécologue avec le même insuccès.

Comme leurs deux avis concordent, nous sortons de là rassurées et nous sommes prêtes à contracter un autre microbe.

Nous sommes capables de scruter pendant des heures les mouvements du bébé.

Nous avons lu quelque part la chose suivante : « Votre bébé doit bouger tous les jours, matin et soir au maximum. En cas de doute, n’hésitez pas à le stimuler pour le réveiller. Pour cela, faîtes bouger votre ventre avec vos mains de gauche à droite. Recommencez une demi-heure plus tard si vous n’avez pas de réponse.

Votre bébé dort peut-être profondément. S’il n’y a toujours pas de mouvement, consultez la maternité où un monitoring sera fait pour s’assurer que tout va bien. »

C’est bien joli tout çà, mais ils n’ont pas expliqué à quelle heure du matin ou du soir il fallait procéder à ce genre d’observations.

Entre temps, Véronique a lu dans un magasine féminin que chez les femmes stressées le risque de grossesse d’un mort-né est accru.

Je vous laisse deviner combien de fois nous sommes allées nous assurer chez le médecin que tout allait bien.

Le magazine parlait aussi des hoquets que peuvent avoir bébé plusieurs fois par jour.

Mais qui nous garantissait que ce pauvre chéri n’était pas en train de s’étrangler avec son cordon ombilical ?

Et hop ! Nouvelle visite de contrôle.

Un bon médecin est celui qui parvient à rassurer sa patiente, même si elle se révèle être une hypocondriaque notoire.

Nos médecins sont bons, ce sont même les meilleurs. Le problème, c’est que nous sommes complètement atteintes.

Nous n’avons toujours aucune nouvelle de Jean-Seb. Tom a bien essayé de nous en donner – du moins… après qu’il ait recommencé à consommer son mariage afin de ne pas éveiller de soupçons chez ses enfants – mais comme la simple évocation de son nom contribuait à faire rentrer Véro dans des colères phénoménales, il a cessé de nous importuner, arguant que ce n’était pas bon pour le bébé.

J’ai rencontré Tom il y a quelques années. Sous ses airs rosses et ses crises conjugales à répétition, je sais que je peux compter sur lui. C’est mon meilleur ami.

Il y a quelques années, il a remporté la super cagnotte du super loto interstellaire. Il a donc quitté son ancienne vie de mécanicien auto/moto pour s’acheter un garage. Il y a placé une partie de ses gains et vit de sa passion et de ses royalties.

Avant d’être multimilliardaire, sa vie sentimentale ressemblait à s’y méprendre à un désert fait de misère sexuelle. Il vivait chez ses parents, tirait un coup de temps en temps, en fait je devrai dire parfois – plus souvent en solo qu’accompagné – mais force est de reconnaître que depuis son « changement » de train de vie, des filles de plus en plus belles se sont intéressées de très près à lui. Elle se sont d’ailleurs toutes fixées comme mission divine de satisfaire ses moindres désirs.

Nous nous sommes rencontrés dans les couloirs de l’Hôtel Dieu. Sa dernière conquête – qui se trouvait aussi être de mes lointaines amies – vivait très mal leur récente rupture.

Elle avait donc tout naturellement tenté de mettre fin à ses jours en entamant une grève de la faim. Elle prétendait aussi avoir pris des barbituriques.

Tom était venu à l’hôpital plus par politesse que par réelle compassion. En arrivant aux urgences, il pressentit que la fin de sa belle risquait d’être plus longue que prévue. N’ayant nullement envie de s’éterniser dans les couloirs de l’hôpital, il tenta tant bien que mal de soudoyer un membre du corps médical susceptible de hâter les choses. Une sorte d’euthanasie pour bimbo chiante.

Les médecins ont déculpabilisé le néo-bourreau des cœurs en lui certifiant que la donzelle était bien connue de leurs services. Elle souffrait d’anorexie chronique.

Maintenant que j’y pense, je ne l’ai jamais vue manger autre chose que des Tic-Tac.

Tom et moi avons tout de suite sympathisé. Depuis, je peux dire selon la formule consacrée que nous sommes restés en contact.

Tous nos amis l’appellent Bouboule, je sais qu’il en souffre, aussi, je me suis toujours interdit d’utiliser ce surnom ridicule. Je crois qu’il m’en sait gré.

Mais je dois reconnaître qu’en plus d’être gros il est particulièrement laid. Mais il est la preuve vivante que l’argent provoque une attirance certaine vers vous, et ce même si vous avez le corps couvert de verrues. Ne nous voilons pas la face, personne n’aime être pauvre.

Enfin bref, Tom n’est pas mon ami pour ça. C’est le garçon le plus drôle, le plus attentionné et le plus gentil que je connaisse.

C’est donc tout naturellement que Véro et moi lui avons donné le titre de père de substitution. Il est chargé de veiller sur nous et sur le bébé à venir. Il prend son rôle très à cœur alors s’il dit qu’évoquer le nom de Jean-Seb n’est pas bon pour le bébé, il a sans doute raison.

Une chose est sûre, ce n’est pas bon pour moi.

Pour les cours d’accouchement sans douleur, il s’est proposé spontanément.

Sa mère est contre ces cours !

Oui, vous savez bien ? Quand une femme est enceinte, de parfaits inconnus s’arrogent le droit de lui donner des conseils sur sa vie.

La mère de Tom affirme que quand les douleurs de l’accouchement commenceront à devenir intenses, une bonne tisane à la camomille devrait aider Véro à passer ce cap.

Il faudrait que je demande à Tom si elle a été para dans sa jeunesse.

Au début, je ne voulais pas y aller moi à leurs cours. Après tout, cela ne doit pas être si terrible que çà cet accouchement, surtout si on considère que techniquement, je ne suis pas « réellement » enceinte.

Mais même pour Véro, je n’en voyais pas très bien l’intérêt…

Non mais c’est vrai, sinon, les femmes auraient d’ores et déjà cessé de procréer de la sorte depuis le temps.

Dans la bible, il me semble me souvenir d’un passage qui parle d’enfantement dans la douleur, lié à l’expiation de toutes les femmes du péché originel commis par Eve. On est tout de même au trente deuxième siècle. Combien de temps la rancœur de Dieu va t’elle durer ? Et le pardon bordel !!!

Maintenant que j’y pense, chaque fois que j’ai posé la question à ma mère concernant son – ou plutôt mon – accouchement, elle est toujours restée très vague en marmonnant qu’elle espérait qu’Eve avait bien pris son pied. J’ai jamais bien compris pourquoi elle disait ça.

La camomille me semblant très peu sûre, me voilà donc, suivant mes camarades de jeu dans ce temple où l’on est censé apprendre comment transcender la souffrance. Tom nous sert de mari de remplacement.

Au début de nos séances, les rumeurs les plus folles ont accompagné nos visites.

Véronique et moi n’étant pas du genre à étaler le désastre de nos vies privées sur la place publique – nous avons notre fierté – nous avons laissé faire et n’avons apporté aucun démenti. Parfois, par pur esprit de provocation, on en a même rajouté.

La dernière rumeur en date prétend que Tom est mormon – nous aussi par la même occasion en plus d’être lesbiennes – et que de ce fait, il est polygame. Nous serions donc ses deux premières femmes. Mon ventre est encore plat, mais je viens assister aux cours en prévision de…

Le total du cheptel de Tom se monte à sept têtes. Une pour chaque jour. C’est Tom lui-même qui a fourni le chiffre aux commères locales. Je leur souhaite d’avoir un accouchement des familles bien douloureux !

En mormon autoritaire et égocentrique qu’il est, il nous interdit de fraterniser avec les autres femmes du groupe de lutte contre la douleur natale – c’est Véro qui a rebaptisé le tout – et nous, en femmes obéissantes et soumises, nous vénérons le sol sur lequel il marche. Contribuant ainsi à nous attirer une pléiade de sentiments divers et variés allant de la compassion à l’exaspération en passant par – j’en suis la première surprise – l’envie.

Nous sommes au trente deuxième siècle, et certaines femmes voudraient encore – et de leur plein gré ! – appartenir à un harem ?

En attendant, les fameux cours de préparation à l’accouchement sans douleur ne me semblent pas très efficaces.

Ils nous sont généreusement dispensés par une génisse – homophobe – que je qualifierai d’entre deux âges et qui affiche orgueilleusement huit mises à bas personnelles. Loué soit le Seigneur !

Elle a largement de quoi monter sa propre équipe de basket, remplaçants compris.

Il nous a été donné d’apercevoir le géniteur, aussi appelé dans le jargon des parents « heureux papa ». Je ne sais pas si l’homme chétif et malingre qui vient la chercher à la sortie des cours est heureux, mais une chose est sûre, il est papa. Et cela semble le fatiguer car sa progéniture est aussi abondante que débordante d’énergie. Un peu comme la maternelle génitrice.

Elle n’a même pas dû laisser passer un an entre chaque grossesse, et ses enfants se déplacent comme une expérience sur les Dalton qui aurait été multipliée par deux.

Je dois reconnaître que sous ses airs de génisse, elle force le respect. Franchement, avoir huit rejetons coup sur coup, c’est sûr, la douleur n’est pas passée par son utérus.

Je tente donc tant bien que mal de faire le petit chien afin d’être un soutien efficace le jour J.

Encore que je ne sois pas tellement convaincue par l’efficacité de cette méthode. En effet, elle aurait plutôt tendance à me donner des gaz et des vertiges. Mais c’est une observation toute personnelle – peut-être parce que je ne suis pas enceinte – et je compte bien m’en servir au moment M.

Nous passons notre tour pour l’accouchement dans l’eau. De toutes les façons, notre médecin n’est pas tellement pour non plus. On le comprend. Qui aurait envie de retourner se baigner après une telle expérience ? Or, il se trouve que moi, la piscine j’aime bien. Tant qu’à faire je vais éviter de me dégoûter à vie. C’est très bon pour le dos des femmes enceintes. Depuis quelques temps, celui de Véro la fait horriblement souffrir.

Honnêtement, il n’y a pas une partie de son corps qui ne la fasse pas souffrir. D’une femme à l’autre grossesse varie ? C’est tellement vrai ! Nous détestons certaines de nos compagnes de cours.

Plus les jours passent, plus elles embellissent. Elles ne marchent même pas comme des canards. Nous nous demandons comment elles font. Véro essaie de les imiter et de garder les jambes bien serrées sans claudiquer, mais c’est tout bonnement IMPOSSIBLE !

Elle ressent des élancements de plus en plus violents dans le bas-ventre. D’ici à ce que la peau de son ventre lâche, il n’y a qu’un pas.

Courage, plus que trois mois à tenir ! C’est le médecin qui l’a dit.

Ce médecin est un abruti ! J’aurai dû vérifier un peu plus ses références.

Ce matin, j’ai été réveillée par le bruit de l’aspirateur. Véro a quitté le lit sans que je ne l’entende se lever. Après être venue s’installer chez moi, elle a insisté pour que nous dormions dans le même lit, au cas où elle perdrait les eaux en pleine nuit et que je ne l’entende pas m’appeler.

Je ne suis pas particulièrement pressée de baigner dans son liquide amniotique, mais c’est ma copine, alors j’ai accepté.

De toutes les façons, je n’aime pas dormir seule. Tom dort dans la chambre d’à côté. Lui aussi est venu s’installer à la maison. Heureusement que l’appartement dans le quel je viens d’emménager est plus grand que l’ancien.

J’ai fait faire des travaux et nos deux chambres sont reliées par une porte de communication.

Des interphones avec interrupteurs de chaque côté du lit nous permettent de l’appeler si besoin.

Il s’est entraîné et est prêt à emmener Véronique à la clinique en moins de dix minutes, feux compris.

Depuis deux semaines, il dort habillé, afin de ne pas être pris au dépourvu quand elle perdra les eaux en pleine nuit.

Le plan est parfaitement mis au point. Tous les facteurs imprévus ont été listés et prévus.

Le plan :

a)Véronique perd les eaux en pleine nuit – oui, nous avons déjà décidé qu’elle perdrait les eaux en pleine nuit – elle se lève, va prendre une douche, les contractions le lui permettent largement.

b)Je préviens Tom qui vient m’aider à me préparer – oui j’éprouve quelques difficultés à me déplacer ces derniers temps, mon ventre mis à part, je suis gonflée de partout tellement je bouffe comme une truie – et il m’emmène dans l’aéroglisseur, je m’installe à l’avant.

c)Tom repart à l’appartement, il empoigne la valise de Véro et la fourre dans le coffre.

d)Il installe précautionneusement la future mère à l’arrière de l’aéroglisseur, et part en trombe à l’hôpital après que le service de régulation lui aie donné l’autorisation de décoller et indiqué son itinéraire.

e)Il vole tellement vite que la police nationale tente de l’intercepter, mais en voyant qu’il transporte une femme sur le point d’accoucher, les policiers se transforment en escorte, et nous arrivons à l’hôpital avec quatre aéroglisseurs de la police nationale qui nous ouvrent le chemin, et quatre autres qui ferment la marche.

f)Nous arrivons à la maternité et nous sommes immédiatement pris en charge par le personnel hospitalier. Les policiers nous souhaitent bonne chance et repartent en faisant vrombir le moteur de leurs engins, sans tenir compte du panneau « silence ».

La réalité :

a)Véronique est levée et est en train de passer l’aspirateur dans le salon alors que la femme de ménage et les droïdes l’ont fait hier.

b)Je me lève, et la rejoint dans la cuisine. Je passe le balai et la serpillière – moi qui ai horreur du ménage – et elle, entreprend de réorganiser tous les placards de la cuisine.

c)Nous décidons d’un commun et tacite accord que les meubles du salon sont très mal agencés, et entreprenons de déplacer les canapés. Tom arrive juste à temps pour nous empêcher de soulever ma télé grand écran qui doit peser soixante dix kilos. Il place tout de même la télé à l’endroit que nous pointons du doigt. Nous n’avons toujours pas prononcé un mot.

d)Ensuite, nous allons dans la cuisine, avec un Tom inquiet sur nos talons, qui essaie de nous expliquer que toutes enceintes que nous sommes, faire le ménage à six heures du matin c’est pas bon pour notre Karma. Nous lui jetons un regard dédaigneux et commençons à faire un gâteau au chocolat. Une flaque d’eau souille le sol que je viens pourtant de nettoyer. Soit, je me suis fait pipi dessus, soit, nous venons de perdre les eaux. Les eaux ? Mais ce n’est pas possible, nous ne sommes censées accoucher que dans un peu plus de deux mois ! Véro regarde entre ses jambes, la flaque lui appartient. Il semblerait qu’elle aie perdu les eaux. Le problème c’est qu’elle est bien trop en avance sur notre planning.

e)Tom vient de voir la flaque. Il nous regarde tour à tour et il panique en disant que çà ne faisait pas partie du plan. Va dire çà au bébé, lui jetons-nous en cœur. Je sais pas pour Véronique, mais quelque chose de bizarre est en train de se passer dans mon corps. J’ai envie d’aller aux toilettes, j’ai mal aux jambes, plus précisément derrière les cuisses, j’ai envie de m’asseoir, de m’allonger et de rester debout, tout çà en même temps. Je regarde ma copine, elle a peur et elle pleure. Tom dit qu’il va appeler son homme, mais nous le supplions de ne pas nous laisser toutes seules. Il nous emmène donc à la salle de bain, nous aide à monter dans la baignoire, nous déshabille et nous douche comme si nous étions des petites filles. Nous pleurons de plus belle.

f)Nous sommes séchées et habillées, et Tom est en train de chercher ses clefs de contact.

g)Il les trouve, fonce dans l’aéroglisseur et démarre en trombe. Il nous parle pendant tout le trajet en nous assurant que tout va se passer pour le mieux et que nous ne devons pas nous inquiéter.

h)Tom arrive à l’hôpital, descend en catastrophe de l’aéroglisseur et va chercher de l’aide. Le personnel hospitalier refuse de l’aider prétendant qu’il n’y a personne dans l’aéroglisseur ! Normal, il nous a oubliées !

i)Il repart sur illico en direction de l’appartement. Une infirmière appelle les pompiers au cas ou… Devant l’urgence de la situation, je reprends le contrôle de mon corps et laisse les symptômes pré-accouchement à Véro. Tom arrive à la maison en même temps que le taxi que j’ai appelé.

j)Tom nous fait monter dans l’appareil – il a oublié les valises de Véro – et repart à tombeau ouvert en direction de la maternité. La police, vivement intéressée par sa tentative de record du monde de vitesse hors circuit, tente de le rattraper, mais il réussit à la semer. Elle nous rejoint dans la cour de la maternité, et Tom est quitte pour une belle amende sans circonstances atténuantes, mais avec plusieurs points en moins sur son permis.

Entre la réalité et la fiction il y a vraiment un grand fossé.

Je suis terrorisée. Ma copine va avoir un prématuré. Je ne veux pas qu’il meure, je ne veux pas que ma Véro meure.

Ils nous ont installées ma copine et moi côte à côte dans la salle de travail. De toutes les façons, ils n’ont pas eu le choix. Véronique a sorti une paire de menottes de son sac pendant que nous étions toutes les deux assises à l’arrière de l’aéroglisseur. Elle a enchaîné son poignet droit à mon poignet gauche et a jeté la clef par la fenêtre. Elle dit que cela me permettra de continuer à me sentir concernée par ce qui lui arrive.

Elle a de ces idées parfois ! Mais je ne peux la blâmer, moi non plus je ne pourrais pas me résoudre à me retrouver seule dans un moment pareil.

Les médecins, eux, ne goûtent pas du tout la plaisanterie et comme par hasard, personne n’a été en mesure de trouver un serrurier. Il faut dire que ce n’est pas ce que l’on trouve spontanément dans les hôpitaux.

Il faudra qu’elle m’explique où elle a déniché ces menottes.

Un homme a bien essayé de nous délivrer avec une scie à métaux, mais il a battu en retraite devant nos hurlements de douleur et de terreur.

Voilà, nous y sommes. Véro est sur le point d’accoucher.

Cette salle est un véritable hall de gare, les gens passent leur temps à entrer et à sortir.

Plus çà va, moins Tom est calme.

Il commence à agresser le personnel hospitalier. Il faut dire qu’ils sont énervants eux aussi, à parler de Véronique et de moi comme si nous n’étions pas dans la pièce.

Et la parturiente par-ci, et la parturiente par-là. La compagne de la parturiente par-ci, la compagne de la parturiente par-là… J’ai un nom, et j’aimerai autant qu’on l’utilise !

En plus, la sage femme nous brise les tympans les quelques rares fois où elle nous adresse la parole.

Je ne comprends rien à ce qu’elle raconte. Elle s’y connaît peut-être en matière de mise au monde de bébés, mais en terme de communication, elle est encore pire que moi.

« Tu devrais lui donner des cours. Véro tu m’entends ? Aïe ! Tu me fais mal, ne tire pas comme çà, les menottes vont me scier le poignet. »

Je me tords de douleur et me couche sur le côté.

-Tom, ta main ! Hurle Véro.

Tom nous regarde hébété.

-Tom ! Ta main, lui dis-je entre deux contractions de Véro.

-Donnez-leur votre main, çà va les aider.

Erreur madame la sage femme. Moi, je n’ai pas besoin de la main de Tom. La mienne me suffirait amplement si on pouvait m’enlever ces menottes. La main du monsieur, c’est pour la parturiente.

Le malheureux Tom s’exécute sans réfléchir. Il confie innocemment sa main à Véro et se met à hurler à son tour. Véro n’a toujours pas lâché ma main. Je suis trop jeune pour avoir déjà expérimenté les crises d’arthrite aiguës, mais j’ai une petite idée de ce que les vieux peuvent ressentir.

Les heures passées dans la salle de gym à entretenir le corps superbe que la nature lui a donné semblent avoir porté leurs fruits.

Véro a une poigne de fer qui lui ferait gagner sans contestation possible le concours de miss bras de fer.

Elle lui a certainement broyé une phalange ou deux.

-Je ne vois pas en quoi le fait de me retrouver avec les mains brisées va la soulager, dit-il en retirant ses mains. De toutes les façons, il faut que je téléphone.

-Il est interdit d’utiliser un téléphone portable dans cette clinique et encore plus dans cette salle Monsieur, fait l’infirmière en pinçant les lèvres, l’œil torve.

-Peut-être, mais il faut que je prévienne le père, lui rétorque t’il d’un ton sans appel.

-Ah ! Parce que ce n’est pas vous ?

Les nouvelles vont vite ! Cette mégère doit être au courant pour les cours d’accouchement sans douleur.

Elle continue.

-Si vous n’êtes pas le père, je vais vous demander de quitter cette pièce Monsieur, seule la famille est autorisée à…

-Je suis de la famille, objecte t-il d’une voix trop calme.

Elle devrait se méfier, je crois bien qu’il va l’étrangler.

-Il est de la famille, chantons-nous en cœur entre deux contractions.

C’est moi ou elles sont de plus en plus rapprochées ? Les jointures de mes doigts sont de la même couleur que la blouse de la sage femme.

Elle semble de nouveau s’intéresser à la raison profonde de notre présence ici, et lance.

-Combien de temps entre les contractions Madame ?

A qui parle t’elle ? Pourquoi me regarde t’elle en disant cela ? Ce n’est pas moi la femme enceinte.

Comme ni Véro ni moi ne nous sentons concernées – trop occupées que nous sommes à souffrir le martyr – personne ne lui répond.

Entre les bips du monitoring, mes gémissements, les hurlements de Véro, on ne s’entend même plus penser.

Le gynéco de Véro vient de se frayer un chemin dans la salle. Il s’assied à côté de sa patiente et lui parle comme s’il était complètement normal qu’elle soit entravée par des menottes.

Il lui explique que sa tension de ces derniers temps l’inquiétait – c’est maintenant qu’il nous dit çà – et que du fait du flux trop important de sang, les bébés ne sont plus à l’aise dans son ventre et ils veulent sortir.

Une minute ! Il a bien dit LES bébés ?

Tom, Véro et moi tressaillons en même temps.

Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Il n’a jamais été question de…

Quoi ?! C’est çà qu’il appelait grossesse multiple ? Je croyais qu’il parlait de Véro ET moi.

Véro demande combien ils sont dans son ventre. Elle parlerait de rats de laboratoires elle ne ferait pas une grimace différente.

Deux ? Elle dit qu’elle n’est pas d’accord. Elle n’en attend qu’un. Le médecin me regarde comme s’il s’attendait à ce que ce soit moi qui explique à ma copine que c’est trop tard…

Qu’il se démerde, moi je crois que je vais m’évanouir, il fait trop chaud dans cette salle.

Véronique ne dit plus rien.

-Docteur, nous la perdons !

-Véronique, restez avec nous, j’ai besoin de vous.

Oui c’est çà ma Véro reste avec le bon docteur, il a besoin de toi.

Elle ouvre les yeux, elle a de plus en plus mal à la tête. Sans qu’elle me le dise, je sais que son corps n’est plus qu’une boule de souffrance.

Ce qui lui fait prendre conscience de son mal de crâne, c’est que pour le moment, il est plus fort que les élancements qu’elle a dans le bas-ventre.

Quant à ses cuisses, elle gémit que çà ne s’est pas arrangé, elles tirent de plus en plus.

-Mourir si jeune, c’est trop bête…

Il n’est pas question que tu meures ma Véro. Reste avec nous.

Et tes deux enfants non plus n’ont pas le droit de mourir, il nous ont fait suffisamment souffrir comme cela depuis sept mois et demi, nous avons des choses à nous dire. En plus, tu te souviens ? Tu m’as promis que je serai la marraine.

Je me penche vers son ventre.

-Très bien les jeunes, la fête est finie. Puisque le football semble être votre sport préféré, sortez de là et montrez à marraine ce que vous savez faire !

-Allez ouste ! Dehors ! Surenchérit Véro qui a repris du poil de la bête.

-Non Véronique, ne poussez pas comme çà, vous allez vous déchirer.

-Allez vous faire foutre Docteur, je veux qu’ils sortent, et je le veux tout de suite !

-Véronique arrêtez !

Elle ne répond pas, mais au regard qu’elle me lance, j’ai très bien compris ce qu’elle a envie de lui dire.

C’est un truc du genre : « D’la merde, toute cette histoire a assez duré et j’ai trop mal pour arrêter maintenant. Si je pousse fort, ils ne pourront pas résister à l’attraction terrestre. Alors, tendez les mains Doc’. Non ! Aïe ! Attendez. »

-Tendez les mains Doc’, je crois qu’elle va les expulser tous les deux en même temps.

-Au secours Docteur, ils sont en train de sortir tous les deux en même temps.

-Non ma chère, çà c’est impossible.

Il se penche tout de même pour s’assurer que c’est réellement impossible, et le nez entre ses jambes, il lui explique que le premier se présente par le siège.

C’est trop tard pour qu’il lui fasse une péridurale. Elle va avoir un peu mal, mais il ne faut pas qu’elle oublie de respirer d’accord ? C’est là que Tom et moi devons intervenir.

Il en a de bonnes lui. Qu’est-ce qu’il entend par « un peu mal » ? Véro est déjà un puits de douleur, et je ne crois pas qu’elle puisse en supporter plus, même à petite dose.

Je jette un coup d’œil furtif à Tom, il est livide.

Si je sors d’ici vivante, je ne remettrai plus jamais les pieds dans un endroit tel que celui-ci. Je le jure !

Le cœur de Véro bat de plus en plus vite, je pensais que nous étions arrivées au comble de la terreur, je me trompais.

Le monitoring va me rendre folle. Je tends le bras gauche et je le débranche d’un coup sec.

Véro hurle que j’ai bien failli lui arracher le bras.

J’avais oublié quelques instants que nous étions toujours attachées l’une à l’autre. Je crois bien que je viens de lui démettre l’épaule. Quelle piètre amie je fais !

Il faut que je lui dise un truc gentil.

-T’inquiète pas ma belle, si tu as mal à l’épaule, çà te fera oublier que tu as mal ailleurs.

-Argh ! Ne me fais pas rire, j’ai mal !

Trop de choses sur lesquelles se concentrer en même temps, elle retombe dans les pommes une fois de plus.

En attendant qu’elle revienne à elle, je repense à cette femme qui nous expliquait qu’elle avait mis trente six heures pour accoucher de son premier enfant. Je me demande combien de fois Véro s’est évanouie depuis que nous sommes là.

Ces garces du cours d’accouchement sans douleur oublient de vous donner ce genre de détails quand elles vous parlent de leurs accouchements.

Toutes des salopes ! A quoi çà sert de nous abreuver de détails insignifiants ?

Elles devraient plutôt nous expliquer que le jour J, vous vous retrouverez à poil devant des tas d’inconnus, grosse comme une barrique de bière, et que vous vous tordrez de douleur dans un fauteuil lit tout ce qu’il y a de plus inconfortable, avec un homme muni d’une scie à métaux qui vous dévisagerait votre copine et vous, horrifié.

Elles auraient aussi pu me dire que j’assisterai aux premières loges à ce spectacle gore.

Doc’ a retiré ses bras des profondeurs du corps de Véro.

Ouf ! Je ne suis pas mécontente que cette intrusion ait prit fin. Toujours pas de bébés à l’horizon.

C’était bien la peine qu’il l’écartèle. Je n’ai même pas osé profité de son état de semi-conscience pour retirer ma main. Idem pour Tom. Je crois qu’il se passera beaucoup de temps avant qu’il ne rebroute une femme.

Véro revient à elle et aperçoit l’homme à la scie à métaux.

-Foutez-moi le camp d’ici, espèce de voyeur dégoûtant !

-Mais Madame, il faut bien que je vous libère !

-Vous êtes sage-femme ?

-Non, je viens pour les menottes.

-La seule libération dont j’ai besoin, c’est celle là, persifle t’elle en pointant indélicatement l’action de jeu qui se déroule entre ses jambes. Sortez !

En hurlant çà, je ne sais pas si elle s’adresse aux choses qui lui déchirent le ventre ou bien à l’intrus.

Ses enfants ne se sentent pas concernés, et elle retombe épuisée sur le dossier. Au moins a t’elle obtenu que la scie à métaux soit expulsée de la chambre.

« Chère Véro, tu as de ces idées des fois ! »

La sage-femme marmonne quelque chose entre ses dents. Je réussis à capter l’idée générale. Elle prétend qu’en vingt ans de carrière, elle n’a jamais vu çà.

Au début, elle nous prenait pour un policier et sa prisonnière. Maintenant elle nous prend pour ce que nous sommes, deux barges et elle affirme qu’elle ne peut garantir notre sécurité.

Véro lui demande d’interrompre son cours de morale et de faire naître ses bébés. C’est tout ce qu’on lui demande.

Toutefois, je suis d’accord avec la sage-femme sur un point. C’est un véritable bordel dans cette pièce. Ils semblent tous complètement débordés par les évènements.

Véro a froid. Elle le fait savoir bruyamment. On la couvre et elle retrouve un peu de dignité.

Elle dit que son ventre est de plus en plus dur et elle demande s’il ne risque pas d’exploser.

J’aimerai mieux pas…

Elle sent quelque chose. C’est pas vraiment une crampe, c’est un mouvement qu’elle ne parvient pas à définir.

Le médecin et la sage-femme lui disent de pousser, elle les entend vaguement, mais elle n’en a pas la force.

Et puis, de toutes les façons, elle a essayé tout à l’heure. Ils n’ont pas bougé d’un iota.

Elle n’a pas complètement tort. Ne pouvant plus supporter sa souffrance, je demande au personnel soignant si on ne peut vraiment rien faire pour la soulager.

Je sens vaguement une piqûre dans mon bras libre. Je perds pied, c’est comme si je flottais dans la pièce. Véro tire toujours sur mon bras, les menottes ont entaillé ma chair, mais je n’ai plus mal.

Ma copine pleure doucement en me suppliant de rester avec elle.

Puis, elle semble prise d’une crise d’hystérie.

Elle dit qu’elle veut dormir, qu’elle est fatiguée et que Jean-Seb lui manque. Elle supplie Tom d’aller chercher Jean-Seb, de lui dire qu’il lui manque, qu’elle l’aime, qu’elle est désolée, qu’elle lui demande pardon, qu’elle ne veut plus vivre sans lui, qu’elle est une imbécile et que c’est à cause de nous que…

Merci pour nous…

-Moi aussi je t’aime, lui répond une voix cotonneuse.

-Mais enfin Monsieur ! Qui êtes-vous et que faites-vous ici ? Cette salle de travail est un véritable hall de gare fait la voix de la sage-femme qui parvient de très, très loin à Véro.

Elle doit être aussi fatiguée qu’elle.

-Je suis le père, poursuit la première voix cotonneuse.

Véro se demande ce que son père fait ici. Sa mère n’a t’elle pas dit que plus personne de sa famille ne voulait entendre parler d’elle ?

C’est bizarre, elle n’a pas reconnu sa voix. Elle aurait juré que c’était Jean-Seb il y a deux secondes.

Elle n’a plus la force de parler alors elle hurle dans sa tête. Elle hurle à Jean-Seb de ne pas la quitter et de rester avec elle.

-Nous sommes là mon poussin, Tom nous a appelés.

-Je suis là mon cœur, je reste avec toi, reprend la voix cotonneuse.

-Ben voyons ! Ricane nerveusement la sage-femme. Surtout, ne me laissez pas faire mon travail.

-Pourquoi avez-vous mis des menottes à ma fille ?

Tiens ! Çà c’est la voix de la maman de Véro. Quand les mamans débarquent, tout s’arrange toujours.

J’entends Véro dire qu’elle a bobo. Pour les menottes elle dit qu’elle peut expliquer et que sa mère va rire…

Elle s’interrompt. Elle demande si c’est elle ou bien il fait chaud ici ? Je ne sais pas, je ne sens plus rien. Je plane de plus en plus.

Véro dit que son ventre a explosé et qu’il est tout mouillé.

Je le savais ! Cet imbécile de docteur nous avait dit que c’était impossible, mais…

C’est bien un sourire que vient de nous faire la sage-femme ? Elle est belle quand elle sourit.

Elle dit que le ventre de Véro n’a pas explosé, elle a juste posé quelque chose de mouillé dessus.

Mouillé ?

Le premier des bébés ! Comment une chose aussi petite a pu faire autant de mal à mon amie ?

Bon du calme, j’ai entendu dire que le premier réflexe des mères était de compter les doigts de leurs nouveau-nés, et de s’assurer rapidement que tout est en place. Véro et moi sommes d’accord, pas question pour elle – ni pour moi – de se livrer à ce genre de rite barbare et stupide.

Bon, un petit coup d’œil en vitesse, on ne sait jamais…

Un, deux, trois, quatre, cinq… C’est bon. Celui-ci est complet. Qu’attend le deuxième pour sortir ?

Doc’, c’est normal qu’il soit aussi petit ?

J’ai dû parler à voix haute car ils me disent quelque chose.

Véro s’agite.

-Comment çà vous devez me l’enlever ? Mais je viens à peine de l’avoir.

Je suis d’accord avec elle. Je suis sa marraine et je n’ai même pas pu le porter.

-Nous devons le mettre en couveuse.

-Pour quoi faire ?

Véro n’est plus rationnelle – encore que je ne sois pas sûre qu’elle l’aie jamais été depuis que nous sommes entrées dans cette maternité – elle éclate en sanglots.

Je me tourne vers son père pour qu’il arrange les choses et qu’il les empêche de prendre son bébé. Il nous caresse doucement les cheveux en nous demandant de nous calmer. C’est pour son bien car il est prématuré, nous n’avons pas oublié n’est-ce pas ?

-Tout le monde va bien ?

Je n’avais pas rêvé, ce connard de Jean-Seb était bien là. Véro lui tend les bras. Aïe ! Doucement ! Moi je n’ai pas envie de toucher ce porc !

Il vient vers nous et éclate en sanglots. Quelle chiffe molle ! Si çà continue, il va aller s’inscrire dans un séminaire destiné aux hommes qui veulent renouer avec leur moi intérieur en libérant leur côté féminin. Beurk !

Si personne ne me délivre sur-le-champ, mon poignet va être sectionné et le meilleur des chirurgiens ne pourra plus rien pour moi.

Je distingue tant bien que mal la silhouette de mon Tom qui tente de s’éclipser discrètement.

-Tom ! Tu vas où ?

Il s’arrête, la main sur la poignée de la porte et se retourne vers moi avec un pauvre sourire.

-Ne sois pas ridicule, tu es de la famille ! Viens ici. En plus tu ne peux pas me laisser comme çà, dis-je en lui montrant mon bras menotté, mettant ainsi brusquement fin à l’étreinte des deux amoureux.

Je ne le connaissais pas encore au moment où il a gagné au loto, mais il devait avoir à peu près la même tête que maintenant. Même Véro pousse son Jean-Seb sur le côté et tapote doucement le lit. Il s’installe au bord, entre nous deux et lui tient la main comme s’il s’agissait d’une relique sacrée du troisième siècle.

-Comment tu vas les appeler ?

-Pour le garçon, je sais, c’est pour la fille que j’ai un problème.

Elle se tourne vers moi et me fait signe d’approcher. Comme si j’avais la possibilité d’aller ailleurs…

Je me penche vers elle, et elle me murmure un prénom à l’oreille. Je la regarde en souriant. C’est vraiment une fille bien ma copine !

-Alors ? Demandent en cœur ses parents impatients.

-Thomas. Le garçon s’appellera Thomas.

Notre Tom pleure comme une madeleine. Décidément !

-Et la fille ?

-Pfff ! Fais ma copine peu inspirée.

Elle hausse les épaules en signe d’excuse, l’air de dire : « Désolée, je n’en attendais qu’un… »

-Pourquoi pas Samantha ? On avait pensé à Samuel comme deuxième prénom, comme çà on pourra l’appeler Sam.

-Ah ! Non, Sam c’est moche, beugle Jean-Seb.

-Ta gueule, lui faisons-nous tous les trois en cœur.

Il s’apprête à répliquer, mais il se retient. Véro fait une drôle de tête.

Elle me regarde et elle sourit bizarrement. Elle regarde son ventre comme s’il appartenait à quelqu’un d’autre. Elle a de nouveau l’air très fatigué tout d’un coup. Le temps que les informations visuelles parviennent à mon cerveau, je comprends le message.

Sa délivrance est proche. Les médecins se sont encore trompés en disant qu’on avait quelques heures devant nous.

-Tom ! Va chercher la sage-femme. Elle est en train d’accoucher.

Puis, je me tourne vers ma copine.

-Tiens bon ma Véro, çà va aller. Jean-Sébastien, donne-lui ta main.

Elle souffre peut-être le martyr, mais elle apprécie l’attention car elle me fait un clin d’œil juste avant de broyer généreusement les phalanges de Jean-Seb qui se vautre sur le sol en se tordant de douleur.

-Chérie, tu me fais mal ! Supplie t-il.

-Qu’est-ce que tu connais à la douleur ? Siffle t’elle entre ses dents. Tu veux prendre ma place ?

-Non, mais je…

-Ecoutez mon cher Jean-Sébastien, gronde la mère de Véro, vous n’avez rien d’autre à faire que d’embêter une femme sur le point d’accoucher de votre enfant illégitime ?

-C’est vrai çà, renchérit son père.

Qu’est-ce qui est vrai ? L’illégitimité, l’embêtement ou le fait qu’elle soit sur le point d’accoucher ?

Cette salle est vraiment bondée !

Voilà ce cher Jean-Seb obligé de souffrir en silence. Je le soupçonne de prier pour que l’accouchement se termine dans les plus brefs délais. Çà lui apprendra à nous avoir laissées nous débrouiller toutes seules pendant ces longs mois. Il n’a pas fini de payer.

Un, deux, trois, quatre, cinq… Celle là aussi est complète. Que disent les médecins ? Deux kilos cent et deux kilos trois.

Monsieur scie à métaux a encore refait son apparition. Décidément ! Il n’a pas de maison celui là ou quoi ?

Cette fois-ci, nous l’avons laissé faire son travail sereinement.

Bon, les « Je vous préviens je vous colle un procès au cul si vous faîtes du mal à ma fille », et les « Si vous la blessez, quand j’en aurai fini avec vous, vous ne saurez plus si vous pissez du sang ou du vinaigre », ainsi que les « faites attention à vos mains jeune homme, nous sommes bien plus nombreux que vous dans cette pièce, ne l’oubliez pas », ou encore les « notez-moi votre adresse sur cette feuille de papier avant de commencer à faire quoi que ce soit avec cette scie, je vous ai à l’œil », et enfin les « mais je ne veux pas vous mettre la pression » ont certainement dû le mettre un peu mal à l’aise, mais il s’en est plutôt bien tiré.

Nous avons enfin pu quitter cette pièce appelée « salle de travail », et j’espère bien ne plus avoir à y remettre les pieds.

La femme de ménage n’est pas venue. Elle a laissé un message pour dire que son enfant était malade. Elle ne pourra pas venir de la semaine. Son fils a les oreillons. Je ne vois pas pourquoi elle encombre mon répondeur avec ce genre de détails. Son fils peut bien avoir la peste cosmique, je m’en branle. Tout ce que je vois, c’est que c’est moi qui vais me taper le ménage en activant moi-même les droïdes.

J’ai enfin été libérée des menottes mais je n’ai qu’un seul bras valide.

C’est dingue les ordures qui peuvent s’entasser dans une maison…

Où se trouve le local à ordures dans ce putain d’immeuble ? Mais il y a combien de marches dans cet escalier, comment vais-je faire pour porter ce sac qui pèse une tonne jusqu’en bas ?

J’entends quelqu’un qui monte à ma rencontre. Je vais lui demander de me donner un coup de main.

-Maxime ! Enfin, je te retrouve ! C’est donc vrai que tu as déménagé ? Je t’ai envoyé un courrier quand ton gardien me l’a dit pour vérifier qu’il ne me racontait pas des craques, mais le courrier n’est pas revenu en NPAI alors j’ai pensé qu’il voulait juste se débarrasser de moi.

Encore un qui n’a jamais entendu parler du service « faites suivre votre courrier ! »

Mais que fait-il dans mon local poubelles ?

-Marc ? Qu’est-ce que tu fiches ici dans le noir ?

-Je voulais te voir bébé, çà fait plusieurs mois que tu ne donnes pas signe de vie, j’aimerai comprendre. Çà marchait bien entre nous. Pourquoi tu es partie comme çà ? On aurait pu en discuter non ? Tu n’étais pas obligée de déménager à cause de moi.

Ah, parce qu’en plus ce con croit que j’ai déménagé à cause de lui ? Pauvre connard, fais comme si tu ne savais pas que Terra 1 est une planète interdite aux gros !

-Dégage de mon chemin Marc, et puis d’abord, comment es-tu entré ici ?

-La porte était ouverte.

Il écarte les jambes et se carre en plein milieu de l’escalier, les mains sur les hanches. Je sais que je suis plus haute que lui de deux marches, mais c’est fou ce qu’il est petit.

-Je ne bougerai pas d’ici tant que tu ne m’auras pas expliqué ce qui se passe. Ensuite, nous irons chez toi pour régler tout çà. Tu m’as manqué tu sais.

Pour illustrer son propos – ou peut-être à cause de morpions agressifs – il passe sa main sur son sexe à travers son pantalon et se remonte élégamment les couilles. Je déteste les hommes quand ils font çà.

Que diraient-ils si nous pressions sur nos seins ou plaquions la main sur notre chatte à tout bout de champ ?

Ils seraient capables d’aimer çà…

Ce sac devient de plus en plus lourd, si je ne le lâche pas tout de suite, mon bras va céder.

Puisque Marc ne semble pas décidé à me laisser passer, je vais me montrer raisonnable pour deux.

Il veut une explication ? Après tout il la mérite. Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? Je peux tout de même pas lui avouer la vérité ! Lui avouer à quel point il me sort par tous les trous ? Et puis quoi encore ?

-Ecoute Marc, tout ça c’est ma faute. Quand je suis sortie avec toi, j’étais pas prête, je sortais d’une relation assez compliquée et…

-Et quoi ? J’étais une sorte de bouche trou c’est ça ?

-Non !! Que vas-tu chercher là ? Ce que j’essaie de t’expliquer c’est que…

-C’est que tu n’es qu’une connasse et que je vais pas le laisser traiter comme ça par une grosse, je vais t’apprendre la vie moi tu vas voir !

Avant même que j’ai le temps de rétorquer quoi que ce soit, il a baissé son pantalon et tend le bras pour m’agripper.

Tout ce qu’il parvient à attraper c’est le sac poubelle qui craque et dont le contenu se répand sur les marches. Ca m’apprendra à utiliser le robot broyeur de mon appartement mais depuis mon enfance et la mort accidentelle de mon poisson rouge, j’ai du mal à m’approcher de ces machines.

Je sais que je devrai m’enfuir, je sais que je devrai crier, mais je suis comme pétrifiée. Je serre mes doigts convulsivement sur le reste du sac poubelle que je tiens encore à la main.

On pense à de drôles de choses dans des moments comme celui ci. J’ai beau lire de la haine dans ses yeux, j’ai beau avoir une très nette idée de ce qu’il entend par « apprentissage de la vie », je n’en suis pas moins sidérée de la vitesse avec laquelle certains hommes peuvent avoir une érection. Ils sortent de leur voiture dans un parking désert, ne pensent pas forcément à la bagatelle. Suffit qu’une femme passe dans le coin, une digue se rompt dans leur cerveau et la fille se retrouve victime d’un viol en moins de temps qu’il ne faut pour y penser.

Mon cerveau me dit de bouger, mais mes jambes ne l’écoutent pas.

Un rictus mauvais lui déforme le visage, j’ai envie de pleurer.

Il gravit promptement les quelques marches qui nous séparent et cette fois ci, il m’agrippe pour de bon.

Sans réfléchir, je le repousse violemment et je l’envoie rouler plusieurs marches plus bas.

Il s’écrase comme une poupée de chiffon au pied de l’escalier. Au lieu de fuir, au lieu d’appeler à l’aide, je ne songe qu’à 3 choses :

-La 1ère : Je vais me faire engueuler par les gardiens pour avoir répandu des ordures sur le sol

-La 2ème : Je dois limiter les dégâts en jetant le bout de sac poubelle que je tiens toujours serrée au creux de ma main

-La 3ème : Ma mère va faire une attaque quand elle saura ça.

Je l’imagine déjà : « Mais enfin Maxime !!! Je t’ai quand même mieux élevée que ça !!! Quelle idée d’agir avec une telle violence ! Oh et puis arrête de répéter qu’il voulait te violer ! C’est d’un vulgaire ce mot dans ta bouche !!! Et puis quand bien même cela serait vrai, encore que grosse comme tu es j’en doute… mais bon admettons…Ce n’est pas une raison, tu pouvais lui parler, le raisonner. Et puis comment tu étais habillée d’abord ? Est-tu sûre de n’avoir rien dit ou fait qui aie pu lui faire penser que tu étais consentante pour avoir des relations sexuelles avec lui ? Mon Dieu que vont dire les gens en apprenant ça ? Tu ne nous épargneras donc rien à ton père et à moi ? Que t’avons nous fait pour que tu nous déteste autant ? »

Je reprends mes esprits et je descends les marches. Mais je suis contrainte de l’enjamber pour accéder aux bennes à ordures.

Elles sont tellement hautes que je suis obligée de m’y reprendre à plusieurs fois pour jeter mon reliquat de sac à l’intérieur.

Comment fait ma femme de ménage ? Elle est plus petite que moi et elle ne porte pas de chaussures à haut talons pour faire le ménage. En parlant de chaussures à talons, je vais ruiner mes mules si je reste une seconde de plus ici à piétiner sur ce sol poisseux.

Marc s’agite. Il a une plaie à la tête et du sang qui lui remonte dans la gorge. Il fera vraiment tout pour me dégoûter des hommes à tout jamais.

Quand j’arrive à sa hauteur, il s’agrippe à ma cheville. Je hurle de terreur. Je m’appuie contre la rampe de l’escalier et je lui assène des coups de pieds bien placés sur la mâchoire pour le forcer à lâcher prise.

Il n’est pas question que je salope une paire de mules à six cent euros pour satisfaire les caprices de Monsieur !

Il se décide enfin à mourir aussi indignement qu’il a vécu et me lâche la jambe.

-Çà va Mademoiselle Lefebvre ? On dirait que vous avez vu un fantôme.

Les morts ne parlent pas.

-Oui…C’est juste que…Je crois qu’il y a quelqu’un dans le local à ordures, j’ai eu un peu peur c’est tout… Je ne sais pas qui c’est… Je ne l’ai jamais vu…

Pour le sang froid, on repassera. Pourquoi suis-je obligée de parler autant ? Il va se rendre compte que je mens.

Pierre est en train de me punir. Il s’est fait des potes dans un monde parallèle pendant son coma et m’a envoyé sa vengeance de l’au-delà. Elle a le visage de Marc et les bras du gardien de mon immeuble.

-Attendez-moi ici, je vais voir.

Le gardien descend les escaliers et je m’installe dans le hall. La police va venir me chercher. Ils vont voir tous les coups que je lui ai portés pour me dégager. Ils vont réinventer la peine de mort juste pour moi.

Je suis une grosse qui voudra croire qu’il a VRAIMENT essayé de me violer ? Et puis si ça se trouve, j’ai mal interprété ses intentions, il ne voulait peut-être pas me violer…

Et si ce con n’était pas vraiment mort ? Et s’il lui prenait l’envie de raconter que je l’avais poussé ? Et s’il révélait à tout le monde que moi, la grosse Maxime (prononcez Maximi merci !) Lefebvre je me suis vautrée dans la fange avec lui. Envisageant même de faire de lui le père de mes enfants…

-Çà ne va pas Mademoiselle Lefebvre ? Me demande la femme du gardien qui vient de sortir de la loge et qui est penchée sur moi. On dirait que vous avez vu un fantôme…

Je ne lui réponds pas. J’écoute les bruits de pas dans l’escalier. C’est pas trop tôt, pourquoi a t-il mis tout ce temps avant de remonter ?

-Eléonore, appelle les pompiers et la police !

Puis, se tournant vers moi.

-Vous aviez raison. Il y avait bien quelqu’un. Il est blessé, mais avant de tomber, il a salopé tout le local poubelle en jetant les ordures au sol. Sûrement un vagabond. Les pompiers vont le soigner, mais après, je vais demander aux flics de l’embarquer. Sinon, c’est trop facile. On se tue à la tâche, et ces crève-la-faim viennent fouiller vos poubelles en méprisant les règles élémentaires d’hygiène. Et après, les gens de l’immeuble vont dire qu’on fait mal notre travail et vont être encore plus radins que les autres années pour les étrennes. Je ne dis pas çà pour vous hein, mademoiselle Lefebvre, vous, vous êtes une chic fille…

Blessé ? Il n’est que blessé ? J’ai pourtant frappé de toutes mes forces. C’est la fin.

Moins d’un quart d’heure après l’appel de la concierge, les pompiers et la police sont sur place.

Ouf ! Il était déjà mort quand ils sont arrivés. En fait, il était mort bien avant que le gardien ne descende constater l’étendue des dégâts dans le local poubelle.

Mais je ne suis pas tirée d’affaire pour autant.

-Nous avons quelques questions à vous poser Mademoiselle. Connaissiez-vous la victime ?

-Bien sûr qu’elle nous connaît, nous travaillons ici.

-Je parle de l’autre victime Monsieur, celle qui est morte.

-Ah lui ! Comment voulez-vous qu’elle le connaisse ? C’est un vagabond. Il s’est introduit dans l’immeuble par le local poubelle. Il voulait certainement dévaliser les appartements. Après avoir pissé dans le local. Enfin… j’dis ça rapport à son pantalon baissé et son machin sorti. Mais heureusement que nous sommes là, nous veillons. Mademoiselle a entendu du bruit et elle est venue me chercher. Ce salopard avait commencé à jeter les ordures de la benne à terre. Il aura été dérangé par Mademoiselle et il l’aurait certainement agressé si elle n’était pas venue me trouver aussitôt. Quand il m’a entendu descendre les escaliers, il a dû prendre peur et il a dégringolé les marches. Quand je suis arrivé en bas, il était déjà tout cassé.

-Certes Monsieur, mais vous n’étiez pas obligé de lui marcher sur le visage avec vos godillots.

-Chuis d’accord, M’sieur l’agent, mais j’pouvais pas savoir qu’il se vautrait au bas de l’escalier. Moi je voulais faire vite pour aller voir ce qui avait effrayé Mademoiselle.

-Vous ne l’aviez jamais vu avant Mademoiselle ?

-Non, mais regardez-le, et regardez-la, vous trouvez qu’ils ont quelque chose en commun ? C’est la grande classe ici Monsieur. Mademoiselle ne se risquerait pas à…

-Non, je ne l’ai jamais vu avant.

C’est bien moi qui dit çà ? Je ne pensais pas que ma voix pouvait être aussi posée. Sans doute le calme avant la tempête. Çà doit être comme çà que les condamnés à mort se sentent, plus le jour de leur exécution approche.

-Comment pouvez-vous le savoir ? Nous ne vous avons pas encore montré le corps. Si vous voulez bien venir par ici s’il vous plait ?

Des policiers remontent Marc sur un brancard et s’arrêtent devant nous.

Dans un accès de curiosité morbide, je jette un œil au corps étendu.

Marc porte son éternel pantalon en velours côtelé – hideux – ainsi qu’un pull à col roulé dont le col est plissé en accordéon. Je suis sûre qu’il dormait avec. Pour former de tels plis, il n’y a pas d’autre solution. Ses doigts sont jaunis par la cigarette et ses ongles sont noircis par la crasse. Je vais vomir !

Son visage et son torse portent des traces de semelles de chaussures. Ce ne sont pas les miennes.

-Merde les mecs. Qu’est-ce que vous avez foutu ? Demande à ses collègues le policier chargé de recueillir mon témoignage.

-Il était caché en bas de l’escalier, comme c’est sombre par là-bas, nous lui avons marché dessus sans faire exprès, répondent-ils penauds.

-Ah ! Vous voyez, je ne suis pas le seul, glapit le gardien.

-Il avait des papiers ?

Une femme policier fouille précautionneusement ses poches. Le premier policier ouvre le portefeuille de Marc en le tenant entre deux doigts et me demande de nouveau si je le connais. Je continue à nier.

Moi ? Connaître un mec aussi sale et aussi mal habillé ? Çà va pas non ?

Devant mon air dégoûté, les policiers le recouvrent. L’officier se tourne vers moi et met fin à mon interrogatoire.

-Très bien Mademoiselle, il semblerait que votre présence sur les lieux ne soit que le fruit du hasard et que vous n’ayez rien à voir avec cet homme. Désolé que vous ayez été obligée d’assister à çà Mademoiselle. On peut dire que monsieur ici présent vous a sauvé la vie, dit-il en serrant la main du gardien et en faisant signe aux autres d’emporter le corps.

Sauvée par le pantalon en velours côtelé et les ongles crasseux.


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