Les femmes rondes, de plus en plus présentes dans les médias

Les médias ont inévitablement une part de responsabilité dans la perpétuation des stéréotypes grossophobes. Les études sont en effet nombreuses à affirmer que les Français sont de plus en plus gros -1 sur 2 serait en surpoids-, pourtant les personnes en surpoids semblent absentes du champ médiatique. Les obèses sont notamment totalement effacés des médias, alors que 15 % des Français possèdent un IMC supérieur à 30.

A la télévision comme au cinéma, la femme ronde est représentée comme la bonne copine rigolote, voire un peu benêt, dont on aime se moquer. Pourtant, la représentation dans les médias est un facteur primordial, qui participe à l’acceptation des personnes considérées comme hors norme à cause de leur genre, leur appartenance ethnique, leur orientation sexuelle et même leur poids.

Le mouvement Body Positive, pour l’acceptation de tous les corps

Ces dernières années, le mouvement Body Positive, créé en 1996, a connu un réel essor avec les réseaux sociaux. Ce mouvement, qui a vu le jour aux USA sous l’impulsion de militantes grosses, consiste à multiplier dans les médias les représentations de tous les corps et surtout des personnes rondes, considérées comme hors norme. Aux quatre coins du monde, des individus postent des photos de leurs corps, afin de montrer que tout un chacun est différent et qu’il est tout à fait possible d’être heureux avec une plastique qui ne relève pas des podiums. Malheureusement, en France, ce mouvement a quelque peu été dénaturé avec l’apparition d’un marketing et d’un commerce autour de la femme ronde : des coachs sportifs au physique parfait se réclament ainsi body positive, quant à la plupart des posts recensés sur Instagram sous le hashtag #bodypositive, ils sont faits par des influenceuses ne dépassant pas la taille 40. Ainsi, les corps réellement hors-norme, c’est-à-dire très gros ou très maigres, déformés ou handicapés suite à des accidents de la vie, sont exclus du champ médiatique.

Pire, les publicités avec des femmes rondes étaient jusqu’ici souvent refusées par les médias, notamment aux États-Unis, où l’obésité est pourtant présentée comme un fléau. C’est ainsi qu’en 2016, la campagne publicitaire “This Body”, de la marque Lane Bryant, a été refusée par les chaînes ABC et NBC. Ce sport, d’une durée de 30 secondes, mettait en avant les plastiques généreuses des mannequins stars Precious Lee, Ashley Graham, Tara Lynn, Georgia Pratt et Denis Bidot, toutes grosses. “Ce corps me rend audacieuse, puissante et sexy”, pouvait-on entendre en voix off. Une publicité pro femmes rondes qui n’était visiblement pas du goût de ces deux grandes chaînes de télévision américaine.

Où sont passées les femmes rondes dans les médias ?

Alors, où sont passées les femmes rondes dans les médias, lesquels peinent déjà à faire une réelle place aux femmes ? En Europe, les femmes ne représentent qu’un quart seulement des personnes que l’on entend, voit ou dont on parle dans les médias. Parmi ce quart, combien sont obèses ou en surpoids ? Extrêmement peu. Fort heureusement, les femmes rondes, lasses de la grossophobie ambiante et désireuses de porter haut leurs différences, commencent à parvenir à gagner du champ médiatique avec l’aide des réseaux sociaux, non sans difficulté.

Quand la publicité s’empare de la femme ronde

Prenons l’exemple du fameux spot publicitaire refusé par les chaînes ABC et NBC, qui ont jugé que les “critères de décence” n’étaient “pas respectés”. Face à ce refus, la marque de Lane Bryant a décidé de diffuser le spot publicitaire sur les réseaux sociaux. Résultat : en seulement quatre jours, la vidéo avait déjà été visionnée près de 700 000 fois, sur YouTube. Sur Facebook, ce sont près de 44 000 internautes qui ont immédiatement partagé cette publicité, accompagnée du commentaire suivant : « Les chaînes de télé ne veulent pas que vous voyez ça. Mais nous le voulons. Partagez. Taguez. Montrez à tout le monde ce pourquoi « Ce corps » est fait ». Résultat, le spot publicitaire a très rapidement dépassé les millions de vue. Un phénomène d’ampleur international, qui a poussé la marque Lane Bryant a ouvrir une page sur son site internet, afin d’inviter les femmes du monde entier à prendre part au mouvement “this Body”.

En France, bien que les femmes rondes soient encore cruellement absentes du paysage audiovisuel français, les marques sont de plus en plus nombreuses à s’y intéresser, que ce soit au niveau des créateurs de vêtements que des sociétés de cosmétiques, comme Dove. L’entreprise, qui commercialise principalement des savons, gels douche et shampoings, n’hésite pas à mettre des femmes rondes à l’honneur dans ses campagnes publicitaires, tout comme l’enseigne populaire H&M, qui a créé une ligne spéciale pour les femmes grosses. “Les vraies femmes ont de vraies rondeurs”, clame ainsi Dove, brisant ainsi les stéréotypes de la beauté féminine. Des clichés que s’évertuent également à combattre plusieurs top models grandes tailles à la carrière prolifique.

Les mannequins grandes tailles propulsés au rang de top models internationaux

Il y a quelques années encore, lorsqu’un magazine de mode proposait un article sur les femmes rondes, c’était tout juste si les mannequins qui y figuraient dépassaient la taille 40. Désormais, les magazines féminins comme Elle, n’hésitent plus à faire poser de “vraies” femmes rondes, en mettant en avant des top models dont les courbes généreuses épousent les vêtements de taille 48, voire 52. Des mannequins de plus en plus présents dans les défilés haute couture et prêt-à-porter, à l’instar de Candice Huffine, star des top models “plus size”, qui apparaît même dans l’édition 2015 du calendrier Pirelli. Il est également impossible de passer à côté de la sublime Tara Lynn, qui apparaît régulièrement dans les séries photos “spécial rondes” des magazines Vogue Italia ou Elle US. Jennie Runk, premier top model grande taille à poser pour la campagne de maillots de bain de H&M, a déjà pris la pose pour Vogue, Cosmopolitan, Marie Claire US ou encore Glamour. Quant à la plus célèbre des mannequins grande taille, Ashley Graham, elle s’est notamment fait remarquer en prenant part à la célèbre campagne Swimsuit for all, publiée dans le numéro spécial maillot de bain du magazine Sports Illustrated, lequel met à l’honneur les top models considérés comme les plus sexy.

Une nouvelle vision de la femme ronde proposée par les médias, laquelle vient s’inscrire dans un paradoxe entre le besoin de rêve proposé par le luxe et le monde de la perfection et celui de la réalité, engendré par la vie quotidienne. Si la dictature de la minceur existe tout de même, le retour au naturel gagne du terrain, notamment avec internet et les réseaux sociaux, qui permettent aux marques de percevoir les retours réels des utilisatrices. C’est ainsi que petit à petit, dans la publicité, au cinéma, à la télévision, les portes s’ouvrent aux gens qui ne correspondent pas aux canons de la beauté, même si ce mouvement semble encore bien timoré.


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