Le 23.02.05 Par di_minou

Le journal de ma gastro by pass (1ère partie)

Note :

Ce que vous allez lire est un témoignage, un journal publié brut, tel que nous l’avons recu aujourd’hui, mercredi 23 février.

di_minou a décidé de partager son parcours et son expérience avec nous au jour le jour.

Vivelesrondes publiera son carnet de bord au fur et à mesure.

Le journal de ma gastro by pass

Je vais tout d’abord commencer par me présenter. Je m’appelle Peggy, j’ai 25 ans, trois enfants, je mesure 1m64 pour 116 kilos.

Nous sommes le mercredi 23 février 2005.

Je dois subir une gastroplastie by pass le 7 mars 2005.

Je vais donc vous raconter mon histoire, au jour le jour, mes espoirs, mes joies, mes peines, et surtout mes peurs !

J’espère que cela pourra servir à bon nombre de personnes, car je trouve que les informations sur le sujet sont plutôt maigres, ou souvent incomplètes. On arrive à savoir beaucoup de choses mais il faut fouiner très longtemps. Si vous êtes candidat à cette intervention, ça pourra peut-être vous servir.

Je ne suis pas née obèse, les problèmes de poids et de nutrition sont arrivés beaucoup plus tard. Je suis issue d’un couple divorcé, pour je ne sais quelle raison j’ai voulu vivre avec mon père et sa femme.

J’ai eu une enfance plutôt mouvementée, un père très despotique qui pense qu’on inculque une éducation à un enfant en le projetant contre un mur, et une belle mère qui trouve qu’avoir une obèse dans la famille c’est une honte ! Je vous laisse imaginer la dites belle mère, 90-60-90 après trois enfants.

Chez mon père le frigo était interdit d’accès. Les repas pas très riches (non pas par faute de moyens, mais pour ne pas grossir et devenir la honte de la famille).

Vers 12 ans, j’ai commencé à chaparder de la nourriture derrière leur dos quand il travaillaient.

Puis à me faire vomir pour ne pas  » grossir  » !

Bon nombre de mes tantes sont plus qu’obèses, une doit même dépasser la barre des 180 kilos ! Ma grand mère paternelle c’est pareil, du côté maternel c’est pareil, bon nombre d’obèses. Lié parfois au diabète ou au cholestérol.

J’ai passé mon enfance à me faire rabacher que à force de me nourrir je deviendrais comme mes tantes, que je ne trouverais jamais de mari, et que j’étais la honte de la famille !

A 14 ans, je décide de claquer la porte du domicile si douillet du paternel, et retourne chez ma mère. Là je passe à l’extrême, ma mère obèse et boulimique à l’époque, passe elle au contraire son temps à nous râler dessus pour manger. Le frigo et libre d’accès, et pour la première fois de ma vie je découvre les joies du resto et du Mac do !

Je passe mon temps libre à me gaver de nourriture, limite j’aurai pu avoir une photo cliente de l’année au Mac do.

Résultat des courses je passe de 60 à 90 kilos en moins de deux ans !

Je gère, vis avec mes nouvelles rondeurs, je ne suis même pas complexe.

17 ans, 99 kg… Horrible, je renoue contact avec mon père qui met tout sur le dos de ma mère ! Ma belle mère me regarde avec dégoût et pitié !

Je travaille dans la restauration passe de crise de boulimie à crise d’anorexie, mon corps joue au yoyo, résultat à 17 ans petit tablier. (Note : tablier = le ventre)

Je retourne donc chez mon père qui passe sa vie à me rabaisser, je me trouve à ce moment là très laide, honteuse, souillée de cette nourriture.

Je passe donc ma vie à me faire vomir, je purge tout ce qui peux entrer … retour à 60 kilos, mais avec un pur tablier.

18 ans, je rencontre le père de mes enfants (que je connaissais déjà depuis 13 ans).

Il se rend compte du vice et m’interdit systématiquement l’accès des wc après chaque repas.

Je me retrouve à faire semblant d’aller prendre une douche après le repas, pour pouvoir me purger dans la salle de bain.

19 ans, je tombe enceinte de mon fils. Je m’interdis de me purger, je déteste cette nourriture mais je ne veux pas causer de mal au bébé, donc je mange et ne me purge pas.

Je découvre les joies des petits plats à son chéri, grignote à longueur de journée, résultat …

6 kg par mois, 31 kg à la fin de la grossesse !

J’accouche, assume, ne me rend pas vraiment compte du surplus de poids avant d’avoir vu les photos de la maternité.

J’entame 1001 régimes, qui ne me font rien perdre du tout, un tablier qui descend de plus en plus, je me sens la plus jolie des mamans mais la plus moche des femmes.

Pendant 1 an je me délaisse complètement et me laisse aller !

Puis viens la grossesse de ma fille, je me limite tant que je peux, continue le travail, 12 kg…

Le problème, c’est que je me suis tellement privée pendant 9 mois que j’ai finit par accoucher en 14 heures avec une hémorragie, et un bébé anémié pendant plus de 6 mois.

J’ai entendu une sage femme dire pendant que je poussais :  » les grosses c’est toujours le même problème, vous pourriez pas un peu faire attention au lieu de vous gaver de nourriture ? »

Cette phrase qui m’a hanté pendant des mois, à tel point qu’une fois accouchée je suis reparti de plus belle dans la purge.

Entre deux, j’essaie régime hypo protéine… un fiasco, mon père pour me motiver le fait en même temps que moi, il perd 7 kg je n’en perd que 2.

Sans résultat satisfaisant, je me rends compte que le seul moyen de maigrir c’est quand je ne mange pas ou quand je me purge, j’en souffre, ça fait très mal, chaque matin je me lève avec un mal de ventre horrible mais je ne dis rien par peur d’être grillée. J’ai des bouffées de chaleur, à me plier en deux. J’en abuse tellement qu’un jour je finis à 4 heures du mat aux urgences, transférée au bloc direct, ressortie quelques heures plus tard avec une vésicule biliaire et un bout du foie en moins.

2 jours sous morphine et une fatigue tellement accumulée que j’ai mis 10 jours pour m’en remettre…

A ce moment, j’ai tellement eu peur de plus voir mes bouts de choux que j’ai arrêté.

Et j’ai vu les kg arriver les uns après les autres.

Mon troisième bout de chou pointe son nez, j’ai été plus que raisonnable et je n’ai pris que 9 kilos.

Alimentation on ne peut plus saine.

Et c’est bien là la preuve que mes kilos n’avaient rien à voir la dedans, parce que au 8 ème mois j’arborais un 125 kg, et mon accouchement c’est très bien passé !

Le dernier mois j’ai refusé de monter sur la balance.

Je modère mon alimentation et descend à 110 kilos. Mon père continue ces éternels compliments :  » tu finiras comme ta tante « .

Ma belle mère qui me sort un jour de shopping :  » Tu sais ne regardes pas comme ça autour de toi, c’est moi qui devrait avoir honte d’être avec toi, et je n’ai pas honte tu vois c’est par ce que je t’aime bien  »

Tsssss …

En 2002, le père de mes enfants décide de nous laisser en plan, et part avec ma belle sœur âgée de 16 ans à l’époque, et dotée bien sur d’un corps de déesse.

Mon père qui me rabâchait :  » Je te l’avais dis que ça finirais par arriver regardes toi tu finiras comme une merde !  »

Je les vois main dans la main dans la rue, et moi je suis la avec mes trois petits lardons et mes X kg en trop, un tablier qui ne me permet même plus de voir mon sexe.

Période très sombre où je n’ai plus grand chose à dire tellement j’ai l’impression que ce fut une période noire, plus d’un an a me terrer ;

Très peu de relation, pas motivée pour, puis mes enfants passaient avant, puis le pire de tout aucune confiance en moi.

Je rencontre ma cousine qui a subi une gastroplastie, je la jalouse, la trouve moche quand même, rien ne va plus !

Je retisse des liens avec mon première amour, qui finit par me plaquer au bout de huit jours en me disant,  » faut pas que tu crois que c’est par ce que t’es grosse hein  »

Bouffon…

Août 2003… Je plaque tout dans le nord et viens passer un mois chez ma mère.

Pendant un mois on m’aime, on me considère comme une personne normale, on m’insulte quand je me rabaisse, on me tire pour que j’amène mes enfants a la plage, on m’amène dans des endroits où des rondes s’assument, je rencontre un garçon merveilleux qui me fait passer 3 semaines inoubliable, on m’apprend à me mettre à mon avantage, je suis aimée et me rend compte que la vrai vie c’est ça… et non pas ce que je vis depuis des années.

Fin août arrive, retour dans le nord, retour à la réalité, première réflexion, mon poids, mon célibat, mère indigne, femme horrible, je passe 3 jours horrible.

Mon chéri me manquait, ma mère me manquait, le soleil, les amies que j’avais rencontré, C’étais de trop !

Je reçois un appel de mon chéri, t’as un train demain à 6 heures, si à 6h30 je t’appelles et t’es pas dedans c’est moi qui monte te chercher !

Woauuuuh … c’est bon la vie quand même, je revis, c’est dur de redécouvrir la vie d’un coup ! J’en avais honte d’être heureuse, mon père me dénigre ne veux plus me voir, m’attaque au tribunal ! Mais rien ne me fait perdre mon moral, je reprends des régimes… Sans en faire une obsession…

Mon chéri me trouve belle, je continue de me trouver moche quand même, le tablier l’été a tendance à suinter, c’est horrible, ça sent très mauvais et ça fait très mal, j’ai un nouveau médecin traitant au cœur d’or qui veut à tout prix me faire maigrir.

Je passe au tribunal avec mon père et entend une phrase qui m’a choqué,  » regarde comme elle a encore grossi, une honte pour ses enfants « .

Effectivement, j’avais pris 7 kilos depuis mon arrivée

.

Un jour bien motivée, je prend rendez vous a l’hôpital l’archet II à Nice, c’est décidé je voulais remédier à tout ces problèmes, fini les enfants qui me demandent quand va sortir le bébé de mon ventre.

Rendez-vous pris, quelque mois après il me rappelle pour avoir rendez-vous avec la nutritionniste.

Elle prend 17 euro, prend mon poids, écoute mon parcours, et m’explique les repas après l’intervention, pas raffolant, phrase courte et efficace, comme prévu, liquide, purée, puis hacher…

Certains aliments déconseillés, courgette, tomate, éviter la danette c’est liquide ça passe bien mais ça donne du poids lol, pareil pour les boissons sucrées.

Dans la même journée j’ai rendez vous avec la psy, qui donne aussi son accord.

L’entretien avec le psy consiste à vous dire que vous allez subir le problème du ventre fantôme, que vous chercherez une chose qui n’est plus là, et qu’il faut s’accepter avec ses kilos en moins.

Puis, vient l’anesthésiste qui me dit d’entrée :  » Piercing à la langue enlevé le temps de l’hospitalisation, 2 cas de mort sur 200 ! Vous êtes en obésité morbide c’est pas sans risque je vous le cache pas ! « 

Je suis sortie de là en me demandant tout de même si le but n’était pas de démotiver les gens !

Je vais à l’accueil pour remplir la feuille d’entrée, on devait me recontacter pour passer une journée en hôpital de jour. C’était en juin… j’attend toujours loool…

Je rentre chez moi, discute avec mon chéri qu’il n’est plus question de gastroplastie par anneau mais de gastroplastie par by pass. La réaction se fait assez violente, pas d’accord, quelques heures durant à lui expliquer mon mal être, il finit par accepter à la condition qu’en attendant une date d’intervention, je fasse un régime personnel. Si j’arrivais à bien perdre il n’aurait plus été question d’opération !

j’ai perdu 7 kilos, que j’ai repris en 2 mois loool

Septembre arrive, j’attends toujours mon rendez-vous à l’archet !

Ma mère m’appelle un matin,  » Je viens de voir une copine à toi, elle a perdu 45 kg ! »

Échange de numéro de téléphone, elle me donne l’adresse du docteur miracle, qui pratique la gastro bypass.

Je prends rendez vous aussi vite.

Premier contact très froid… je trouve cet homme très froid, il ne me parle pas plus que ça, écoute plus ce que je lui raconte, il me fait mettre nue, constate les dégâts lol

Calcule indice de masse corporel, prend en compte les divers rendez-vous faits avec le chu..

Et me remplit une demande d’entente préalable à la cpam.

Je sors heureuse.

Tout le monde est confiant, indice de masse corporel dépassant les 42 c’est sûr ça va être accepté !

Je reçois une réponse de la sécu (dizaine de jours à peu près) rendez vous le 16 novembre, jour de mon anniversaire, je parts persuadée que ça va me porter chance.

Tout le monde croise les doigts y compris mon médecin traitant.

Je rentre dans le bureau de la dame qui me paraissait très gentille, là elle me demande mon dossier, tout étonnée je lui demande de quoi elle veut me parler.

Elle me parlait effectivement de tout les examens passés a l’archet, elle me fait mettre nue, me fait faire divers mouvements, trouve que je n’ai pas de problème de santé lié à mon poids (ce qui est un miracle je trouve) et conclue la conversation par un majestueux refus !!!

Un non on ne peut plus catégorique.

Elle me dit que je n’ai pas les un an d’examens, je tente de lui expliquer en larme que je n’en peux plus que c’est normal que ça mette 18 mois à l’archet si on doit attendre 3 mois entre chaque rendez vous, je lui dis que ce médecin procède de manière différente qu’il nous fait entrer dans son établissement 4 jours avant l’intervention pour pouvoir faire tous les examens sur place…

 » Non c’est non madame, désolée  »

je suis sorti en larme, décomposée, me voyant obèse toute ma vie, personne ne savait quoi dire, mis à part accroche toi.

Je rappelle l’archet qui m’annonce d’un air désolé qu’il n’arrive plus à mettre la main sur mon dossier et qu’il me recontacterait dès qu’il avait mon rendez vous.

Une partie des examens se faisaient à l’archet II et le reste à l’archet I, je râle, pleure et je rappelle le chirurgien en larme qui me redonne un rendez vous.

Je le revois, on discute et il ne comprend pas le refus vu l’indice de masse corporel, il me dit à ce moment, on va procéder différemment, je vais vous faire faire les examens avant, en deux semaines.

J’ai vu l’endocrinologue qui elle m’a fait faire plein d’examens notamment la tyroïde, le cholestérol, le fer, le diabète, rien à signaler au résultat.

Ce qui fut pour moi un grand soulagement par ce que a mon avis si ça avait été la tyroïde je pense pas qu’on aurait pu faire grand-chose…

J’ai par la même occasion été voir un autre psychiatre.

Ils m’ont tout deux donné leur accord, mon médecin traitant a dressé un courrier, et nous avons donc monté un dossier avec le chir…

Re demande à la cpam…

Rendez-vous, je retombe sur la même dame. Je me voyais déjà ressortir en pleurant, avec la chance que j’ai. L’informatique a un bug le jour où je passe, on a discuté 20 minutes, elle me demande mes motivations, si je me suis bien renseignée, puis me dis : « écoutez je ne suis pas sûre de vouloir, je n’ai pas la fibroscopie ! » Je lui explique, comme la fois précédente, que j’entre en clinique 4 jours avant, pour pouvoir tout faire sur place, que c’est une clinique avec une assez bonne notoriété, et qu’elle ne ferait pas n’importe quoi, je pars dans l’incertitude la plus complète.

Elle ne savait pas et faisait monter le dossier plus haut.

Début février, téléphone sonne, ma petite maman, qui me dit  » elle est arrivée  »

La lettre qu’on attendait tant !

J’ai le cœur qui tachycarde, et elle finit par me dire,  » c’est bon, c’est accepté « 

Quelle joie, j’appelle vite, mon chéri, la famille, le médecin traitant, et enfin le chirurgien.

Rendez-vous pris, il me reçoit heureux pour moi, et là on a discuté plus d’une heure.

Gastroplastie par anneau, restriction d’estomac, ou by pass, les complications sont les mêmes pour la gastroplastie et pour la restriction : vomissements, et certains cas où les corps font un rejet, ça peut se desserrer, si trop de vomissement, la réponse fut rapide je partais déjà décider à ne pas vouloir un anneau !

Le choix se faisait donc entre la restriction et le by pass !

C’est à peu près la même chose, le principe du by pass étant la malabsorption.

Le fait est que la restriction et irréversible aussi, 65% de perte de surplus de poids en 2 ans contre 76% pour le by pass.

Donc j’ai pris la décision pour le by pass.

Je rentre en clinique, le jeudi 3 mars à 15 heures.

Et je dois logiquement (je dis logiquement, car je ne veux plus avoir de fausses joies et ne serais certaine qu’au retour de la salle d’op.) me faire opérer le 7 mars à 8 heures.

Je vais essayer de tenir un journal, le plus juste possible afin de vous faire profiter à toute mon expérience.

A l’heure qu’il est je vous dresserais un compte rendu de mon humeur jour après jour jusqu’au jour J.

Voilà, voilà, je pense avoir fait le tour du début de mon expérience qui je pense ne fait que commencer.

Amicalement, di_minou

Lire la deuxième partie du journal de di_minou

Lire la troisième partie du journal de di_minou


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