Peut-on parler d’oppression à l’égard des femmes rondes aujourd’hui ?

En France, les femmes obèses ont 8 fois plus de chances de souffrir de discrimination que les femmes minces, c’est-à-dire dont l’Indice de Masse Corporelle (IMC) est inférieur à 25. Un constat effectué en 2016 par le Défenseur des droits et l’Organisation Internationale du Travail, lors d’une enquête intitulée “Le physique de l’emploi”. Cette même enquête nous apprend que les hommes en surpoids ont 3 fois plus de risque d’être discriminés que les individus à l’IMC normal. Les femmes rondes sont de fait particulièrement stigmatisées.

Une oppression de la femme ronde qui se retrouve dans toutes les sphères de la vie : personnelle, professionnelle et sociétale, leur place dans la société n’est pour ainsi dire pas souhaitée. Cette grossophobie quotidienne se traduit par un ensemble d’attitudes et comportements hostiles envers les personnes rondes, parfois même de la haine décomplexée par l’anonymat, notamment sur les réseaux sociaux. Des remarques et situations qui ne sont pas sans conséquence sur la santé psychique comme physiologique des femmes rondes, au même titre que le sexisme ou bien le racisme et l’homophobie dans notre société.

La féminité est un facteur aggravant de discrimination

En France et dans la grande majorité des pays occidentaux, l’idéal de beauté, qui concerne tout particulièrement les femmes, est la minceur. Couvertures de magazines, campagnes publicitaires, chanteuses et actrices populaires, présentatrices télé… Toutes affichent généralement une silhouette fine. L’avènement des réseaux sociaux et de ses filtres vient parfaire cet idéal, en ne mettant en avant qu’une seule forme de beauté. Sachant qu’en France, près d’une personne sur deux est en surpoids, quid de leur représentation ? D’ailleurs, nombreux sont les forums à recenser des témoignages décrivant tous une grossophobie quotidienne, dans une société où les apparences sont reines.

On ne naît pas gros !

Dans “On ne naît pas grosse”, l’auteur Gabrielle Deydier témoigne avec justesse du harcèlement dont souffrent les personnes hors norme, dans notre espace public. « Une personne sur six est obèse et pourtant les gros sont comme effacés », se scandalise-t-elle, tout en rappelant que l’obésité est un marqueur de pauvreté : « Elle concerne un smicard sur quatre et 30 % de ceux qui touchent le RSA. Et la féminité est un facteur aggravant de discrimination. »

Ainsi, le fait d’être en surpoids renvoie à des stéréotypes bien différents selon les hommes et les femmes. Pour un homme, être gros signifie dans l’imaginaire collectif être bon vivant et stable. Le fait d’être en surpoids est donc presque positif pour un homme, puisque cela le rend sympathique et perçu personne sur laquelle l’on peut compter. Alors que pour une femme en surpoids, cela est avant tout négatif. L’excès de masse graisseuse chez la femme renvoie en effet à des stéréotypes concernant une personne qui ne ferait pas attention à elle et ne pourrait en aucun cas être dynamique. Des jugements de fait nettement plus négatifs pour les femmes rondes, qui stigmatisent particulièrement ces dernières dans le monde du travail. Plusieurs études le démontrent en effet, être grosse constitue un réel frein à l’emploi et entraîne les femmes rondes vers la précarité. Précarité qui entraîne à son tour une vulnérabilité, laquelle alimente des habitudes de vie néfastes pour le poids. La grossophobie, qui touche plus particulièrement les femmes, semble donc être à l’origine d’une sorte de cercle vicieux condamnant les personnes en surpoids à l’exclusion sociale.

La grande majorité des chirurgies bariatriques sont pratiquées sur des femmes

Autre constat alarmant, 80 % des chirurgies bariatriques sont pratiquées sur des femmes en surpoids. Autrement dit, il existerait dans le monde médical une injonction à faire maigrir par tous les moyens une femme grosse, là où un homme gros ne représenterait pas la même urgence. Est-ce parce que les femmes sont censées être en bonne santé pour enfanter -autre pression sociétale pesant fortement sur la femme-, ou bien est-ce parce que grosse, une femme ne peut correspondre au standard de beauté sociétal ? Quoi qu’il en soit, tout semble fait pour que la femme ronde culpabilise de son état et ne cherche désespérément à perdre du poids quitte à mettre sa santé en danger, le paradoxe de la grossophobie résidant d’ailleurs dans ce phénomène. En effet, les régimes à répétition épuisent le corps et entraînent bien souvent un effet dévastateur, aussi bien sur le moral que le corps.

Hélas, tout semble fait pour tenir en dehors de l’espace public les personnes grosses, hommes ou femmes. Ainsi, le matériel médical n’est pas adapté à leur corpulence, tout comme les différents moyens de transport (siège des bus, métro, train, avion, etc.) De même, rares sont les enseignes à souhaiter habiller les femmes rondes, comme ci ces dernières n’avaient, de par leur physionomie, pas le droit d’être à la mode. Il existe donc une réelle pression sociétale pesant sur les femmes en surpoids, quel que soit le domaine. Les relations affectives et la vie sociale ne sont pas exemptes de cette stigmatisation. Il est ainsi plus difficile pour une femme ronde d’être considérée comme séduisante, alors même que les hommes sont nombreux à affirmer, lors de sondages réguliers, apprécier les femmes avec des formes affirmées. Il n’en demeure pas moins que pour un homme, entretenir une relation amoureuse avec une femme ronde expose généralement au regard critique de l’entourage proche. À l’adolescence de surcroît, période où l’approbation de ses pairs est particulièrement importante, sortir avec une jeune fille grosse expose de fait aux moqueries et autre remarques acerbes. Les adolescentes rondes grandissent donc avec leurs complexes et l’impression de ne pas être désirables, autant de freins à de futures relations amoureuses épanouies.

Heureusement, la lutte contre la grossophobie est courageusement portée, au quotidien, par des cercles militants et autres personnalités prêtent à dénoncer cette stigmatisation. L’espace médiatique semble désormais consentir à laisser la parole aux personnes grosses, afin qu’elles puissent exprimer leurs ressentis et faire évoluer le regard de la société à leur égard. En témoigne l’excellent documentaire “Daria Marx : ma vie en gros”, réalisé par Stéphanie Chevrier et Marie-Christine Gambart. Diffusé le 25 février 2020 sur France 2, ce documentaire donne la parole à Daria Marx, cofondatrice du collectif “Gras Politique”, ainsi qu’à d’autres personnes obèses. Une belle manière de répondre aux préjugés de la société en déconstruisant les nombreux stéréotypes pesant particulièrement sur la femme en surpoids.


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