Le 11.04.05 Par Leen

Ces kilos qui pourrissaient ma vie : Ma thérapie

Journal 1 enfance

Un matin, j’en ai eu marre de porter mon fardeau quotidien, ces kilos qui me pourrissaient la vie devaient disparaître, vite, j’avais l’impression qu’ils m’étouffaient. J’ai donc entamé une thérapie, pour m’aider à comprendre le phénomène qui avait pris une telle ampleur qu’il me gâchait la vie. C’était il y a dix ans. J’ai fait du chemin depuis mais je reste persuadée que ces mots couchés sur le papier lors des moments de remise en question pourraient en aider d’autres, c’est pourquoi aujourd’hui je vous les confie.

Je suis née mince, un bébé de 3,8kg, c’est la moyenne de l’époque. J’ai grandit dans la norme…puis, soudain, mon corps s’est emballé. Non pas mon corps, mon esprit plutôt a pris un chemin divergent pour se trouver mieux. Ne sachant exprimer mon mal être d’enfant la parole ne sortant pas la nourriture entrait, comme pour arrêter le flot des paroles qui pourraient blesser. Tout était bon pour engloutir, disparaître, ne plus être et me taire. La journée, à l’école, tout allait bien, j’étais la meneuse, celle avec qui on aime être, celle qui mène la danse et qui rie. Bonne élève, appréciée des profs pour son franc-parler j’étais, au fons de moi, une timide qui étouffait, une petite fille apeurée que personne ne voyait. Rentrée à la maison, avec ma clef autour du cou, le démon silencieux reprenait le dessus et exigeait sa part . Comme un zombie, comme une autre moi-même je dévalisais le frigo, tout, rien, ce que j’aimais, ce que je détestais, des desserts chocolatés aux pots de mayonnaise vidés au doigt. Tout pourvu que la voix se taise, tout pour ne pas exprimer ce qui pourrait déplaire. Le dialogue à la maison était présent mais exprimer ses sentiments était difficile pour tous, alors quand il s’agissait de mal être rien ne pouvait filtrer, rien ne pouvait laisser supposer que la fillette qui s’arrondissait tout en souriant à la vie avait au fond d’elle tellement de mal à vivre.

Petite, au fond de mon lit, il m’arrivait de rêver que j’arrêtais de respirer, il m’arrivait de compter combien je pèserais 20 ans plus tard si je continuais de la sorte et me promettre que non, 250kg je ne pèserais jamais, qu’il fallait que j’arrête, que le monstre s’échappe, parle ou se taise à jamais. Mais j’oubliais que le lendemain, devant le frigo, ce ne serait pas tout à fait moi, pas tout à fait une autre, mais que la volonté n’y ferait rien, la route était tracée et continuerait….j’avais 8 ans, des envies de vie autant que de mort, des envies de fillette et des angoisses de grande. Je ne savais comment le dire, comment le faire comprendre. J’ai du mal m’y prendre mais la spirale était lancée, comment arrêter sa course folle ?

Apparemment tout allait bien et j’avais pas mal de copains, des résultats scolaires vraiment fabuleux, une vie parfaite, quoi. Oui, parfaite, sans doute pour une autre mais moi je ne m’y retrouvais pas, trop sensible sans doute pour supporter de voir mes parents se déchirer sans se quitter « parce que ce n’est pas bien pour l’enfant »….. J’ai eu des moments difficiles avec moi-même, parfois avec d’autres. Certains adultes de mon entourage ont abusé de ma naïveté et de ce corps qui devenait féminin. La spirale y a gagné en vitesse et moi en désespoir. La journée heureuse la nuit j’espérais ne plus devoir vivre encore le lendemain. Chaque jour un peu plus lourd, chaque moment un peu plus pénible. Mon corps se transformait, les hormones et les kilos lui donnèrent vite une allure de corps de femme, mais je n’avais que 12 ans. 12 ans…et plus vraiment d’innocence. 12 ans et des envies fortes de ne plus jamais, plus jamais plaire, ne plus jamais avoir en plus de mon monstre intérieur des yeux de monstre extérieur qui m’attend, de mains qui se posent sans que je comprenne. Je ne fut pas violée, pas abusée mais j’ai subi ce qu’on appellerait aujourd’hui des attouchements et qui, à l’époque, ne portait pas de nom, pas de gravité non plus.

Je suis entrée alors dans l’adolescence en effrontée, je n’ai pas du attendre longtemps pour avoir à nouveau un corps différent; un corps que je ne reconnaissais toujours pas mais que je détestais déjà.

Leen

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Lire la fin : Journal 3 adulte


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