Le 27.04.05 Par Leen

Ces kilos qui pourrissaient ma vie : Ma thérapie (2)

Journal 2 adolescence

12 ans. J’avais 12 ans le jour de la fête des enfants ce sont mes règles qui sont arrivées comme pour me signifier la fin de l’enfance. Drôle de cadeau !

A partir de là les choses s’accélèrent

, ma poitrine se dessine, mes hanches se marquent, je ne comprends pas trop ce qui se passe. J’ai droit à des réflexions idiotes et blessantes me faisant remarquer que ma poitrine sera généreuse « avec toute cette graisse ». Ma honte, ma révolte, je les avale, je les mange, je les engloutis en rentrant à la maison. Je ne comprends pas cet acharnement, j’ai envie qu’on me laisse en paix, qu’on me laisse vivre, qu’on me laisse le temps de comprendre ce corps qui va plus vite que moi. Mais non personne ne m’octroie une trêve, personne ne comprend que derrière mes sourires et ma révolte se cache un cœur meurtri. Mon corps est comme une poupée de chiffon entre les mains de ceux qui veulent en abuser, je ne suis plus là, je suis comme ailleurs, je pense déjà à ce que je mangerai après pour me sentir mieux.

A 13 ans je change d’école, j’entre dans la cour des grands. Finies les petites querelles des primaires, on entre dans le cercle des amoureuses à présent … Amour … qu’est-ce que ce mot va bien pouvoir signifier pour moi, moi qui ne m’aime déjà pas moi-même … Qui pourrait être attiré par ce corps difforme et cet esprit embrouillé … Qui ? Comment pourrais-je être bien dans les bras de quelqu’un alors que mes parents ne m’étreignent plus depuis si longtemps ? Comment ? On me dit bien que j’ai « quand même » un joli visage mais le reste … Quand on aime on doit aimer tout, être attiré par l’ensemble, je pense que ce ne sera jamais pour moi.

Alors je me traîne, je m’invente des amis, des petits copains, je pique des photos de magazine que je trafique un peu pour faire croire que c’est lui, mon amour. Mais cette image fausse ne fait que m’enfoncer plus. Et au plus je m’enfonce, au plus je mange. Le bon côté c’est qu’en mangeant j’étudie, j’avale la matière comme pour faire taire mon esprit aussi. Et, bien évidemment, mes notes du coup sont à la hauteur.

15 ans, l’âge de la révolte a sonné, révolte contre moi-même avec des épisodes de scarification extrême mais bien cachés, révolte contre mes parents à qui je fais dépenser un argent fou en vêtements et accessoires de marque comme pour les obliger à au moins s’intéresser à moi matériellement, révolte contre l’école aussi mais une bonne élève, on lui pardonne beaucoup. Cette facette de révolte va me révéler aux yeux de pas mal d’élèves et les premières amours ne tarderont pas. Cette insolence extrême et mes propos politiques me donneront une facette adulte aussi.

Adulte… Mes parents me verront de la sorte et m’offriront le luxe de pouvoir occuper un studio, seule, dans leur immeuble … Luxe fou, oui, mais … Seule ! sans leur amour derrière lequel je cours depuis ma naissance, seule avec un frigo, seule avec mes doutes et mes désespoirs, au dernier étage d’un immeuble… Ce frigo à moi seule, qui trônait dans la cuisine, aurait pu me forcer à gérer mes crises mais j’étais trop jeune sans aucun doute. Et il fut mon confident autant que mon bourreau, me permettant de me consoler … Là, assise par terre entre la porte entrouverte et le froid qui me glaçait le dos, je me sentais à l’abri, les doigts plongés dans des desserts gras et sucrés que je mangeais avec délice avant de jouer l’équilibriste au bord du 6ème étage de l’immeuble en me disant qu’avec mon poids, si je tombais, la chute ne serait pas longue… Et que personne n’en serait vraiment attristé.

16 ans je rencontre mon premier amour physique, ma première sensation sensuelle et je découvre que mon corps peut aussi plaire et réagir sous des doigts non pervers … Il me regarde autrement, il me fait parler, il m’oblige à mettre des mots sur mes douleurs, il m’apprend à connaître mon corps, il m’aime … Quelle chose incroyable ! Avec lui, en quelques semaines, je remarque que le frigo ne me voit plus, que j’ai des projets importants, que je m’investis dans un job avec des enfants. Je vis … Vais-je maigrir ? Un matin, comme si le sort ne pouvait m’abandonner si vite, il s’est tué en moto en venant chez moi … Le frigo m’a retendu les bras et j’ai repris ma vie où elle s’était arrêtée avant lui. J’ai recommencé ma révolte, mes exercices d’équilibriste, mes bonnes notes…

Leen

Lire la première partie : Journal 1 enfance

Lire la fin : Journal 3 adulte


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