Lutter contre le phénomène de culpabilisation dû au surpoids

La France compte près de 6,5 millions d’obèses, soit près de 14,5 % de la population adulte. Outre l’obésité, un Français sur deux est en surpoids. Une situation qui entraîne, pour les personnes concernées, une réelle stigmatisation. Notre société, particulièrement intransigeante et dont les valeurs prônent l’individualisme et la performance personnelle, rejette de fait tout ce qui est différent. Couleur de peau, sexe, handicap, âge… Mais également corpulence, laquelle est devenue un important facteur d’exclusion et de stigmatisation mettant à mal la confiance personnelle des individus.

Grossophobie et stigmatisation

En effet, la manière dont les rondeurs sont perçues dans notre société, ainsi que la façon dont les personnes rondes se perçoivent elles-mêmes, est révélatrice de l’adhésion à la norme de minceur qui s’est imposée dans notre culture. De nombreux stéréotypes négatifs ciblent particulièrement les personnes grosses, de surcroît lorsqu’il s’agit de femmes, lesquelles doivent avant tout demeurer séduisantes. Ainsi, parmi les préjugés visant les individus en surpoids, ces derniers seraient paresseux, faibles, sans volonté, sales, moins compétents et intelligents que les personnes minces, moins séduisantes pour les femmes et moins viriles pour les hommes… Des stéréotypes auxquels il convient d’ajouter une forte pression du secteur médical et de tous ses acteurs pour faire impérativement perdre du poids aux patients gros. Difficile de penser positivement face à ces diktats et de s’épanouir dans sa vie.

De ces représentations du surpoids, individuelle et collective, découle une obsession pour le poids, accompagnée de comportements bien souvent néfastes : régimes excessifs, culpabilité intense, volonté de contrôle permanent de son alimentation ou au contraire, indifférence totale… Des comportements qui à leur tour, aboutissent à des conséquences sociales, psychologiques, physiques et économiques importantes. 

La grossophobie exclut de fait les personnes rondes, qui ne correspondent pas à l’idéal de minceur prôné par notre société : rejet, stigmatisation, moqueries, exclusions… et ce, dans différents domaines de la vie comme les études, la vie professionnelle et sociale, le milieu médical et même le cercle familial. C’est pourquoi il est si important de lutter contre le phénomène de culpabilisation dû au poids. Les diverses études menées en France comme aux États-Unis, ainsi que la récolte de témoignages tant sur les forums web qu’auprès des signalements reçus par les associations militantes, permettent de prendre conscience de l’ampleur de ce phénomène. 

Des discriminations au travail

Lorsqu’il s’agit de culpabilisation due au surpoids, le monde du travail est bien souvent cité. La stigmatisation des salariés gros a ainsi un réel impact sur le parcours professionnel des personnes en surpoids. En France, les chercheurs ont ainsi prouvé que la proportion de temps passé au chômage, durant la vie active, augmente significativement en fonction du poids du demandeur d’emploi, notamment lorsque celui-ci dépasse la norme fixée par l’IMC (Indice de Masse Corporelle). Ainsi, une personne obèse à 8 fois plus de risque d’être écartée d’une candidature, à comparer d’un individu mince. Des discriminations qui concernent aussi bien les candidatures, que les périodes d’entretiens, l’embauche effective, les salaires, les promotions et le quotidien des travailleurs. Ainsi, en France, près d’un salarié obèse sur deux affirme avoir déjà été moqué par ses collègues, et quatre sur dix rapportent avoir subi des brimades de la part de leur supérieur, au sujet de leur poids. 

Le secteur de la santé est grossophobe

La grossophobie n’épargne pas non plus le monde de la santé, particulièrement culpabilisant envers les personnes en surpoids. Diverses études, menées en France comme aux États-Unis, montrent que les professionnels de la santé ont des attitudes et croyances négatives envers les personnes obèses, à savoir qu’elles seraient paresseuses, maladroites, indisciplinées, ou encore manqueraient de volonté pour suivre leurs traitements. 

Dans notre société, les messages sanitaires rappelant la nécessité de se nourrir sainement, faire du sport et pratiquer une activité physique régulière sont monnaie courante. Des injonctions qui semblent signifier à tout un chacun qu’il est finalement facile de perdre du poids, avec un peu de volonté. De ce fait, la culpabilisation est d’autant plus présente chez les personnes en surpoids, qui se sentent incapables d’agir en faveur de leur santé. 

Les relations interpersonnelles atteintes

Les personnes en surpoids, de surcroît les femmes, doivent également faire face aux perceptions négatives de leur entourage vis-à-vis de leur poids. Les réflexions émanant de la part de leur propre famille, amis et partenaires amoureux sont ainsi courantes. Ces derniers ne sont pas forcément conscients de l’impact négatif de leurs conseils permanents et allusions destinés à faire perdre du poids. Pour autant, le fait d’entendre parler en permanence de son poids et donc de son apparence physique est fortement anxiogène, en particulier chez les plus jeunes, qui sont en train de bâtir leur confiance en soi en se confrontant aux regards des autres. Dans les relations interpersonnelles, la culpabilisation peut alors être très répandue et particulièrement insidieuse. Cela peut être une mère qui, pensant bien faire, prodigue à sa fille des conseils pour paraître plus mince, ou bien une amie, pleine de bonne volonté, qui ne cesse de nous inciter à faire du sport…

Des médias aux allusions lourdes

La culpabilisation due au surpoids passe également par les médias et fictions télévisées, qui démontrent la stigmatisation des personnes grosses, plus particulièrement des femmes. Ces dernières sont souvent dépeintes avec des traits de caractère plutôt négatifs par rapport aux autres personnages. Plus grave, cette même tendance se retrouve dans les fictions pour enfants.

À la télévision, les publicités incitant à la perte de poids s’enchaînent, lesquelles vantent les mérites de produits miracles, entretenant l’idée fausse selon laquelle perdre du poids est facile. Autant d’éléments qui entretiennent un fort sentiment de culpabilité chez les personnes en surpoids.

Les conséquences néfastes de la culpabilisation due au surpoids

À force de subir les moqueries, remarques et autres exclusions banales et quotidiennes, les personnes grosses perdent insidieusement confiance en elles, dans un contexte médiatique stigmatisant fortement le surpoids. Les conséquences directes et indirectes sont alors nombreuses : difficultés conscientes ou inconscientes de se présenter à des entretiens d’embauche, rendez-vous galant ou examen scolaire. La fréquence de ces expériences de stigmatisation des personnes obèses est fortement liée à une baisse de l’estime de soi, laquelle entraîne dépression, anxiété, perception négative de son corps et troubles alimentaires (boulimie, anorexie). 

De nombreuses études ont ainsi démontré un lien effectif entre le stress engendré par une discrimination (quelle qu’elle soit) et la survenue de divers troubles de la santé, dont une prise de poids. En conclusion, le phénomène de culpabilisation dû au surpoids est donc susceptible d’entraîner une prise de poids supplémentaire !


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